Ils devront rendre Manaël à sa mère biologique

Manish et Mickaël devront rendre Manael à sa mère biologique
Manish et Mickaël devront rendre Manael à sa mère biologique - © Tous droits réservés

C'est une histoire d'adoption très rare, celle d'un couple qui se voit confier un petit garçon, quelques jours après sa naissance et qui s'apprête à devoir le rendre à sa mère biologique, dix-neuf mois plus tard. La procédure semblait pourtant devoir se dérouler sans encombres. En avril 2016, Manish et Michaël apprennent par l'agence anversoise Adoptie Huis, qu'ils vont bientôt pouvoir accueillir une petit garçon. La mère n'est pas opposée à l'adoption par un couple homosexuel et souhaite même que son fils rejoigne dès que possible les futurs parents adoptifs. Quelques jours après la naissance, Manaël arrive à Schaerbeek. La vie à trois peut commencer.

Trois mois plus tard, la maman consent officiellement à l'adoption devant un notaire. Elle donne également autorité à l'agence d'adoption de poursuivre la procédure judiciaire sans elle. Dans l'esprit des papas, candidats adoptants, Manaël est désormais leur fils. Manish se souvient : "Jusque là nous étions seulement les gardiens de l'enfant. Après la signature du consentement par la mère, nous nous sentions enfin des parents."

Mais l'adoption doit encore être confirmée par le tribunal. Et la mauvaise nouvelle tombe en février 2017.  La mère, qui dispose de six mois pour se rétracter après le dépôt du dossier devant le tribunal de la famille, vient de changer d'avis. Elle a retiré son consentement, le petit Manaël a alors 10 mois.

"Le temps passé avec nous ne compte pas"

Une décision confirmée en appel : "Le juge estime que l'intérêt de l'enfant est de retourner dans sa famille biologique et il ne prend pas en compte le temps qu'il a déjà passé avec nous, ni le fait que la maman a changé d'avis aussi tard dans la procédure. Aucune enquête sociale n'a été demandée", regrette Michaël.

Depuis, le couple bruxellois est devenu la "famille d'accueil" de Manaël. Et pour assurer une transition en douceur vers la famille biologique, Manish et Michaël doivent présenter le petit garçon à sa mère tous les mercredis. "On n'arrive pas à se mettre dans la tête qu'il n'est plus notre fils, ni qu'un jour, il ne vivra plus avec nous", constate Manish. C'est terriblement difficile mais on le fait bien sûr dans l'intérêt de Manaël. C'est lui seul qui compte pour nous, finalement".

Aujourd'hui, le couple veut rendre public ce qui vient de leur arriver pour prévenir les autres candidats à l'adoption. "Tant que l'adoption n'est pas officielle, les parents adoptifs n'ont que très peu de droits."

Un cas rarissime en Belgique

En vingt ans de service, Didier Dehou, directeur d'Autorité Centrale Communautaire (direction de l'Adoption) à la Fédération Wallonie Bruxelles, n'avait jamais rencontré une situation comparable. "Il est très fréquent qu'une mère renonce à son projet d'adoption entre la naissance et le moment de donner son consentement devant le notaire (minimum deux mois après la naissance). En Communauté française (à la différence de la Communauté flamande) nous ne confions d'ailleurs jamais un enfant immédiatement aux futurs parents adoptifs". L'enfant passe alors ses premières semaines en pouponnière. Par contre, reconnait Didier Dehou, aucune une mère, jusqu'ici, n'avait changé d'avis en cours de procédure judiciaire.

Pour les ex-parents candidats à l'adoption, c'est évidemment un drame. Pour l'enfant, il s'agit d'une nouvelle rupture. Il devra créer des liens avec une nouvelle personne, même si elle est sa mère.

Mais Didier Dehou met toutefois en garde : si la phase entre la naissance de l'enfant et le prononcé de son adoption par le tribunal de la famille est une période potentiellement risquée, il ne faudrait toutefois pas exagérer ce risque potentiel. Les parents adoptifs ne doivent pas se retenir d'aimer l'enfant sous prétexte qu'il pourrait ne pas rester avec eux. L'enfant a, dès le début, besoin de tout leur amour.

Ecoutez le reportage de Véronique Fievet

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