Kristiaan Borret, le maître-architecte bruxellois : "Il est urgent de mettre l'accent sur le climat comme baromètre du développement urbain"

Kristiaan Borret, le maître-architecte bruxellois : "il est urgent de mettre l’accent sur la température, le climat comme baromètre du développement urbain"
Kristiaan Borret, le maître-architecte bruxellois : "il est urgent de mettre l’accent sur la température, le climat comme baromètre du développement urbain" - © andrea alessio

Kristiaan Borret, le bouwmeester/maître-architecte de la Région bruxelloise a été reconduit pour un nouveau mandat de 5 ans par le gouvernement régional au terme d’une longue procédure.

Le maître-architecte veille à la qualité et stimule la qualité architecturale de tous les projets de développement urbain dans la capitale.


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Et la qualité est à comprendre au sens large et donc pas uniquement à l’esthétique, mais aussi à la durabilité, aux aspects de mobilité ou encore à l’intégration urbaine.

Quelles sont vos priorités pour ce nouveau mandat?

"Je dois d’abord dire que ce second mandat va s’inscrire partiellement dans la continuité du premier. J’ai mis en place toute une série d’outils pour améliorer la qualité des projets. Entre autres, les concours, les avis de qualité, la recherche par le projet pour tester et orienter les projets dès les premières étapes de leur développement. On va continuer à les développer. Mais pour ce qui est des nouveaux accents, je crois qu’il faut changer de paradigme.

Ces dix dernières années, le chiffre clef du développement urbain c’était 10.000, soit le nombre de nouveaux habitants qui s’installaient chaque année à Bruxelles. Et donc on a dû construire des logements, des équipements pour absorber cette croissance démographique. Pour la décennie à venir, je pense qu’il faut remplacer 10.000 par 2,2 degrés Celsius. Cela correspond à la hausse de température à laquelle nous devons nous attendre. Il est urgent de mettre l’accent sur la température, le climat comme baromètre du développement urbain. On aura besoin de plus d’espaces verts. Il faudra repartager l’espace public, favoriser la construction circulaire etc".

Cela, c’est incontournable pour vous. Cela cadre aussi avec les objectifs du gouvernement bruxellois. A côté de cela, vous souhaitez aussi envisager Bruxelles comme un laboratoire. Ça veut dire quoi ?

"Bruxelles est tout sauf la simplicité ! C’est la 'multipli-cité'. C’est la ville la plus la plus diverse d’Europe. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de cette complexité. Au contraire, il faut considérer Bruxelles comme le laboratoire de la ville européenne de demain. Je suis convaincu que cette complexité ce sera bientôt la réalité de toutes les villes européennes. Donc célébrons cette multiplicité, embrassons cette complexité. Et considérons-la comme l’atout de l’architecture bruxelloise".

Il y a cette tradition belge d’avoir un peu de brouhaha, d’éclectisme

Ça veut dire qu’on peut aller dans tous les sens, qu’il ne faut pas forcément une ligne conductrice ?

"Je pense qu’on a besoin d’une ambition claire, d’une vision claire. Mais cela ne veut pas nécessairement dire qu’on a besoin d’uniformité ou d’homogénéité. Bruxelles est déjà une ville très hétérogène avec des quartiers très différents. Il y a cette tradition belge d’avoir un peu de brouhaha, d’éclectisme par rapport aux styles d’architectures. Je pense qu’il faut accepter, peut-être même considérer cela comme une sorte de réflexion, comme le miroir de la composition très diverse de notre société actuelle".

Est-ce que la crise que l’on connaît actuellement avec ce coronavirus va avoir un impact durable sur le développement urbain?

"Oui certainement. Les gens se rendent compte maintenant qu’ils ont besoin d’espaces ouverts, d’équipements et de commerces de proximité, de la manière dont il faut mieux partager l’espace public. C’est devenu flagrant dans le quotidien de chacun.

Et donc je pense que cette crise, s’il y a un aspect positif, pourrait accélérer la transition vers une ville plus durable. Parce que tous ces aspects sont importants pour une ville durable au sens large. Pas juste une ville post-corona. On le voit, les mesures qui sont bonnes pour le climat, pour la durabilité sont aussi très robustes dans les périodes de crise".

 

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