Inondations: 1 an plus tard, le Brabant wallon tente de panser ses plaies

A Tourinnes-la-Grosse, il y a 1 an, l'eau du Mille est montée à environ 1m de haut dans une partie de la maison de Nathalie Dekempenart. Aujourd'hui, le cours d'eau a subi un curage. Ce qui améliore la capacité d'écoulement des eaux. L'habitante apprécie. Mais elle souhaite d'autres mesures de lutte contre les inondations. Car la maison familiale souffre des intempéries depuis plus de 40 ans!
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A Tourinnes-la-Grosse, il y a 1 an, l'eau du Mille est montée à environ 1m de haut dans une partie de la maison de Nathalie Dekempenart. Aujourd'hui, le cours d'eau a subi un curage. Ce qui améliore la capacité d'écoulement des eaux. L'habitante apprécie. Mais elle souhaite d'autres mesures de lutte contre les inondations. Car la maison familiale souffre des intempéries depuis plus de 40 ans! - © Rtbf

C'était il y a tout juste un an! Les 6, 7 et 8 juin 2016, de terribles orages provoquaient de graves inondations en Belgique. Parmi les provinces les plus touchées: le Brabant wallon. L'eau et la boue ont provoqué de sérieux dégâts. Caves inondées, coulées de boue dans de nombreuses habitations, voitures déplacées, murs détruits, arbres arrachés,... Un an plus tard, malgré de multiples travaux de réparation, les stigmates de ces violentes intempéries sont toujours visibles. Depuis 1 an, les autorités multiplient les mesures de prévention et de protection contre les inondations; mais il reste beaucoup à faire. Focus sur deux entités touchées de plein fouet par les orages de juin 2016: Tourinnes-la-Grosse (près de Beauvechain) et Genappe.

Tourinnes-la-Grosse

Il y a un an, la maison familiale de Nathalie Dekempenart a été inondée par les eaux du Mille, le cours d'eau qui jouxte sa propriété. "L'eau est montée rapidement. Avec beaucoup de boue. Jusqu'à hauteur de l'appui de fenêtre... soit environ 1m de haut. La maison était entourée d'eau et de boue. Il y a eu de sérieux dégâts. Aujourd'hui, je dois avouer que je suis épuisée. Car je subis cela depuis 40 ans. C'est la maison familiale. Mes grands-parents et mes parents ont souvent connu des inondations. Mais l'an dernier, c'était vraiment grave. Avec plusieurs riverains, nous avons lancé une pétition pour que les autorités prennent davantage de mesures permettant de lutter contre les inondations." 

Mesures anti-inondations

Sous la pression des riverains, au fil des ans et des intempéries, 6 bassins d'orages ont été créés dans la commune de Beauvechain (qui comprend l'entité de Tourinnes-la-Grosse). Province et commune ont renforcé une série de dispositifs permettant de lutter contre les dégâts des eaux. Avec le soutien de scientifiques, un outil prévisionnel a été développé pour mieux anticiper d'éventuels débordements et pour adapter les mesures d'urgence à mettre en oeuvre. "Il y avait déjà une série de moyens de lutte contre les inondations", explique Alexandra Bauwens, hydrologue à la province du Brabant wallon. "Mais les débordements de 2016 ont nécessité le renforcement du dispositif. A Tourinnes, nous avons notamment réalisé des travaux de curage des cours d'eau, d'entretien, de lutte contre les plantes invasives et de réfection des berges endommagées."  

ZIT et ZEC

D'autres projets suivront, comme l'aménagement des terrains agricoles pour améliorer la perméabilité du sol, mieux retenir l'eau et éviter les coulées de boues. Parmi les autres moyens de lutte contre les inondations: les ZIT (les zones d'immersion temporaires)... qui jouent le rôle de tampon en cas de débordement des cours d'eau. Mais aussi les ZEC (les zones d'expansion de crues, délimitées par des digues), dont la capacité de rétention des eaux est supérieure à la capacité des traditionnels bassins d'orage. "A titre de comparaison", explique Marc Bastin, député provincial en charge de la lutte contre les inondations, "un bassin d'orage excavé et cimenté contient un maximum de 2.500 m³. Les ZIT et les ZEC peuvent aller jusqu'à 150.000 m³, leur capacité moyenne étant de 30.000 à 40.000 m³".

Barrages clandestins      

"Dans notre commune, nous avons constaté que des citoyens déposaient parfois des déchets verts, des branchages et même des objets tels que des matelas au bord des cours d'eau", explique Marc Deconinck, bourgmestre de Beauvechain. "Cela peut créer des barrages qui bloquent l'écoulement normal des eaux. Et en cas d'orage, l'eau déborde. Nous voulons donc conscientiser la population. En informant et en avertissant d'abord. En sanctionnant ensuite, s'il le faut! Un agent constatateur devrait dissuader le dépôt de déchets verts, de matelas ou autres objets pouvant provoquer un barrage dans la rivière. Et il y aura des amendes en cas d'infraction".

Tourinnes en veut plus

Pour les riverains de Tourinnes-la-Grosse, excédés par la répétition des inondations, il faudra encore d'autres mesures, pour éviter de nouvelles catastrophes. "Je ne me sens pas encore rassurée", souligne Nathalie. "Le curage, par exemple, c'est bien. Mais il en faudra bien plus pour éviter les dégâts en cas de fortes intempéries". Un avis partagé par d'autres habitants confrontés à la problématique.

Genappe

Genappe aussi a payé un lourd tribu lors des inondations de juin 2016. Et là aussi, ce n'était pas une première. "L'an dernier, c'était catastrophique", affirme une octogénaire. "C'était vraiment des torrents de boue. Je n'avais jamais vu pareils débordements".

Près de la poste, un mur s'est écroulé sur une distance de 30 mètres. "L'eau est montée jusqu'à pratiquement 1m50 de haut", se souvient un voisin. "A un certain moment, le mur a cédé sous la pression de l'eau. Des voitures ont même été emportées et se sont retrouvées dans notre jardin. C'était horrible".

Un an plus tard, le mur (privatif) n'est toujours pas réparé. Dans d'autres habitations, les dégâts des eaux et des coulées de boue sont encore visibles. Des dossiers d'assurances sont encore en cours. Et le souvenir des intempéries est toujours très présent dans les esprits. Ici aussi, une série de mesures de protection avaient déjà été réalisées par le passé. Mais les violents orages de juin 2016 ont poussé les différents niveaux de pouvoir à renforcer les dispositifs existants.

"Nous avons procédé au curage des cours d'eau pour retirer au maximum les dépôts de terre consécutifs aux inondations de juin. Nous avons procédé à la réfection de certains ouvrages. Nous avons aussi amélioré le fonctionnement d'un bassin d'orage", explique l'hydrologue Alexandra Bauwens.

Avec le soutien financier de la province, la commune a également réalisé une série de travaux. En 2016, Genappe a reçu 18.900 euros de subsides. Elle espère en obtenir 320.000 cette année. "Nous avons consolidé des talus, réduit le débit de l'eau à certains endroits, réparé des bassins d'orage et aménagé des zones d'immersion", explique l'échevin des travaux et de l'environnement, Christophe Hayet. D'autres travaux avaient déjà été réalisés auparavant, comme le curage des cours d'eau dont nous sommes chargés. Nous avons également nettoyé des avaloirs. Mais il est clair qu'il reste encore beaucoup à faire". Ici, comme ailleurs, malgré toutes ces mesures, personne n'ose d'ailleurs garantir qu'il n'y aura plus de débordements. Les surfaces perméables se réduisent. Et les épisodes orageux violents se multiplient.

Rappelons aussi que dans de nombreuses régions de la province et de la Wallonie, les inondations de juin 2016 ont été reconnues par le gouvernement régional comme "calamités publiques". Des dédommagements sont prévus. Un soulagement (partiel) pour les victimes des intempéries qui n'ont pas été remboursées par les assurances.  

Plateforme "inondations" 

Enfin, signalons qu'une plateforme d'échanges d'informations et d'expertises vient d'être inaugurée par la Province. Elle s'adresse aux citoyens et à tous les acteurs concernés par les inondations. L'adresse: www.brabantwallon/inondations

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