"J'ai vu mes sapins tomber les uns après les autres, j'en ai pleuré"

La mort dans l'âme, Muriel a dû se résoudre à faire abattre le bois de sapins derrière chez elle.
La mort dans l'âme, Muriel a dû se résoudre à faire abattre le bois de sapins derrière chez elle. - © RTBF - Flou

Le scolyte a décimé un nombre incalculable d’épicéas dans les forêts wallonnes ces deux dernières années. C’est une catastrophe économique pour les producteurs de bois. Mais l’insecte ravageur n’a pas épargné non plus les petites sapinières dans les jardins, chez les particuliers. Comme chez Muriel Gillardin, une habitante de Somme-Leuze, qui a assisté, impuissante, à l’agonie du petit bois derrière chez elle. "De semaine en semaine, je voyais les arbres tomber malades les uns après les autres, jaunir puis perdre toutes leurs aiguilles. Quand le bûcheron est venu les abattre, j’en ai pleuré."

Dans le domaine de Stoqueux, où Muriel habite, le scolyte est passé de jardin en jardin, dégarnissant des propriétés jusqu’ici bien protégées derrière des arbres hauts parfois de 25 mètres. Attristé par cette hécatombe, un couple de pensionnés qui possédait un petit chalet de vacances dans le domaine ne veut plus y mettre les pieds. "C’est une perte de nature, d’intimité, mais aussi de fraîcheur en été, explique Murielle. Avec les canicules qui se multiplient, la disparition de ces arbres, c’est une très mauvaise nouvelle."

Diversifier les essences, si possible de chez nous

Que replanter à la place des épicéas ? Comme les producteurs de bois, beaucoup de particuliers s’interrogent : peut-on refaire confiance à l’épicéa ? Prudence, insiste Hugues Claessens, professeur d’écologie forestière à l’université de Liège-Gembloux. " C’est un arbre de zones boréales et montagnardes. Il a besoin d’eau et de froid. Chez nous, c’est en Ardenne qu’il se comporte le mieux. D’ailleurs l’épidémie de scolyte s’y est moins développée. Mais en dehors de l’Ardenne, en Famenne notamment, l’épidémie a révélé la fragilité de l’épicéa dans un contexte de réchauffement climatique. "

D’une manière générale, les experts forestiers préconisent une diversification des essences. " Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, résume H Claessens. Et choisir des espèces bien adaptées au sol et au climat local. " En Wallonie, cela peut être du chêne, du charme, de l’érable champêtre, de l’alisier… pour ne prendre que quelques exemples.

La Région wallonne a publié récemment un site internet (www.fichierécologique.be) qui permet d’identifier, pour un endroit précis du territoire, les espèces d’arbre les plus recommandées. L’outil a été d’abord conçu pour les producteurs de bois professionnels, mais il contient des informations précieuses pour les particuliers également.

Laisser faire la nature

Muriel, pour sa part, a décidé de laisser faire la nature. Au milieu des souches de ses épicéas abattus, elle peut apercevoir la relève. " A l’ombre des grands sapins, il y a des arbrisseaux qui n’évoluaient pas faute de place et de lumière. Je vois des hêtres, des bouleaux, des noisetiers, des chênes qui pointent le bout du nez… Mais il faudra plusieurs décennies avant de retrouver un bois comme celui que je viens de perdre. "

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK