Journal de bord d'un soignant : Taner, brancardier à Sainte-Elisabeth

Journal de bord d'un soignant : Taner, brancardier à Sainte-Elisabeth
Journal de bord d'un soignant : Taner, brancardier à Sainte-Elisabeth - © Sophie Marlet

On les applaudit chaque soir à 20h00… Ce sont eux qui sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie de coronavirus… Infirmières, infirmiers, médecins, ambulanciers, ambulancière, aides-soignants, aides-soignantes…
Nous vivons une période totalement hors norme… Elle l’est aussi pour eux qui sont sur le terrain. Dans quel état sont-ils lorsqu’ils s’échappent enfin des murs de l’hôpital ?

A quoi pense Taner ? Il a la petite quarantaine souriante, dans la vie d’avant il est brancardier à la clinique et maternité Sainte-Elisabeth à Namur, il transporte les patients depuis leur chambre vers leurs examens, un scanner, une radio, vers la salle d’opération… Mais ça, c’était avant. La plupart des examens, des consultations, des opérations ont été annulées… Désormais Taner est posté à l’entrée de l’hôpital… L’entrée classique pas celle des urgences, et des suspicions de covid 19. Il est devenu garde de sécurité en quelque sorte. Quand je l’appelle à la fin de son service ce lundi, il a plutôt le moral… La situation est surréaliste, me dit-il, mais il est de ceux qui voient le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. " C’est un peu la fiction qui rejoint la réalité", me dit-il, " c’est inimaginable, on n’était pas préparé mais maintenant l’hôpital s’organise, on est prêt à affronter ça".

En quelques jours il a dû apprendre à dire non, et ce n’est pas dans son habitude. Seuls les patients qui ont un rendez-vous urgent peuvent entrer… Pourquoi venez-vous à l’hôpital ?, dans quel service ? Désolée madame, vous ne pouvez pas accompagner votre mari pour cet examen… Je lui demande s’il y a des refus qui sont plus douloureux que d’autres. "Evidemment refuser à un papa de rentrer avec sa compagne pour faire la première échographie du bébé, ça fait un pincement au cœur… Mais c’est comme ça, il faut respecter les consignes à la lettre pour pouvoir passer rapidement à autre chose".

La première échographie de son bébé c’est un moment qu’un futur papa ne pourra jamais rattraper mais c’est pour le bien de tous me dit Taner. Mais lui, est-ce qu’il se protège bien ? Il ne porte pas de masque me dit-il. "Il y a un marquage au sol… Les patients sont à un mètre cinquante de nous… Pas de protection particulière donc puisqu’on n’est pas directement en contact avec le patient". Pas vraiment d’inquiétude donc mais le sentiment que faire le gendarme ce n’est quand même pas fait pour lui, il a hâte de retrouver ses habitudes "parce qu’on aimait être en contact avec le patient, de les accompagner à un examen ou en salle d’op, on avait toujours un merci…". Des mercis, il y en a tous les soirs à 20 heures aux fenêtres mais ce n’est pas la même chose.

On est lundi, Tanner rentre chez lui. Demain est un autre jour.

 

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