Hécatombe dans les asiles psychiatriques belges durant la guerre 14-18

Un asile au début du 20e siècle
Un asile au début du 20e siècle - © Tous droits réservés

L'hécatombe de la première guerre mondiale, ce n'était pas que sur les champs de bataille. La population civile aussi a beaucoup souffert : bombardements, déplacements de population, privation de nourriture... Mais une catégorie de personnes a payé un tribut particulièrement lourd au conflit : les "fous", comme on disait à l'époque. Selon une étude publiée par deux historiens belges*, ils sont environ 20.000 à l'époque, enfermés dans des asiles surpeuplés. Un quart d'entre eux sont morts entre 1914 et 1918, très certainement à cause du manque de soins et de malnutrition.

On aide les nourrissons, pas les "fous"

On voit apparaître dans les registres des hôpitaux psychiatriques de l'époque de nouvelles causes de décès. A l'Hôpital psychiatrique Beau-Vallon (Namur), par exemple, 4 cas de cachexie sont mentionnés en 1915, 34 en 1916 et 28 en 1917. "Cachexie, c'est un euphémisme pour malnutrition ou dénutrition", explique Anne Roekens, historienne à l'université de Namur.

Les documents de l'époque montre que le Comité national de secours et d'alimentation (CNSA), qui distribue l'aide humanitaire, établit une hiérarchie dans la population. Les nourrissons ou les tuberculeux, par exemple, ont droit à des rations supplémentaires. Pas les malades mentaux.

Enfermés, privés des réseaux de solidarité qui se tissent au sein de la population générale, déplacés parfois loin de leur famille suite à des bombardements, les malades mentaux sont coupés du monde. "Le marché noir, la débrouille, ce n'est pas pour eux", raconte Anne Roekens.

L'hécatombe des fous

La surmortalité mesurée à l'époque dans la population générale, attribuée aux privations alimentaires, est de 1,2 % en Belgique. Ce taux est grimpe à 23 % dans les hôpitaux psychiatriques. Cela représente environ 4.400 personnes.

"Oui, les malades mentaux belges ont été abandonnés durant la première guerre mondiale, résume Anne Roekens. Mais c'est hélas un réflexe humain classique en période de crise ou de pénurie. Les plus faibles sont sacrifiés sauf s'ils représentent l' "avenir de la nation", comme les nourrissons."

Des chercheurs français ont d'ailleurs réalisé une étude assez comparable pour la seconde guerre mondiale. Selon eux, 45.000 malades mentaux sont morts en France entre 1940 et 1945 faute de soins et de nourriture. Leur ouvrage est intitulé "l'Hécatombe des fous".

* Vulnérables, Benoit Majerus et Anne Roekens, aux Presses universitaires de Namur.

Retrouvez d’autres contenus liés à la Grande Guerre sur le site dédié RTBF.BE/1418.

 

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