Insultes sur les réseaux sociaux à l'encontre des cyclistes : la tension monte à Bruxelles ?

Ces derniers jours, plusieurs agressions de cyclistes par des automobilistes ont été signalées à Bruxelles. Des agressions, mais aussi des pressions sur les réseaux sociaux. Plusieurs groupes Facebook pro-voitures ont été créés pour dénoncer les nouvelles infrastructures cyclables à Bruxelles.

On peut y trouver parfois des propos très hargneux vis-à-vis des cyclistes. Cela va même parfois jusqu’au harcèlement. La tension monte-t-elle entre les automobilistes et les cyclistes de la capitale ?

Une tension visible sur les réseaux sociaux

Pendant le confinement certains ont repensé leur façon de se déplacer, les stocks des vendeurs de vélos se sont rapidement vidés. Les Bruxellois confinés ont ainsi troqué certains de leurs déplacements motorisés pour une balade à vélo. En cette première semaine de l’année scolaire, il y aurait une hausse du nombre de cyclistes en Région bruxelloise estimée à 75% par rapport à l’an dernier, rapporte le média néerlandophone Bruzz.

Parallèlement, les infrastructures cyclables ont fleuri à l’intérieur et aux abords de la capitale. Cette modification de l’espace public et des voiries ne plaît pas à tous les usagers de la route et certains le font savoir sur des groupes Facebook. Le plus important d’entre eux se nomme "L’automobiliste en a marre !". Il comptabilise ce 9 septembre plus de 16.500 membres.

Ce groupe public, selon ses administrateurs, se définit comme une tribune pour tous les défenseurs des automobilistes et des motards. "Le message que nous voulons véhiculer est que les automobilistes et les motards sont des personnes qui payent des taxes énormes en Belgique" entame Lucien Beckers le créateur et administrateur du groupe quand on lui demande quelle en est sa vocation, "on nous limite de plus en plus la circulation avec toutes sortes d’infrastructures : les rues fermées, plus de place de parking, les Zones de Basses Emissions, les limitations de vitesse que l’on juge absurde, … On estime qu’on est lésé. On se défend et on dit ce que l’on pense", explique-t-il.


Faut-il interdire les casques audio et les oreillettes à vélo ?


Dans cet espace de discussions, depuis 2018, des membres partagent leurs arguments en faveur de la voiture, dénoncent également les décisions politiques privilégiant l’usage du vélo à Bruxelles. Sous ces messages et articles de presse se trouvent de nombreux commentaires dont certains sont parfois très hargneux voire haineux vis-à-vis des cyclistes. Un compte Twitter en a listé quelques-uns.

"Les commentaires sont relativement incontrôlables", admet l’administrateur du groupe. "Il nous est absolument impossible de lire tous les commentaires. Un post peut générer jusqu’à 300 commentaires. Nous sommes plusieurs à essayer de contrôler mais Facebook est devenu le café du commerce et forcément les commentaires sont parfois très populistes et dérapent très souvent", argumente Lucien Beckers. Les règles du groupe stipulent en effet que les membres doivent être aimables, courtois et non violents. "Les critiques polies sont autorisées. Les attaques 'ad hominem' non respectueuses seront supprimées", peut-on lire sur la page internet.

Mais parfois les critiques sans le moindre filtre s’exportent au-delà du groupe. Pendant l’été, des membres se sont attaqués à une militante. Cette dernière, à travers son blog, veut inciter les gens à troquer la voiture pour la bicyclette.


Découvrez la carte interactive des nouvelles pistes cyclables créées à Bruxelles


La cycliste convaincue s’est réjouie sur sa page Facebook, de la création d’un nouvel aménagement cyclable. Son post est alors partagé sur "L’automobiliste en a marre !". Elle reçoit très vite des messages. "J’ai commencé à recevoir une série de messages haineux de la part de personnes que je ne connaissais pas. Ils m’accusaient de tous les maux, des insultes sexistes le plus souvent, assez violentes et aussi des accusations complètement diffamatoires. Ils m’accusaient de collaborer avec certains partis politiques", témoigne-t-elle. Elle décide alors de fermer ses réseaux sociaux temporairement et de porter plainte. "Je ne comprends pas. Je suis juste une citoyenne qui a choisi un autre mode de déplacement que la voiture pour aller au travail. Je ne comprends pas pourquoi tant de haine", conclut-elle.

Une hausse des tensions dans la rue aussi ?

Dans la rue, en chair et en os, les tensions semblent aussi de plus en plus marquées, selon certains cyclistes. Plusieurs agressions ont été signalées à Bruxelles ces derniers jours. "Il y a une certaine frustration, un agacement qui peut se manifester par des coups de klaxon, parfois aussi des comportements dangereux comme frôler un cycliste", analyse Aurélie Willems, la secrétaire générale du Gracq, l’Asbl qui représente l’intérêt des cyclistes. "On sort du modèle du 'tout à la voiture'. Cela provoque des conflits entre les différents usagers. On constate ce phénomène dans toute une série de villes qui sont entrées en transition. C’est une étape. Normalement, l’étape suivante, c’est une adaptation à cette nouvelle ville et ces nouveaux moyens de transport vers un apaisement général de la situation".

Malgré ces frustrations, remarquons quand même que la plupart des trajets à vélo à Bruxelles se font en toute cordialité et sécurité.

Journal télévisé 14/07/2020

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