Harcèlement de rue : l'application "Touche pas à ma pote" suspendue faute de financements

L'application avait été lancée en mars 2018.
L'application avait été lancée en mars 2018. - © RTBF

L’application "Touche pas à ma pote" (ou "TPAMP"), qui permet de signaler en temps réel des cas d’agressions sexistes ou de harcèlement de rue ne fonctionne plus. L’ASBL "Touche pas à ma pote" a décidé de la suspendre faute de financements, a appris la RTBF.

L’appli avait été lancée en mars 2018. Son principe est simple : permettre à des victimes d’intimidation voire d’agression sexuelle dans l’espace public de se signaler. Dans le même temps, des personnes abonnées à l’appli (et présentes dans un périmètre proche) peuvent être alertées et se mobiliser pour venir en aide à la victime.

Un financement de deux ans, pas plus

L’application a été développée par l’ASBL "Touche pas à ma pote" avec "Handsaway", programme initié en France sur le même principe. Le projet a obtenu le soutien financier de la Région bruxelloise (la secrétaire d’Etat sortante à l’Egalité des chances Bianca Debaets, CD&V) mais également de la Région wallonne ainsi que de l’appui de la police. Mais voilà : depuis juin dernier, l’appli "TPAMP" ne répond plus.

"L’ASBL n’a plus les moyens en ce moment d’assurer la licence et la maintenance de cette application qui a été développée par le développeur français", explique Béa Ercolini, présidente de l’ASBL "Touche pas à ma pote". "Ce projet bénéficiait exclusivement d’un financement public, sur deux ans, depuis 2017. L’objectif du projet était double. Tout d’abord : créer un sentiment de soutien vis-à-vis des jeunes femmes qui se faisaient harceler dans l’espace public. Ensuite : récolter des statistiques sur le phénomène, la secrétaire d’Etat Bianca Debaets s’étant engagée à les transmettre aux services de police."

Appel au monde politique et au public

Une application de la sorte demande des moyens conséquents. "Une app, cela doit être développé, adapté à un territoire puisque nous travaillons sur la géolocalisation. Elle doit être proposée en deux langues. Il y a une licence et une maintenance à financer. Il y a des réponses à donner aux utilisateurs, une modération à assurer, il faut surveiller les alertes… Enfin, il y a la promotion régulièrement de l’application." Car sans présence sur les réseaux sociaux ou au travers de campagnes de communication traditionnelles, l’application risque de ne plus être utilisée.

Aujourd’hui, l’application ne fonctionne plus faute de financements. Le monde politique est donc sollicité. Après les élections régionales et fédérales, les partis discutent futures majorités. Bea Ercolini, candidate sur les listes cdH lors du dernier scrutin le sait bien. "J’en profite pour lancer un appel aux femmes et aux hommes politiques, de tous les partis démocratiques, soucieux de la question de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes et notamment de la sérénité de tous et toutes dans l’espace public. L’espace public appartient à tout le monde."

Mais "Touche pas à ma pote" veut également solliciter les fonds privés et les entreprises. Une campagne de growfunding sera prochainement lancée afin de solliciter la générosité du grand public et des principales concernées, les femmes. Objectif : récolter suffisamment de moyens pour une relance de l’application avant la fin de l’année 2019.

2480 téléchargements en un an

Selon l’ASBL "Touche pas à ma pote", l’application a fait ses preuves : 2480 téléchargements pour toute la Belgique (607 en Région bruxelloise) lors de la première année pour près de 100 alertes. Près de 65% des alertes portent des agressions en rue, le reste dans les transports. La proportion d’agressions physiques est de 32%.

Si globalement, le lancement de l’application avait obtenu un accueil favorable à son lancement, l’association "Vie féminine" pointait toutefois certains risques comme la possibilité pour des agresseurs potentiels d’utiliser le service à de mauvaises fins.

"Femme de la rue"

Rappelons que la prise de conscience publique et politique du phénomène du harcèlement de rue dans la capitale remonte au film "Femme de la rue" de Sophie Peters. Celui-ci abordait les remarques sexistes proférées à l’endroit de la jeune réalisatrice dans le quartier Lemonnier. S’en est suivie une forte mobilisation sur les réseaux sociaux et au travers de happenings autour d’un slogan "Touche pas à ma pote". Le magazine "Elle Belgique", dont Béa Ercolini était la rédactrice en chef à l’époque, avait décidé de soutenir la campagne avant qu’elle ne se transforme en association.

Dans le même temps, les autorités politiques bruxelloises décident de mettre en place un arsenal visant à mieux réprimer les comportements sexistes en rue.

Selon une étude de l’Université de Gand, près de neuf femmes sur dix déclarent avoir été victimes au moins une fois d’intimidation sexuelle.

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