Une start-up de Gembloux reçoit 6 millions € pour homologuer son alternative au glyphosate

La découverte wallonne est majeure au niveau environnemental. Trois produits performants et biologiques ont été développés par des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège pour remplacer le glyphosate à destination des particuliers et des agriculteurs. Il s’agit de solutions à base d’huiles essentielles fortement diluées mais qui restent efficaces pour tuer les mauvaises herbes.

Un financement de six millions d’euros doit leur permettre d’introduire une demande d’homologation auprès des autorités européennes. Le chemin devrait encore durer un peu plus de quatre ans et ouvrir la voie à la commercialisation de cet herbicide très faiblement toxique, mis au point par des chercheurs wallons.

Quels sont les résultats de cette recherche ?

16 heures après l’application du bio pesticide, les plantes meurent. Mais il est conseillé de répandre le produit deux fois pour éviter les repousses. Dans une des serres du campus gembloutois, le chercheur Simon Dal Maso nous montre comment cela fonctionne : "à chaque fois, le principe est de mettre deux bacs de plantes l’un à côté de l’autre. Ici, il y a du plantain bien vert, et à gauche du plantain mort. On a répandu le produit à base de produits naturels sur les pousses. L’objectif de cet herbicide bio, c’est qu’il tue les mauvaises herbes et qu’il se substitue aux produits phytosanitaires chimiques, dont le glyphosate".

Dix ans de recherche

Pour arriver à ce résultat, des années de labeur ont été nécessaires en laboratoire. Et comme souvent dans le domaine scientifique, cette découverte a bénéficié d’un coup de pouce du destin. "On a toujours eu le souci de développer des méthodes alternatives aux pesticides chimiques. Et quand on a commencé les recherches en 2010 sur les huiles essentielles, on n’avait pas anticipé que le glyphosate allait poser problème des années plus tard. Et il se fait que fortuitement, nous sommes prêts", explique Haïssam Jijakli, professeur en phytopathologie et en agriculture urbaine à la Faculté de Gembloux de l’Université de Liège.

Trois huiles essentielles sur des milliers ont été retenues pour développer trois produits. Aujourd’hui, ceux-ci ont été testés dans les champs et sur plusieurs cultures. Ils sont performants pour éliminer toutes sortes de mauvaises herbes. Mais ils doivent encore être homologués avant d’être destinés à remplacer le glyphosate.


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"Notre objectif, c’est d’élaborer ces herbicides pour les agriculteurs mais aussi pour les particuliers. L’idée est d’utiliser ces produits comme on le faisait avec le Roundup pour éliminer les mauvaises herbes dans les graviers, les allées ou encore les gazons", détaille Simon Dal Maso, chercheur à Gembloux.

Une petite révolution pour l’agriculture

Mais c’est surtout pour l’agriculture que cette alternative au glyphosate constitue une petite révolution. Car le produit sera bientôt banni dans l’Union européenne. Du côté de la Fédération Wallonne de l’Agriculture, la nouvelle est bien accueillie même si on émet trois réserves. "C’est une recherche et une découverte wallonne. Donc, on est plutôt enthousiaste à ce type d’alternative au glyphosate car la tendance est à la diminution des intrants chimiques. Mais il faudra voir lorsqu’on passera à la commercialisation ce qu’il en est du prix du produit, de son utilisation qui devra pouvoir se réaliser avec des pulvérisateurs et de la toxicité de cette substance", explique José Renard secrétaire générale du syndicat agricole.

La réponse des chercheurs gembloutois est claire. Ces critères ont été pris en compte, et ce dès la genèse de cette recherche. "L’huile essentielle coûte relativement chère mais nous avons développé une substance biologique avec de l’huile hautement diluée avec toujours des propriétés actives. Le coût final est désormais bas et permettra d’être concurrentiel face au glyphosate".


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Quant à la toxicité, elle est nulle selon les scientifiques gembloutois. "Ces huiles essentielles sont déjà utilisées dans le secteur de la médecine. Donc nous n’avons pas de craintes quant à d’éventuelles contaminations de ces produits à la faune et la flore", conclut Haïssam Jijakli.

Une levée de fonds est en cours et une spin-off sera créée fin de l’année. Prochaine étape : ces herbicides naturels devront être homologués avant d’être commercialisés.

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