Golfs et sécheresse: un greenkeeper répond à trois idées reçues

Si les "putting greens" restent bien verts, les autres zones du parcours ne sont pas arrosées
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Si les "putting greens" restent bien verts, les autres zones du parcours ne sont pas arrosées - © S. Vandreck

Depuis le début de la sécheresse, les pelouses des parcs et des jardins ont perdu le beau vert qu'elles arboraient au printemps. Le gazon est sec, jaune comme de la paille, voire roussi par le soleil par endroits. Les jardiniers croisent les doigts pour que la pluie arrive et lui rende sa couleur initiale. Les plus inquiets d'entre eux sont notamment les "greenkeepers", spécialisés dans l'entretien des terrains de golf. Pas question pour eux de laisser tout un parcours se dessécher. Une de leurs tâches principale en cette période est donc d'organiser l'arrosage, en fonction des besoins spécifiques de chaque zone. Les golfs sont souvent pointé du doigt à propos de leur consommation d'eau pour l'arrosage. Nous avons soumis quelques idées préconçues à ce propos à Christophe Descampe, greenkeeper du golf de Rigenée, à Villers-la-Ville.

1. Les golfs sont de gros consommateurs d'eau

Je ne vais pas vous cacher qu'on consomme en effet une certaine quantité d'eau. Pour un arrosage de green, en cette période de sécheresse, on apporte chaque jour quelques 60 mètres cubes d'eau sur les greens. Oui, c'est beaucoup. Nous sommes parfaitement conscients qu'un mètre cube d'eau correspond aux besoins d'un ménage moyen sur une semaine. C'est pour cela que nous essayons de rationner au mieux. Nous limitons les arrosages automatiques, qui risquent d'apporter des excédents d'eau, et privilégions l'arrosage manuel, qui coûte plus cher en main d'œuvre mais va apporter la quantité d'eau adéquate, et donc générer une économie d'eau conséquente. L'autre réflexe sera de n'arroser que les surfaces adéquates. Plus on va avancer dans la sécheresse, plus on va se demander si les surfaces sont vraiment nécessaires au jeu. L'eau que l'on utilise provient d'un bassin alimenté par les eaux d'orage, de drainage ainsi que des sources. Pour l'instant, je n'ai pas dû mettre les puits artésiens en route, et j'espère ne pas devoir les utiliser!

2. Il faut toujours un terrain bien vert pour jouer au golf

Le concept d'un entretien de golf est toujours basé sur le jeu. Aujourd'hui le golfeur accepte que le gazon soit même parfois jaune paille, cela ne le dérange pas. Tant que la balle roule et qu'on arrive à jouer sur autre chose que de la terre, le golfeur est très content. Nous devons l'éduquer dans ce sens-là. Quand on regarde les images du British Open, une des plus grandes compétitions, qui vient de se terminer, on voit que le terrain est couleur paille. Mais je me protège un peu: si on perd les surfaces de green (ndlr: la zone autour du trou sur le parcours), c'est tout notre business qui tombe. La balle ne roule plus bien. Sur nos 50 hectares de terrain, nous avons un hectare de green qui est donc vraiment traité de façon pointue. Nous avons environ un hectare de zone de départ qui, lui est arrosé de façon sporadique, pour sauver le gazon. Ce sont en fait les zones qui sont le plus piétinées par les joueurs qui sont les plus sensibles, qu'on risque de devoir réensemencer si on n'arrose pas. Le reste n'est pas traité du tout.

3. L'eau est la meilleure amie des greenkeepers

C'est notre meilleure alliée, mais il faut la maîtriser car elle peut rapidement devenir notre pire ennemie! Trop d'eau pose un très gros problème pour nous, encore plus conséquent que la sécheresse. Le trop-plein d'humidité va entraîner la propagation de champignons. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation en juin dernier, nous n'avons plus la possibilité d'utiliser le moindre fongicide. Nous sommes donc obligés d'utiliser des moyens mécaniques et cherchons de nouvelles solutions entre greenkeepers. La meilleure pour l'instant est de mesurer la quantité d'eau et de s'assurer qu'il n'y a jamais de surplus. Les arroseurs automatiques sont ainsi réglés de manière spécifique, en fonction du calcul de l'évapo-transpiration. Ce calcul est basé sur les apports en eau de pluie, la quantité qui s'évapore par l'effet du soleil et du vent etc. On essaie d'après ce calcul d'être le plus précis possible sur la quantité d'eau à apporter sur les greens.

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