Huit inhumations sur 400 parcelles en 14 ans : l'échec du cimetière musulman d'Anderlecht

L'entrée du cimetière du Vogelenzang, à Anderlecht.
L'entrée du cimetière du Vogelenzang, à Anderlecht. - © GOOGLE

400 parcelles, de trois corps chacune, mises à la disposition de la communauté musulmane mais seulement huit inhumations depuis l’inauguration en juin 2006. Le cimetière musulman d’Anderlecht, c’est une évidence, est un flop ! A l’heure de la pandémie de coronavirus, alors que parmi les défunts anderlechtois se trouvent des habitants de confession islamique, l’échec de l’infrastructure, implantée sur le site du Vogelenzang, est encore plus criant.

Depuis la mise en place des mesures de confinement et l’interruption des liaisons aériennes, les rapatriements de défunts musulmans vers leur pays d’origine (principalement le Maroc) sont suspendus. Résultats : tous les corps sont enterrés ici à Bruxelles, principalement au cimetière multiconfessionnel qui jouxte le cimetière de Schaerbeek (Evere/Zaventem).

Mais il y a un paradoxe quand les défunts sont anderlechtois et que leurs familles disposent de 400 parcelles. "Nous avons pris connaissance que les défunts domiciliés à Anderlecht étaient enterrés ailleurs, notamment à Evere", s’étonne Fatima Ben Haddou, conseillère communale PTB (opposition). "Manque-t-il de places dans le carré musulman ? Est-ce spécifique à la crise sanitaire ? Est-ce dû à un choix personnel de la famille ?" Ce sont les questions que pose l’élue à la majorité PS-cdH-Ecolo-DéFI.

La terre est-elle vierge comme le prévoit le rite musulman ?

Pourquoi le cimetière du Vogelenzang n’est pas le premier choix des proches ? Premier élément de réponse, la virginité de la terre. Concrètement, le corps doit reposer dans une terre vierge de tout corps précédent. C’est une information qui circule au sujet du cimetière d’Anderlecht que nous confirme Mustapha Ouriaghli, directeur des Pompes funèbres islamiques européennes : "Oui, une des raisons qui fait que les familles ne souhaitent pas inhumer un proche à Anderlecht est le fait que la terre a été déjà occupée."

"Il est nécessaire de respecter les morts, peu importe leurs confessions. Lorsqu’une personne est enterrée, nous lui souhaitons de reposer en paix. C’est pourquoi il est pour nous impensable d’utiliser un espace où des personnes ont été enterrées quelques années plus tôt afin d’y être enterré", expliquait déjà en 2017, Nour-Amine Mankouri, de l’ASBL caritative musulmane Attestament. A l’époque, celui-ci interpellait le collège.

Fabienne Miroir (PS), échevine en charge du Cimetière, ne nie pas la question. "A l’époque de l’inauguration (NDLR : par sa prédécesseur Monique Cassart et le président de la Ligue des imams de Belgique Mohamed Toujgani), nous avions obtenu un document de l’Exécutif des Musulmans de Belgique qui certifiait la qualité de la terre", explique-t-elle. "Peut-être faut-il revérifier la qualité la terre ? Vérifier aussi que les parcelles sont bien tournées vers La Mecque ? C’est une discussion que nous aurons prochainement avec l’Exécutif." Une réunion est prévue avec ses responsables dans les prochains jours, à l’issue de la crise du Covid-19.

Le prix trop élevé des concessions

Le prix des concessions : autre question posée par Fatima Ben Haddou du PTB : "La taxe (pratiquée au cimetière d’Anderlecht) serait-elle moins élevée dans d’autres communes ?". Pour Mustapha Ouriaghli, c’est aussi "une des raisons qui décourage les proches". Du coup, ceux-ci préfèrent se tourner vers l’intercommunale d’inhumations.

Quels sont les tarifs ? A Anderlecht, la redevance est fixée à 2550 euros pour une concession de 30 ans et pouvant accueillir trois corps. "Le prix est correct et se situe dans la moyenne régionale. C’est également le même prix qui est pratiqué indépendamment de la nationalité ou de la conviction philosophique ou religieuse", répond Fabienne Miroir.

L’intercommunale d’inhumations pratique deux tarifications : celle pour les défunts issus d’une des onze communes membres de l’intercommunale (pour un adulte : 1300 euros pour 25 ans, 2200 euros pour 50 ans), une autre pour les non-membres (2300 euros pour 25 ans, 3950 euros pour 50 ans). "A Anderlecht, les parcelles musulmanes ne prévoient que des inhumations de longue durée", précise Fabienne Miroir.

Reste que comme le disait Nour-Amine Mankouri, les concessions se financent pas trois. "Pour enterrer un défunt anderlechtois de confession musulmane, nous devons débourser la somme de 4300 euros pour 30 ans et 5550 euros pour 50 ans. Ce montant correspond à trois concessions, soit trois places et ceci est obligatoire !" Même s’il s’agit d’inhumer un seul corps.

Des discussions au sein du collège prévoient une éventuelle modification de la tarification. "Actuellement, les règlements sont ce qu’ils sont", dit Fabienne Miroir.

Une participation à l’intercommunale d’inhumations ?

Si Anderlecht intègre l’intercommunale d’inhumations, les Anderlechtois de confession musulmane y trouveraient leur compte. Mais il faudra alors envisager une solution pour les 400 parcelles communales, qui impliquent des charges en termes d’entretien et de gestion. "La commune d’Anderlecht ne fait partie de l’intercommunale mais nous avons chargé nos services d’analyser l’opportunité d’une telle adhésion", indique Fabienne Miroir.

A noter que le cimetière d’Anderlecht propose également des parcelles pour la communauté juive, tout aussi peu occupée que les parcelles musulmanes.

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