Journée mondiale de la fibromyalgie: la colère des patients et des soignants

Les séances de kiné... un des moyens de réduire la douleur engendrée par la fibromyalgie. Vu la réforme du fédéral limitant le remboursement des séances, Nathalie regrette de pouvoir venir moins souvent suivre ses séances au Centre de la douleur chronique, à Mont-Godinne (UCL).
Les séances de kiné... un des moyens de réduire la douleur engendrée par la fibromyalgie. Vu la réforme du fédéral limitant le remboursement des séances, Nathalie regrette de pouvoir venir moins souvent suivre ses séances au Centre de la douleur chronique, à Mont-Godinne (UCL). - © Rtbf

C'est la journée mondiale de sensibilisation à la fibromyalgie, ce vendredi. Cette maladie chronique est caractérisée par des douleurs musculo-squelettiques. En Belgique, on estime que 2 à 3% de la population en souffrent. Dans d'autres pays, comme le Brésil, elle touche aujourd'hui environ 10% de la population. Notamment en raison des conditions de vie plus difficiles dans certaines strates sociales. Les symptômes se manifestent surtout chez les 35-50 ans. "Cette maladie chronique invalidante touche une majorité de femmes (environ 80%)", explique le Docteur Etienne Masquelier, chef de clinique à Mont-Godinne et à Saint-Luc (Cliniques universitaires-UCL).

Symptômes divers 

Douleurs musculo-squelettiques, sensation de douleur générale diffuse ou de brûlure de la tête au pieds, raideur, fatigue profonde, sommeil non réparateur, troubles digestifs, migraine, dépression, anxiété, troubles de l'attention,...: les symptômes directs ou secondaires de la maladie sont nombreux. De plus, ils sont aggravés par le stress, les fortes émotions, le manque ou l'excès d'activité physique, un travail trop contraignant, des postures statiques ou des tâches répétitives. "Mais on oublie souvent la double souffrance", souligne Nathalie (52 ans). "En plus des douleurs physiques, il y a l'absence d'empathie des autres. La maladie ne se voyant pas, nous sommes très souvent mal compris. Pire, on se moque de nous. Ou bien on nous dit qu'on est trop fragiles, qu'on se laisse aller, qu'on exagère, qu'on doit être plus positif ou qu'il faut savoir serrer les dents. C'est fréquent! Et toutes ces remarques, parfois naïves, parfois désobligeantes, augmentent notre souffrance".  

Diagnostic difficile

L'établissement du diagnostic est difficile. Le patient doit répondre à beaucoup de questions et passer des examens cliniques poussés. Car il faut exclure d'autres pathologies potentielles comme la polyarthrite, par exemple.  

Causes

Les causes sont encore difficiles à identifier. "L'appareil locomoteur est perturbé; c'est une dérégulation du système de la douleur qui pose problème", explique le Docteur Masquelier. "Ce que l'on sait, c'est que les causes sont souvent multifactorielles. Elles s'additionnent. Cela peut être un traumatisme physique ou émotionnel, une infection, un style de vie hyperactif,... Il peut aussi y avoir un terrain génétique, une prédisposition familiale."

Traitements et réticences       

Médicaments, kinésithérapie, accompagnement psychologique, simulation transcrânienne (nouvelle méthode thérapeutique),... les traitements sont complémentaires. "Car la maladie nécessite une prise en compte multidisciplinaire", explique le Docteur Masquelier. "C'est ce qu'on leur apprend ici, au Centre de la douleur chronique. Le patient doit aussi être acteur de sa thérapie. Il doit comprendre sa maladie. Changer de mode de vie et de rythme. Suivre des exercices adaptés. Et prendre des médicaments. Mais ce  qui m'interpelle, c'est l'attitude de certains pouvoirs publics et de certaines firmes pharmaceutiques. On dirait que cette maladie ne les préoccupe guère. Il y a un lobbying pour freiner la recherche de nouvelles molécules; sans doute pour des raisons de rentabilité. Par exemple, certaines molécules intéressantes ont été approuvées aux États-Unis. Mais pas en Europe. L'investissement en Europe a donc été insuffisant. Je pense que cette maladie dérange. Or, il faudrait beaucoup plus de soutien. Notamment en Belgique".    

Une réforme contestée

Depuis le 1er janvier 2017, chez nous, le remboursement des séances de kinésithérapie a été sensiblement revu à la baisse. Une mesure signée Maggie De Block; la ministre fédérale de la Santé invoque des économies indispensables. Mais les patients, eux, s'indignent. Car les séances répétées de kiné leur permettent de réduire sensiblement les douleurs engendrées par la fibromyalgie. "La ministre veut faire des économies. Mais l’État va perdre de l'argent. Car les conséquences de cette réforme seront lourdes. Il y aura un impact sur la santé des patients qui va se dégrader; et par exemple aussi sur l'absentéisme au travail qui risque d'augmenter. Des personnes vont peut-être devoir être hospitalisées".

De 60 à 18 séances de kiné

Depuis le début de l'année, les patients ont droit au remboursement de 18 séances (de 45') à vie, contre 60 séances (de 30') par an, sous l'ancien régime d'intervention. "C'est nettement moins qu'auparavant", regrette Nathalie, atteinte d'une forme sévère de la maladie. "Avant, dans les périodes les plus douloureuses, je suivais une à deux séances par semaine. Maintenant, je ne peux plus venir aussi souvent. Les douleurs augmentent. Je m'épuise. A tel point que je ne peux plus reprendre le travail. Cette mesure est dramatique pour nous".

La ministre a fait savoir que des séances peuvent s'ajouter pour les pathologies courantes. "Mais la fibromyalgie n'est pas une maladie courante", ajoute Nathalie. "C'est une maladie très invalidante et très douloureuse, même si elle ne se voit pas. On nous abandonne à notre sort". Un sentiment partagé dans le monde médical. "Cette réforme est une véritable catastrophe", affirme le Docteur Masquelier. "Les patients et le monde médical se sentent exclus. Les conséquences sont terribles. Nous avons des patients qui s'enfoncent dans la dépression. Nous avons tenté un dialogue avec la ministre. En vain!"

Plusieurs associations ont introduit un recours au conseil d’État contre la réforme fédérale. Il faudra sans doute encore quelques mois avant d'obtenir une réponse. En attendant, les patients comme Nathalie accusent le coup: "J'espère qu'on va enfin mieux nous considérer. Et qu'on mettra au point de nouveaux médicaments, malgré tout. Car là, pour le moment, pour moi, c'est impossible. J'ai dit à mon ami que j'avais envie d'être euthanasiée. Car les douleurs sont incommensurables. Si seulement les gens pouvaient au moins nous respecter et nous croire, ce serait déjà une bonne chose", souligne encore Nathalie.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK