Il y a 60 ans, la catastrophe du Bois du Cazier faisait 262 morts

8 août 1956. Une colonne de fumée s'élève du Bois du Cazier à Marcinelle. Un incendie s'est déclaré à près d'un kilomètre sous terre. Très vite, le feu gagne toute la mine où 275 hommes sont descendus ce matin-là. Les sauveteurs belges s'activent avec l'appui de centrales de secours venues du nord de la France et d'Allemagne.

"Un nuage de fumée est arrivé, on ne voyait absolument plus rien"

La presse arrive elle aussi rapidement sur place. Des journalistes interrogent l'un des premiers rescapés à sa sortie de l'enfer. Il s'appelle Robert Barbieux.

"J'étais descendu à 7h pour commencer la journée", explique alors le mineur au micro, "Vers 8h, des gens de 975 mètres sont descendus avec la cage. Ils nous ont averti qu'il y avait le feu et qu'il fallait remonter tout de suite. À ce moment-là, un nuage de fumée est arrivé, on ne voyait absolument plus rien. On a demandé la cage, elle est arrivée et nous sommes remontés. Après ça, plus rien n'est remonté".

À 19h, le bilan est de 13 rescapés, 7 morts et 255 disparus. Les responsables de la mine n'ont plus beaucoup d'espoir.

Une tragique méprise

Mais qu'est-ce qui a provoqué cet incendie? À 8h10, un ouvrier encage un chariot de charbon qui n'expulse pas, comme il le devrait, un wagonnet vide de l'autre côté. Suite à un malentendu avec la surface, la cage démarre et arrache des câbles électriques, une conduite d'huile et une autre d'air comprimé. Il n'en fallait pas moins pour embraser la mine.

Antonio Ianetta, l'encageur qui a poussé le chariot, raconte ce qu'il a vu dans une interview de 1976 au Canada où il s'est exilé : "Une seconde, un moment après, j'ai vu descendre de la fumée, des flammes, des étincelles. J'ai dû fuir vers l'autre puits".

Opérations de sauvetage

Les services de secours mettront toute leur énergie pour retrouver des survivants. Angelo Galvan, surnommé le renard du Bois du Cazier, est un de ceux qui ont risqué leur vie pour remonter leurs camarades à la surface. L'après-midi du 8 août, il descend avec Adolphe Calicis, l'ingénieur du corps des mines, à 715 mètres sous terre. Sous un chariot renversé, ils retrouvent trois rescapés qui s'étaient mis à l'abri et les remontent à l'air libre. Après, ils ne retrouveront plus que des cadavres.

Une attente interminable

Si les premiers corps sont enterrés en grande pompe le 13 août, les recherches de survivants se poursuivent jusqu'au 23. Pour les familles des mineurs qui s'accrochent aux grilles sous un soleil de plomb, l'attente est longue et pénible, l'espoir ténu.

Des conséquences historiques

Le dernier corps ne sera remonté qu'en décembre 1957. En tout, l'accident aura fait 262 morts de douze nationalités, en majorité des Italiens. Le drame donne d'ailleurs un visage à cette immigration italienne. Le grand public découvre leurs conditions de vie déplorables, souvent dans de simples baraquements abritant avant eux des prisonniers allemands. La catastrophe mettra en fait un terme officiel aux accords charbon, conclus entre la Belgique et l'Italie.

D'autres étrangers descendront à leur tour dans des charbonnages plus sûrs. La plus grande catastrophe minière de Belgique aura au moins permis la mise en place d'une réglementation plus stricte de la sécurité dans les mines.

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