Interdire les "moteurs thermiques" à Bruxelles en 2035 : réaliste ?

embouteillage dans Bruxelles
embouteillage dans Bruxelles - © Jonas Hamers / ImageGlobe

Le nouveau gouvernement de la Région Bruxelloise annonçait hier des ambitions revues à la hausse en vue du Plan National Energie-Climat. La région vise désormais une réduction de 40% des émissions de gaz à effets de serre d’ici 2030 (par rapport à 2005), contre 32% auparavant. Dans ce plan, une mesure en particulier fait couler beaucoup d’encre : interdire dans Bruxelles les véhicules roulant à l’essence, au diesel et au LPG pour 2035 (les moteurs CNG, au gaz naturel comprimé, ne sont pas concernés par l'interdiction). Une mesure ambitieuse, certes, mais est-elle réalisable ?

Si d’autres métropoles européennes y arrivent, pourquoi pas Bruxelles ? Répond-on chez Greenpeace, où la mesure est perçue comme nécessaire mais arrivant un peu trop tard. Juliette Boulet, la porte-parole, prend l’exemple de Paris. "Là, on va le faire encore plus tôt ! En 2024, ce sera la fin du diesel à Paris et en 2030, la fin de tous les véhicules thermiques. Beaucoup de grandes villes européennes sont dans la même démarche. C’est nécessaire pour Bruxelles, c’est une question climatique mais c’est aussi une question de santé publique."

La mesure passe forcément beaucoup moins bien du côté des constructeurs automobiles. La Febiac, la fédération de l’industrie automobile, avance que les moteurs électriques et à l’hydrogène ne sont pas une alternative crédible aux vues des délais annoncés. "Bruxelles risque tout simplement de ne pas être prêt", préviens Joost Kaesemans, le directeur de la communication. "S’ils ne prévoient pas les mesures nécessaires, les budgets nécessaires et les plans nécessaires pour installer des bornes de recharges, ça restera tout simplement impossible. On ne peut pas vendre des véhicules électriques aux gens si on ne peut leur assurer à 100% l’utilisation de ce véhicule, surtout en ville ! Peu de gens ont leur place de parking à eux où ils peuvent installer une prise de courant pour recharger".

L’installation d’un nombre suffisant de bornes de recharges est en effet l’un des principaux défis à relever pour mener à bien cette mesure, estime le professeur Damien Ernst (ULiège), expert en énergie : "Ils vont probablement devoir s’orienter vers des chargeurs très rapides, un peu comme des pompes à essence mais pour l’électricité, où vous pouvez recharger votre voiture en dix minutes. Mais le deuxième gros challenge, c’est au niveau du réseau électrique. Est-ce que le courant va savoir passer dans tous les câbles du réseau basse tension, le réseau 400 volts, pour alimenter toutes ces voitures ? Je ne le pense pas. Je pense qu’ils vont devoir faire des investissements massifs dans le réseau ou alors mettre en place des stratégies intelligentes de recharge de ces véhicules". Une question sur laquelle se penchent déjà les institutions bruxelloises, rassure le ministre de l’environnement Alain Maron (écolo).

Sibelga (gestionnaire réseau), Brugel (régulateur), Bruxelles Mobilités et Bruxelles Environnement sont déjà autour de la table. Ils réfléchissent à un projet pilote pour installer 50 nouvelles bornes. Il s’agira d’un tout nouveau projet, celui lancé sous la précédente législature ayant été mis entre parenthèses. Enfin, Alain Maron insiste : "l’idée n’est pas de remplacer toutes les voitures thermiques par de l’électrique ou même de l’hydrogène". Il mise aussi sur les véhicules partagés, le renforcement des transports en communs et de nouveaux types de véhicules personnels plus légers et neutres en émissions.

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