Journal de bord d'un soignant : Elivia, psychologue

journal de bord d'un soignant, Elivia, psy qui pratique l'art-thérapie. collages.
journal de bord d'un soignant, Elivia, psy qui pratique l'art-thérapie. collages. - © Elivia Haffner

On les applaudit chaque soir à 20h00… Ce sont eux qui sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie de coronavirus… Infirmières, médecins, brancardiers, aides-soignants… En un mot, les soignants. Nous vivons une période totalement hors norme… Elle l’est aussi pour eux qui sont sur le terrain. Quel est leur ressenti ?

Les psys par, exemple, est-ce qu’ils sont davantage sollicités en cette époque troublée qui voit remonter nos peurs primaires ? J’ai appelé Elivia, elle est psy à Bruxelles, c’est une question à ne pas poser à une psy, mais bon je tente… Je lui ai demandé comment elle se sentait ? " Elle rit, "C’est compliqué de poser des questions comme ça à un psy… CE difficile de répondre simplement, anxieuse et incertaine, dans une forme d’incertitude oui… Si je ne dois donner qu’un mot c’est sur le qui-vive".

Sur le qui-vive pour ses patients les plus fragiles. Cette anxiété, cette angoisse, oui, elle l’a bien senti chez eux. Certains ont fait chauffer son téléphone… Elle l’a fort senti avant le confinement mais maintenant c’est déjà différent, c’est comme s’il y avait une opportunité à saisir… Etre coincé entre 4 murs ça permet, selon elle, " de rentrer avec plus de justesse dans leurs 4 murs à eux. C’est vraiment ce que je ressens et je trouve ça extrêmement touchant chez mes patients… Je craignais une plus grande instabilité mais en fait cette situation permet même à des personnes qui étaient en grande souffrance de se recentrer, de vraiment se tourner vers leurs propres ressources".

Compter sur ses propres ressources, il en faut aussi quand on est confiné 24 sur 24 à la maison avec des enfants… Il suffit de lire la déferlante de posts humoristiques sur les réseaux sociaux, pour se dire que oui, c’est une réelle problématique. Elivia reçoit beaucoup de femmes dans son cabinet, désormais elle les suit par écrans interposés… La charge mentale, le burn-out parental des notions avec lesquelles le confinement est assez, comment dire, difficilement compatible… C’est quoi alors ses conseils dans ces cas-là ?
Elle m’explique alors le principe du masque à oxygène dans les avions : "quand on est dans un avion, et qu’on nous explique qu’il faut d’abord se mettre un masque à oxygène avant de le mettre à ses enfants, on trouve ça aberrant mais finalement non car quand on est plus disponible à soi, on est plus disponible à l’autre. Et donc c’est pouvoir se permettre, dans la mesure du possible de se mettre de ses limites et le dire… Par exemple, dire aux enfants, écoutez l’histoire du soir, ce soir cela ne va pas être possible".

Elivia, elle pratique l’art-thérapie… Une thérapie par la création… D’ailleurs, tous ces tutos qui fleurissent en cette période de confinement… Coudre, cuisiner, bricoler… Ce n’est pas une forme d’art-thérapie ? "Jardiner, cuisiner, ça peut avoir un côté méditatif, donc c’est bénéfique mais l’art-thérapie c’est vraiment l’idée de créer pour libérer la parole." Et elle qui est aussi coincée dans un appartement avec son mari et deux enfants, ça lui sert tous les jours…"Chaque matin on a un moment d’œuvre collective… J’apporte de grandes feuilles sur lesquelles on dessine à 4 et on fait des collages, de la peinture… Chacun, un jour à la fois choisit un thème et ça permet de s’exprimer et de mettre des choses à plat.".

Remettre tout à plat, dire les choses, devenir plus libre finalement en étant confiné, Elivia y croit… En la quittant je n’ai pas résisté et je lui ai demandé si la psy qu’elle était avait trouvé une explication à la ruée sur le papier toilette ? Elle rigole, "non absolument pas ! Je ne comprends pas trop le principe du papier toilette. Ça reste une grande interrogation sociologique… Qu’est-ce que ça veut dire ?"

D’ici la fin du confinement Elivia a le temps d’y réfléchir, demain est un autre jour.

 

 

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