Incidents à Bruxelles: "La police est-elle suffisamment présente sur les réseaux sociaux?"

Hamza Fassi-Fihri, député bruxellois cdH
Hamza Fassi-Fihri, député bruxellois cdH - © Tous droits réservés

Le député bruxellois cdH Hamza Fassi-Fihri, conseiller communal à la ville de Bruxelles dans l'opposition, revient sur les événements de mercredi dans le quartier de la place de la Monnaie, à Bruxelles : "J'ai vu les images, mes premières réactions spontanées étaient des sentiments un peu mêlés. D'abord d'incrédulité, je n'y croyais pas, je me dis que ce n'est pas possible. Et en même temps aussi, de l'incompréhension, de la colère, parce que c'est vrai que ça ne va pas, on est énervé de voir que ça peut arriver et que ça arrive à Bruxelles, et donc ça ne laisse pas de marbre."

"Et puis il y a de la lassitude aussi, mais ça donne une impression que les choses ne sont pas comme elles devraient être, qu'il y a du laisser-aller et que les choses ne sont pas sous contrôle. J'essaie de prendre du recul et de la distance parce que je n'ai pas envie de me laisser dicter par mes sentiments".

Vous n'avez pas senti qu'il y avait une tension particulière parmi certains groupes de jeunes dans Bruxelles ?

"Il n'y a pas de point commun forcément factuel ou au niveau opérationnel entre ce qui s'est passé samedi et ce qui s'est passé mercredi. Mais il y a des questions communes qui émergent. Ce sont des questions qui relèvent de la prévisibilité ou de la préparation des forces de l'ordre par rapport à ce type d'événements, d'une part un événement d'ordre culturel mercredi, qui dégénère, et puis un événement sportif festif qui dégénère samedi. Alors, comment se fait-il que ces choses-là aient pu se passer ? Je voudrais saluer le travail des policiers qui étaient là sur le terrain, tant samedi qu'hier, et qui ont remis de l'ordre, qui ont mis fin à ce que ces casseurs, ces vandales ont fait".

Certains critiquent quand même l'action de la police, et notamment en disant que samedi soir on n'a arrêté personne et ça a pu susciter un sentiment d'impunité chez certains qui ont recommencé mercredi. Etes-vous d'accord avec cette analyse ?

"Bien sûr, mais il faut bien distinguer les choses. Il faut reconnaître le travail des policiers effectué sur le terrain. Ça, c'est une chose. Ils ont tout mon soutien, c'est eux qui protègent la population et qui garantissent la sécurité. Mais ça n'empêche pas des questions en amont sur la stratégie policière, sur la vision du maintien de l'ordre, sur la préparation finalement. Des questions qui portent plus sur l'autorité administrative et politique, sur la police, que sur le travail des policiers eux-mêmes."

"Par exemple, je lis dans la presse des éléments du rapport de l'inspection de la police, il semblerait qu'il y ait eu des problèmes d'évaluation des risques, et donc des problèmes d'impréparation, de sous-effectifs. Ça, ce sont des choses qui ne peuvent plus se passer quand on est dans le centre-ville, quand on est la capitale de l'Europe. Cela pose question".

La presse flamande dit aussi que, pendant de trop longues années, les autorités bruxelloises ont été trop permissives avec certains jeunes.

"Il faut analyser étape par étape. D'abord, sur les questions de sécurité, il y a ces éléments d'impréparation. Mais il y a aussi la question de l'émergence d'Internet et des réseaux sociaux comme nouvel espace public finalement, parce que tous ces appels à manifester ou à se rassembler en tout cas, se sont passés sur les réseaux sociaux. Est-ce que la police est suffisamment présente sur cet espace public nouveau, comme elle l'est sur le terrain aujourd'hui ? C'est une question aussi à poser aux autorités de police, pas pour les critiquer, mais pour qu'elles s'adaptent à cette nouvelle réalité dans laquelle nous vivons pour empêcher que ces éléments se reproduisent à l'avenir. Ça, c'est pour les questions de sécurité. Maintenant, c'est vrai qu'il y a aussi des questions qui peuvent se poser sur ce que j'appelle la cohésion sociale, le fait de vivre ensemble et de se respecter ensemble".

Quand des jeunes de 15 ans saccagent des magasins, c'est qu'il y a un problème de fond ?

"Évidemment. D'abord, c'est inacceptable, il y a une question de responsabilité individuelle et familiale lorsqu'il s'agit de mineurs, donc c'est une question aussi d'éducation, de responsabilité parentale, mais il y a aussi une question collective à se poser. Ces jeunes, ce sont des casseurs, c'est de la violence gratuite, il n'y a pas de revendications, ça ne ressemble à rien, mais ça dit quelque chose effectivement, d'un mal-être, d'une place que ces jeunes se voient ou pas reconnaître dans la société. Et donc ça, c'est une question collective par essence. Il faut, de manière plus concrète à Bruxelles, que l'autorité publique se pose la question aussi de comment elle intègre dans l'inclusion sociale, dans la vie collective, tous les quartiers de la ville. Ici, je rappelle que ça se passe autour du piétonnier, c'est un projet dont on a beaucoup parlé pour d'autres raisons, mais finalement on voit bien que ce projet n'est pas accaparé".

C'est la faute du piétonnier ?

"Non, ce n'est pas la faute du piétonnier, mais je dis que les gens se positionnent par rapport à un espace public qui leur appartient, qui est le leur. Et quand une autorité publique porte un projet aussi structurant, aussi symbolique, mais qu'il est désincarné, qu'il est déshumanisé, qu'il est devenu un projet mal géré, mais un projet de commerce et de loisirs sans y ajouter la dimension humaine et de lien social, à un moment donné c'est la responsabilité aussi des penseurs de la ville de corriger le tir. Je dis qu'il faut tirer aussi des leçons de ce qui se passe pour réimaginer le projet piétonnier en tenant compte de l'élément de l'incarnation de l'humain".

La N-VA veut remettre de l'ordre à Bruxelles, empêcher tout rassemblement. Vous êtes d'accord avec cette vision des choses ?

"Bien sûr, mais il ne faut pas non plus arriver à des couvre-feux et dire aux gens 'ne sortez plus'. Ou alors on a de nouveau perdu, comme c'est arrivé après des événements malheureux il y a quelque temps où des décisions sont prises dans l'émotion. Au lieu de rassembler ou d'être positif, on met les gens chez eux. Je ne crois pas que ce soit comme ça qu'il faille agir. Il faut plutôt se poser des questions sur l'adaptation des réponses de maintien de l'ordre à la réalité d'aujourd'hui".

Il faut plus de policiers dans les rues ?

"Quand on est dans le centre-ville et qu'on voit que par deux fois les policiers étaient en sous-effectif, la question se pose aussi de la présence policière, de sa préparation, de l'analyse de risque et de la présence sur Internet avec la vision de ville qui doit être plus inclusive et avec la dimension humaine".

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