Havré: il fait sa maison lui-même et divise la facture par trois

Havré: Il fait sa maison lui-même et divise la facture par trois!
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Havré: Il fait sa maison lui-même et divise la facture par trois! - © Tous droits réservés

Denis Delpire est ce que l'on appelle un "auto-constructeur". Cet architecte montois a construit sa maison écologique tout seul. C'était il y a presque 10 ans. Il fait figure de pionnier et coache désormais des apprentis bâtisseurs. Visite de sa maison atypique et gros plan sur une démarche hors du commun.

"Au début, on m'a pris pour un fou, évidemment!" Ca ne le dérange pas. Denis Delpire, architecte et professeur à La Cambre, a le goût de l'aventure.

Quand il rachète ce terrain, avec d'autres, en 2004, les lieux semblent sortis d'un autre temps. "12 hectares de friche industrielle! Avec un terril, les ruines d'une grange, des écuries...Moi, je flashe sur un vieil hangar, rempli de pneus, entouré de plantes invasives. D'abord parce qu'il est bien orienté, côté sud. Ensuite, parce que j'imagine tout de suite ce qu'on peut y faire".

 

Un an de travaux et un moral à toute épreuve

Nous sommes en 2006 lorsqu'il se lance dans la construction de sa maison, "sous" le hangar.

"A l'époque, on ne fait pas encore vraiment de bâtiments passifs. Et avant de conseiller à mes clients de faire des maisons écologiques, j'avais envie de les tester moi-même". Alors, il se lance. Un jour par semaine, le samedi, de 9 heures à 16 heures, il va travailler dans sa future maison. Les photos en attestent, la plupart du temps, il est seul. "Je décide de tester des méthodes, des matériaux. De la paille, par exemple, pour isoler la toiture". Les châssis triple vitrage coûtent une fortune. Il décide de ne commander que le verre, et de réaliser le cadre lui-même. "Vu qu'il n'y avait pas de problème d'étanchéité, grâce à la présence de mon hangar-parapluie, c'était envisageable. Et ça a marché!!!". Denis Delpire le concède. Il faut "garder la foi", quand on entame une telle aventure. Mais il réussit à tenir les délais. Début septembre, l'année suivante, pile un an après le début des travaux, lui et sa famille emménagent dans leur maison écologique. "J'ai fait des boulettes, faute de connaissances suffisantes. Je n'ai pas pu tout rattraper: résultat, la maison n'est pas complètement passive, même si elle consomme très très peu d'énergie". Vu que les lieux sont assez éloignés de la route (il faut marcher quelques minutes dans les bois, avant de découvrir la maison!), Denis a prévu un système de lagunage pour les eaux usées et des toilettes sèches.

 

500 euros du mètre carré

Sur le plan financier, Denis affirme en riant "ne jamais avoir fait une si belle affaire". Sa maison lui a coûté 500 euros au mètre carré tva comprise, "trois fois moins cher que le prix du marché". Aujourd'hui, il conseille d'autres apprentis bâtisseurs. Il les guide pour construire, eux-même, leur maison. "Aujourd'hui, la construction est abominablement chère! On ne peut plus se permettre de rembourser un prêt pendant 30 ans, d'en être esclave, jusqu'à ce qu'il nous épuise! Il faut réduire le coût de la construction". A ceux qui le consultent, et chez qui il perçoit la capacité de se lancer dans de tels travaux, il promet une diminution de la facture "d'au moins 50%". Quant aux compétences nécessaires (car tout le monde n'est pas Miss Bricola...): "c'est accessible à beaucoup de monde. Vraiment. Parmi mes clients, j'ai très peu de gens travaillant dans le bâtiment. J'ai un chauffeur poids lourd, un photographe, un professeur d'université...C'est très varié!".

 

Des artisans réunis en "grappes"

Son regret? Ne pas avoir acheté "local", quand il a construit sa maison. Ses ballots de paille viennent de la région d'Hannut, son poële des pays scandinaves, le bois nécessaire aux châssis a parcouru un bon millier de kilomètres..."Je n'avais pas les contacts nécessaires, à l'époque". Désormais, il fait partie de la "Grappe éco-montoise" (GEM): un groupement d'artisans et d'entrepreneurs de la région qui partagent les mêmes valeurs. Ce sont des émanations du projet "RE-Emploi"(Interreg). "Pour nous, c'est vraiment un outil de développement local", explique Nadine Zanoni, responsable de projet à l'asbl Espace Environnement. "Ces artisans, ces petites entreprises d'un même territoire, tous spécialisés dans différents métiers vont pouvoir se mettre ensemble pour offrir un service plus global au maître de l'ouvrage. Cela permet d'avoir, par exemple, un chauffagiste qui propose les services d'un spécialiste de l'isolation pour baisser la facture totale du chantier. Et comme ils se connaissent très bien au sein d'une même grappe, cela permet aussi de travailler plus calmement, de rencontrer moins d'embûches...". Elie Delvigne peut en témoigner. Architecte, il fait partie de la grappe éco-montoise. "Un exemple de collaboration: notre entreprise cherchait des applicateurs d'argile. Nous ne trouvions personne dans le coin. Grâce à la grappe, nous avons rencontré l'entreprise Lebailly, à Tertre, spécialisée là-dedans. Ils vont venir poser de l'argile chez nous, de notre côté nous allons les former à tout ce qui se rapporte à l'étanchéité à l'air. Ca permet de créer des collaborations et développer l'éco-construction, en circuit court". Travailler local, avec des matériaux de la région: ils y croient et l'affirment haut et fort: non, ce n'est pas plus cher pour le client.

Charlotte Legrand

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