Coronavirus: insultées parce qu'elles vendent les masques qu'elles fabriquent

De plus en plus de personnes portent des masques dans la rue ou à l'extérieur pour se protéger. Des masques de chantier, des masques médicaux, des masques que certains cousent aussi directement ou bien des masques qu'on achète à des couturiers et couturières.

Mais justement, nombre de ces couturières se plaignent aujourd'hui de recevoir des insultes ! Des gens qui les accusent sur les réseaux sociaux de profiter de la crise pour gagner pas mal d'argent.

Faux, archi-faux, répond l'une d'entre elle. Nous l'avons contactée. 

"On devrait faire arrêter des gens comme vous"

D'habitude Annabelle fabrique des costumes pour le théâtre ou l'opéra. Mais avec le confinement et l'arrêt de toute la vie culturelle, elle se retrouve sans aucun revenu. "Pour certains, la couture, c'est un hobby. Pour nous, c'est un métier. Avec la crise, nous avons perdu tous nos contrats de travail. Et cela jusque septembre ou octobre… au moins"


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Certaines personnes lui ont alors demandé de leur fabriquer des masques. Et elle s'est lancée. Annabelle les vend entre 7 et 10 euros/pièce. Mais depuis quelques jours, à côté de très nombreuses commandes, elle reçoit aussi beaucoup d'insultes. "Vous faites du profit sur la crise. Pensez aux morts. Ma Grand-mère fait cela gratos, pourquoi pas vous ? Et même : on devrait faire arrêter des gens comme vous".  

"Vous, comme travailleur, vous travailleriez gratuitement pour votre patron?"

Des insultes qu'elle trouve choquantes, alors que son activité permet aujourd'hui de faire vivre six personnes qui, sans cela, n'auraient pas de revenus. Il faut aussi payer le tissu, les heures de travail, les machines, l'électricité. Tout cela de manière légale.

"Le fait de déclarer nos revenus fait qu'on va payer des taxes. Ces taxes, elles iront dans les caisses de l'état. Donc, en fait, en pleine crise économique, nous on participe à l'économie du pays du pays. Je réponds aussi à ces gens qui nous insultent que, si moi je vais chez mon boucher et que je lui demande de me donner trois steaks gratuits, il me dira non". 

Selon Annabelle, le problème vient du fait que les pouvoirs publics demandent de plus en plus à des bénévoles de coudre gratuitement. Du coup, le public pense que tout doit être gratuit. "Mais si votre patron vous demande de venir travailler pour lui sans être payé, vous lui rirez au nez. Et bien, c'est la même chose avec les masques", conclut la couturière.

Une couturière qui précise aussi que cette activité ne compense pas du tout ses revenus habituels de travail et que les bénéfices éventuels servent aussi à payer les masques fabriqués qu'elle offre à certaines associations dans le besoin, notamment plusieurs qui s'occupent de personnes sans-papiers à Bruxelles. 

Face aux difficultés et aux critiques, des couturières ont lancé un crowdfunding. Le but: verser 4 euros aux couturières par masque confectionné pour leur venir en aide. "Les fonds récoltés permettront de rembourser leurs frais de production et contribueront à protéger les travailleurs et citoyens", précisent les initiatrices du projet.