Journées du patrimoine ce week-end: trois passionnés font revivre les galeries de la Malogne

Nichée à l'orée d'un bois, au sud-ouest de Mons, une porte discrète perturbe le paysage. Rien ne laisse penser que derrière elle, un chemin sinueux nous bascule à vingt mètres sous le sol, dans un dédale interminable de galeries. 

Longues de 160 kilomètres, les galeries de la Malogne seraient le plus long réseau souterrain de Belgique. En quelques minutes, elles nous plongent dans une obscurité et un silence impénétrables. 

Pour nous guider dans ce déroutant labyrinthe, trois passionnés nous précèdent. Eric Leblois, Philippe Manceaux et Nicolas Manceaux portent ensemble l'ASBL Projet Malogne, qui vise à redonner vie à ce lieu hors du commun. 

Une beauté esthétique... et historique

Au fil de la visite, l'eau s'invite dans la balade. "Un tiers des galeries sont inondées" explique Philippe Manceaux. Une eau translucide, offrant un spectacle visuel exceptionnel, grâce à un simple jeu de lumière. 

"Il y a, bien sûr, une beauté esthétique. Mais il y a aussi une beauté historique. Ce site est le témoin d'un aspect méconnu de notre Borinage. C'est une exploitation minière différente. Plutôt qu'une mine noire, on est face à une mine blanche" détaille Philippe Manceaux.  

Nous sommes en effet dans la plus grande carrière de phosphate en Europe. A la fin du 19ème siècle, ces galeries ont été créées de la main de l'homme pour en extraire de la craie phosphatée, servant à fabriquer de l'engrais. 

A plusieurs endroits, des rails ont subsisté. "Ici, nous nous trouvons dans un endroit stratégique du site" explique Nicolas Manceaux. "La craie phosphatée était placée dans ces berlines (wagonnets) pour ensuite être remontée en surface". 

Des trésors archéologiques

L'exploitation de phosphate perdurera jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale. Le site abritera ensuite une champignonnière où seront cultivés des champignons de Paris. 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, il est très probable que des résistants aient utilisé ces galeries pour se réfugier ou, du moins, cacher du matériel. Une inscription annotée en rouge attire l'attention sur l'une des parois. En y regardant de plus près, nous devinons la date du 18 juin 1942. 

Des vestiges de la Préhistoire

Au fil du dédale que forment les souterrains, des traces d'un passé bien plus ancien s'offrent encore à nos yeux. "Ces fossiles de mosasaures remontent à 65 millions d'années, juste après les dinosaures" explique Eric Leblois.

Plus loin, nous pouvons observer une étrange bande qui s'étend tout le long d'une paroi. "Il s'agit d'une ancienne plage" ajoute Eric Leblois. "Elle aussi date d'il y a plus de 65 millions d'années. C'est le résidu d'un bord de mer chaude que l'on rencontrait dans la région, dans la Préhistoire lointaine". 

Aujourd'hui, le seul habitant de ces galeries est... la chauve-souris. Pas moins de dix espèces différentes y trouvent refuge durant l'hiver. 

Un lieu fermé au monde... plus pour longtemps? 

Malgré sa richesse géologique et archéologique, depuis une vingtaine d'années, le site n'est accessible qu'à des visiteurs triés sur le volet, principalement des scientifiques.

En cause? Des raisons de sécurité et d'organisation. Le site compte, en effet, pas moins de treize propriétaires privés et trois propriétaires publics, dont la ville de Mons.

L'ASBL Projet Malogne souhaite partiellement lever ces restrictions. 

"Nous voulons que les scientifiques n'aient plus le monopole d'accès à ces galeries. Il faut que les Montois et les Cuesmois puissent se réapproprier le site. Nous avons l'ambition de le rouvrir au public, à plus ou moins long terme" détaille Philippe Manceaux. 

Première étape : les journées du Patrimoine en Wallonie, ces 12 et 13 septembre. Pour la première fois depuis vingt ans, le public (en nombre limité et sur réservation) pourra pénétrer dans les profondeurs de ces galeries étonnantes. Le parcours sera soigneusement balisé, pour assurer une sécurité maximale. 

L'occasion de découvrir un héritage aussi exceptionnel que méconnu. 

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