Logopédie: quelque 200 personnes ont passé la nuit devant Marie Haps

Armés de thermos, de couvertures et de beaucoup de patience, ils sont environ 200 à avoir campé toute la nuit devant l’Institut Marie Haps pour être sûrs d'être inscrits en septembre
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Armés de thermos, de couvertures et de beaucoup de patience, ils sont environ 200 à avoir campé toute la nuit devant l’Institut Marie Haps pour être sûrs d'être inscrits en septembre - © RTBF - Geoffroy Fabré

200 futurs étudiants ont passé la nuit sur le trottoir de la rue Vautier, à deux pas de la place du Luxembourg. Ils ou elles espèrent apprendre le métier de logopède à l'Institut Marie Haps. Le début des inscriptions est prévu à neuf heures. Cependant, il n’y a pas assez de places pour répondre à la demande, notamment de la part d'étudiants français.

Le trottoir est noir de monde. La police a même dû installer un cordon de protection. Il faut dire que les premiers arrivés étaient là hier mercredi à 16 heures.

''Nous campons pour pouvoir inscrire nos enfants en école de logopédie. Il y a peu de places et beaucoup de demandes, essentiellement françaises si bien qu'on est obligés de camper toute la nuit sur le trottoir!''

Les premières de la file sont une dame et sa fille venues tout droit de Marseille. ''Je viens de Marseille, c’est bien loin, je sais.  Ma fille et moi sommes arrivées hier en milieu d'après-midi. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour ses petits quand même ? On est venues la veille parce que nous avons lu sur plusieurs forums qu’il était préférable de venir tôt et puis Marie Haps nous a également laissé entendre qu’il fallait être là très tôt.’’

Armés de thermos, de couvertures et de beaucoup de patience, ils sont environ 200 à avoir campé toute la nuit devant l’Institut Marie Haps pour être sûrs d'être inscrits en septembre. Ces 200 étudiants souhaitent suivre des études en logopédie. Ils sont français pour la plupart. En France, ce type d’étude exige un examen d’entrée, ce qui n’est pas le cas en Belgique.

"À Paris comme ailleurs en France, les concours sont très difficiles et du coup, on se réfugie ici pour s’inscrire et espérer qu’il y aura une petite place pour nous’’ témoigne l'un d'eux.

Jusqu’à l’an dernier, il existait des quotas de places disponibles pour les étudiants étrangers en logopédie, 30% maximum, mais la cour constitutionnelle a estimé que ces quotas n’avaient pas lieu d’être pour la logopédie. Cela signifie que les étudiants français, comme c'est le cas ici, pourraient théoriquement occuper toutes les places vacantes. À l'heure actuelle, ces quotas n’existent plus que pour la kinésithérapie et la médecine vétérinaire. Le principe en logopédie est donc celui du premier arrivé, premier inscrit.

''Apparemment, il y a 170 personnes, enfin je sais que je suis 154e et quand je suis allée voir là tout de suite, il y avait 169 personnes, donc à mon avis, ça a encore augmenté’’ déclare une étudiante française.

Réaction du ministre Marcourt

Le ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt explique que les choses pourraient bientôt changer. ''Il est clair que le dossier de la logopédie sera probablement le suivant, avec celui des sages-femmes où nous avons une sorte d'invasion d'étudiants venant de l'étranger, particulièrement de France. C'est dû à la qualité de notre enseignement, c'est dû aussi au fait que nous ne faisons pas de sélection à l'entrée. J'ai encore eu un contact avec l'ambassadrice de France en Belgique sur cette question en indiquant que ça devenait critique. Et que nous continuerions bien entendu à protéger l'accès de nos étudiants à notre enseignement et qu'il y avait quelque chose de tout à fait inacceptable de voir les auditoires être complètement phagocytés par des étudiants étrangers.''

Les professionnels s'inquiètent

La décision européenne de supprimer les quotas d'étudiants étrangers en logopédie inquiète les professionnels de terrain. Catherine Van Hame est logopède à Bruxelles et membre de l'Union professionnelle des logopèdes francophones.  Elle déclare: ''On risque une pénurie de logopède parce qu’actuellement dans les cabinets ou les centres paramédicaux, on se retrouve avec des listes d’attente d’un an voir plus, pour certaines prises en charge. C'est encore plus long quand ces prises en charge concernent des problèmes spécifiques tels que des dyscalculies, des dyspraxies, etc. L’avenir risque d’être encore pire qu’aujourd’hui. On ne va en tout cas pas manquer de travail, ça c’est évident. Mais le problème, sur Bruxelles, est que les troupes d’apprentissages sont très nombreux et ça va en s’amplifiant. Si on ne trouve plus de logopèdes en suffisance, on va vraiment avoir du mal à aider tous ces parents en souffrance qui pleurent parfois au téléphone pour avoir une place afin d'aider leur enfant. C’est vraiment très dur au niveau psychologique de devoir dire non à des gens qui sont réellement en demande.’’

RTBF

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