Hôtels 'réquisitionnés', pôle de jour: le point sur le dispositif mis en place pour les sans-abri à Bruxelles

Hôtels réquisitionnés, pôle de jour: le point sur le dispositif mis en place pour les sans-abris à Bruxelles
Hôtels réquisitionnés, pôle de jour: le point sur le dispositif mis en place pour les sans-abris à Bruxelles - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Avec l'épidémie de coronavirus, la question de l'hébergement des sans-abri à Bruxelles est revenue au devant de l'actualité. Depuis un mois et le début du confinement, de nouvelles structures ont vu le jour ou sont en cours de développement. La nouvelle étape est de déconcentrer les grands centres pour que les règles de distanciation sociale puissent y être respectées.

Déconcentrer les grands centres

Le grand chantier du moment, c'est de réduire le nombre de sans-abri hébergés sur les grands sites, comme ceux du Samuocial à Evere, Botanique, Pointcaré ou de la Plateforme citoyenne, la Porte d'Ulysse à Haren. "Ce sont des foyers d'infection potentiels parce qu'il y a une promiscuité des personnes. Du coup, Alain Maron, le ministre bruxellois de l’action sociale, a envoyé une lettre aux communes et aux CPAS leur demandant de réquisitionner des hôtels. C'était tout le branle-bas de combat des trois dernières semaines", explique François Bertrand, le directeur de Bruss'Help qui coordonne l'aide aux personnes sans-abri en région bruxelloise. 

En tout, une dizaine d’hôtels, de maison de repos, ou auberge de jeunesse accueillent ou vont accueillir – souvent sur base volontaire – des sans-abri. Les structures n’ont pas été choisies au hasard. Elles permettent, nous dit-on, de respecter les règles d’hygiène de base et les distances de sécurité.

Les grands mouvements ont donc commencé cette semaine et se poursuivront la semaine prochaine : "On veut mettre les bonnes personnes aux bons endroits", détaille François Bertrand. "L’idée n’est pas de remplir des lits pour remplir des lits. Les familles restent en famille pour maintenir le lien, les personnes les plus fragilisées là où il y a une permanence médicale, etc..".

L’objectif est d’assurer la même capacité que lors du plan hiver : " On va même au-delà "avec les différents hôtels. Plus que les 800 places prévues lors du plan hiver, auxquelles il faut rajouter les places en maisons d’accueil. Des chiffres complets seront - en principe - communiqués ce jeudi. 

Un pôle de jour dans l’auberge de jeunesse Jacques Brel

Parallèlement à l’hébergement d’urgence, un pôle de jour vient de prendre ses quartiers dans l’auberge de jeunesse Jacques Brel et permet aux personnes sans-abri de prendre une douche, un repas, y faire une lessive. La coordination et la gestion de ce centre sont assurées par Médecins du Monde, le projet est mené avec quatre acteurs de première ligne.

"Le premier mois, on a assisté à l’effondrement des services et secours de jour. Ils ont dû – pour la plupart - soit fermer leurs portes soit réduire leurs activités. Le but était de remettre en route un pôle de jour, avec douches et des soins", resitue François Bertrand.

Un poste médical avancé pour les personnes malades du Covid-19

Par ailleurs, fin mars, MSF mettait sur les rails un centre de triage et d’accueil à Tour et Taxis pour les groupes cibles les plus vulnérables. Ce poste médical avancé accueille les sans-abri touchés par le Covid-19. Pour le moment, selon Bruss’Help, 48 lits sont occupés sur les 150 places disponibles.

Le dispositif devrait être maintenu au moins jusqu'à la fin juin. Les deux objectifs poursuivis sont d’éviter l’infection des personnes sans-abri et du reste de la population en général. L'enveloppe dégagée pour le secteur s'élève à 4,5 millions d'euros, selon le cabinet du ministre Alain Maron. 

"Un coup d'accélérateur"

Laurent d'Ursel de Doucheflux et militant du mouvement "Droit à un toit" salue ce dispositif, mais selon lui, "il faudrait un coup d'accélérateur de la part du gouvernement bruxellois. Il reste encore des personnes à la rue en cette période de confinement. Et dans le même temps, il y a cette coïncidence d'avoir des structures hôtelières vides. Pourquoi ne pas aller plus vite et plus loin, en réquisitionnant vraiment les hôtels? Cela prend trop de temps de fonctionner sur base volontaire".    

"Or on voit que cela fonctionne. Dans l'auberge de jeunesse JES Sleep Inn à Molenbeek où l'on a pu installer 10 personnes, on voit que le suivi psycho-social augmente très fort, en qualité et donc efficacité, grâce à la sérénité retrouvée des personnes confinées". 

Un changement de paradigme

Du côté du Forum-Bruxelles contre les inégalités, on constate que "la crise du coronavirus rajoute de l’urgence à l’urgence". Nicolas De Kuyssche, le directeur de ce forum qui réunit les principales organisations luttant contre la pauvreté à Bruxelles, observe: "On fait de l’humanitaire chez nous et il faut constater que partout où l’on n’a pas investi, cela craque. Cela démontre qu’il faut un changement de paradigme : on sait que la solution de remise au logement classique du style 'housing first' est efficace et que cela ne coûte pas plus cher que l’hébergement d’urgence".

Cela dit, "on comprend le contexte, la catastrophe qui se superpose à la crise, mais on craint aussi les nouvelles vagues de personnes qui ne pourront plus payer leurs logements, avec la crise. Cela viendra renforcer le sans-abrisme à Bruxelles et on peut se demander comment cela sera géré".

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