Il est cinq heures, le tapis s'éveille sur Bruxelles

Une centaine de bénévoles assemblent le tapis en quelques heures seulement.
Une centaine de bénévoles assemblent le tapis en quelques heures seulement. - © Mathilde Leflot

8 heures du matin sur la Grand-Place de Bruxelles. Le Tapis de Fleurs commence à prendre forme et les passants peuvent déjà respirer les bégonias. La deuxième équipe de monteurs bénévoles a pris le relai sur la première, qui a commencé à cinq heures du matin. En tout, ils sont une centaine à assembler l’œuvre qui sera terminée pour 13 heures tapantes, heure officielle de l’inauguration de l’événement.

Ces jardiniers éphémères déposent les fleurs à la manière d’un puzzle, sur un vaste plastique micro-performé sur lequel sont dessinés les contours des motifs à réaliser.

"Une centaine de cultivateurs se mobilisent en général. Mais pour cette 20e édition, nous avons également engagé une centaine de bénévoles qui ne sont pas du tout du métier, même des enfants. Ils sont très enthousiastes de participer au projet et travaillent à une telle vitesse que le tapis risque certainement d’être terminé encore plus vite que d’habitude" se réjouit Annette Katz, administratrice de l’évènement depuis 20 ans.

Bruxelles déroule son 20e Tapis de Fleurs

600 000. C’est le nombre de fleurs que la Grand-Place de Bruxelles accueille tous les deux ans depuis 1971, durant le week-end du 15 août. S’étendant sur environ 1800 m2 et mesurant 75 m de long sur 25 m de large, le Tapis de Fleurs fête cette année ses 20 ans. 

Une édition anniversaire qui tient particulièrement à cœur à l’administratrice de l’évènement : "20 ans, c’est un âge adulte. C’est comme un petit bébé, je l’ai vu grandir, et c’est devenu un adulte aujourd’hui".

Un véritable puzzle floral initialement conçu par l’architecte paysagiste Etienne Stautemas, né à Zottegem en 1927. Diplômé du Collège horticole de Gand, il commence à créer des tapis de fleurs prenant la forme de carpettes composées de bégonias, les fleurs qu’il préfère.

L’architecte floral et son équipe vont par la suite s’allier au designer Mark Schautteet. Ils réaliseront ensemble plus de 180 tapis géants à travers l’Europe, en passant également par l’Argentine ou les Etats-Unis.

Mais la Grand-Place de Bruxelles, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, "est un plus", confie Philippe Close, échevin du Tourisme de la ville de Bruxelles. "Toutes les façades des bâtiments qui bordent la Grand-Place ont été refaites, ce qui apporte encore une plus-value à cette édition anniversaire" poursuit-il.

Un double anniversaire

Après la Chine, la Turquie l’Europe, ou encore l’Afrique, c’est le Japon qui est mis à l’honneur pour cette édition 2016. Ou plus précisément, les 150 ans des amitiés belgo-japonaises. C’est durant l’édition 2014, qui célébrait le 50e anniversaire de l’immigration turque, que l’idée est née. "Lors de la précédente édition, le Japon nous a demandé si on pouvait collaborer. Une idée que le conseil d’administration a tout de suite trouvé séduisante", explique Annette Katz.

Pour cette édition anniversaire, Mark Schautteet s’est associé à sa jeune homologue japonaise Fujie Suzuki, diplômée de l’université japonaise Sapporo School of art en 2001, et qui réalise de nombreux projets visuels pour des musées ou expositions.

L’édition 2016, qui célèbre donc un double anniversaire, entend particulièrement rendre hommage à la nature dans la tradition japonaise. De nombreux thèmes sont dès lors mis à l’honneur. Les fleurs avant tout, notamment l’éclosion des fleurs de cerisier qui symbolise l’arrivée du printemps. Mais d’autres thématiques sont également présentées au public, parmi lesquelles les oiseaux, le vent et la lune, symboles de beauté naturelle, mais aussi des pins et des bambous, tous deux signes de bon augure. Des koïs (carpes japonaises) embellissent également le tapis représentant à la fois force et croissance.

La Belgique représente 80% de la production mondiale de bégonias

C’est le grand favori de la composition. Non seulement le bégonia tubéreux se décline en une grande palette de couleurs mais il résiste surtout particulièrement bien aux conditions météos les plus diverses, ce qui permet aux fleurs de garder leur éclat durant les quatre journées de l’évènement, comme en témoigne Philippe Close :

Si la robuste fleur est originaire des Antilles, la Belgique représente à elle-seule 80% de la production mondiale de bégonias. 60 millions de bulbes sont chaque année presque exclusivement cultivés dans la région de Gand, depuis 1860. "Les bégonias proviennent de la petite ville de Lochristi, à quelques pas de Gand. Au début, il y avait presque 200 entreprises, il en reste une quarantaine aujourd’hui. Mais comme ils se sont regroupés, le nombre de fleurs reste inchangé" raconte Annette Katz.

Le bleu, une couleur rare

Cette année, les bégonias sont accompagnés de quelques dahlias. Mais pas seulement, comme l’explique l'administratrice de l'évènement : "La nouveauté cette année, c’est l’écorce teinte. Nous avions besoin d’un bleu nuit tirant un peu vers le mauve. Mais cette couleur est impossible à trouver en fleur, et teindre les bégonias était impensable. Nous avons alors fait appel à l’Association des arts éphémères espagnole, qui fait elle-même partie de l’Association internationale de Tapis de Fleurs. Ils ont pu teindre les écorces de bois dans de grandes étendues non loin de Barcelone. Ils les ont ensuite exportées chez nous".

"C’est très long, mais le résultat est là"

Tous les deux ans, l’asbl Tapis de Fleurs mobilise une équipe qui réunit de nombreux professionnels. Des illustrateurs et graphistes imaginent des projets réalisables à l’échelle, tout en veillant à illustrer un thème différent pour chaque édition.

L’œuvre prend d’abord la forme d’une maquette permettant d’établir le nombre de fleurs nécessaires ainsi que les combinaisons de couleurs possibles. Les 600 000 fleurs indispensables à l’événement sont ensuite réservées pour être coupées assez longtemps à l’avance. Le jour J, les fleurs arrivent en masse durant la nuit qui précède l’inauguration. 

Un "processus de fabrication très long" pour Annette Katz, qui se réjouit cependant du résultat. Pour Philippe Close, c’est également l’occasion de "raréfier un peu l’évènement".

30 000 personnes sont attendues, seulement pour le balcon

Plus de 100 000 visiteurs sont attendus pour contempler l’œuvre d’art durant ses quatre jours et quatre nuits d’exposition. "Nous attendons 30 000 personnes juste pour le balcon de l’Hôtel de Ville, qui offre une vision grand angle du tapis" précise Philippe Close. "L’évènement prend à chaque fois une telle ampleur que beaucoup de touristes étrangers pensent qu’il reste là en permanence" s’étonne-t-il.

Si l’accès au balcon est payant, la Grand-Place reste ouverte à tous. Un spectacle son et lumière ainsi qu’un feu d’artifice embelliront le spectacle lors de la soirée d’inauguration qui aura lieu ce soir, dès 22 heures.

Pour ceux et celles qui ne pourraient toutefois pas se déplacer, il leur est toujours possible d’admirer l’œuvre éphémère via la webcam de la Grand-Place, qui permet à chaque internaute de contempler, jour et nuit, la plus belle place du monde.

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