GSK devant le Tribunal correctionnel de Nivelles pour répondre de la mort accidentelle d'un de ses travailleurs

L'explosion d'une chaudière avait causé la mort d'un travailleur en août 2015
L'explosion d'une chaudière avait causé la mort d'un travailleur en août 2015 - © Tous droits réservés

L’entreprise pharmaceutique était ce mardi matin citée à comparaître devant le Tribunal correctionnel de Nivelles. Elle doit répondre de la prévention d’homicide involontaire par défaut de prévoyance et de précaution. Les faits se sont produits le 4 août 2015 sur le site de Rixensart : Jonathan Collin, 24 ans, a perdu la vie suite à l’explosion d’une chaudière à vapeur destinée à stériliser le matériel de production de vaccins. Le jeune homme, qui travaillait depuis un an dans l’entreprise, avait fini son travail et regagnait son véhicule garé sur le parking. Pour cela, il devait passer devant le bâtiment abritant cette chaudière. "La faute à pas de chance", se sont dit de nombreux témoins à l’époque. La famille de la victime, elle, attend depuis près de quatre ans une explication à cet accident qu’elle n’estime pas dû au hasard.

Le niveau d’eau était insuffisant

Un élément sur lequel toutes les parties sont d’accord, c’est que l’explosion de la chaudière est due à un manque d’eau pour refroidir celle-ci. Sous l’effet de la chaleur, les tuyaux ont fondu, laissant échapper une vapeur à 150° et d’une pression de huit bars, ne laissant aucune chance à la victime. Le niveau d’eau de la chaudière est en principe contrôlé par plusieurs dispositifs de sécurité. Selon les avocats de la société GSK, ces contrôles ont été effectués dans le respect des normes, jusqu’au jour de l’accident. Ce jour-là, un sous-traitant est venu réparer la chaudière mise à l’arrêt à cause d’une avarie, et l’a remise en service en indiquant qu’il l’avait mise "en automatique" et qu’elle tournait. Or la vanne de l’appareil était en réalité "en manuel". La défense de GSK met donc en doute les déclarations du sous-traitant. Ce n’est pas la thèse soutenue tant par la partie civile que par le ministère public. Pour ceux-ci, l’explosion de la chaudière résulte d’une série de manquements préalables, de dispositifs de sécurité défaillants ou hors service depuis plus longtemps. Peu importe d’ailleurs, pour l’Auditeur du travail, qui a finalement placé cette vanne en manuel.

GSK joue gros

C’est d’ailleurs pourquoi GSK a été citée à comparaître uniquement en tant que personne morale. Que risque l’entreprise? Le Ministère public a requis "une amende significative", soit le maximum, "pour bien rappeler qu’on ne joue pas avec la sécurité des travailleurs". GSK joue gros dans ce procès : depuis sa fondation et malgré la dangerosité de son activité, elle ne s’est jamais retrouvée dans ce genre de situation. Une condamnation au pénal risquerait d’ailleurs de lui porter préjudice en l’excluant de certains marchés publics, et avoir des répercussions sur ses 8500 employés et l’approvisionnement de vaccins dans le monde, GSK étant l’un des leaders du marché. C’est pourquoi elle demande la suspension du prononcé, en plus de l'acquittement. "Mes clients ne sont pas animés par une revanche, mais ce qu’ils souhaiteraient c’est, en plus de tout ce qui a été fait par la suite pour les soutenir et améliorer la sécurité, c’est une forme de demande de pardon", rappelle Me Thierry Moreau, l’avocat de la famille de Jonathan Collin. Les parents et les frères et sœur de la victime, n’ont pourtant eu ce jeudi face à eux aucun représentant de l’entreprise. "Mais ce qui compte, c’est qu’on évoque la mémoire de notre fils et qu’on parle de cet accident qui est peut-être survenu parce qu’on n’a pas fait toute la mise au point sur la sécurité dans cette entreprise à ce moment-là", relativise le papa, Bernard Collin. Faute à pas de chance ou véritable négligence, le tribunal doit à présent trancher. Le jugement sera rendu le 3 septembre prochain.