Gembloux: du miscanthus pour contrer les coulées de boue

Opération plantation sur un champ de Gembloux ce vendredi. Dans la remorque du tracteur, une cargaison très spéciale: des racines d'une plante graminée venue d'Asie appelée le miscanthus et bien connue sous le nom d'"herbe à éléphant". Plusieurs hommes s'activent sur une parcelle de quinze mètres de large en bordure d'un champ le long de la chaussée de Tirlemont.

Des coulées de boue de plus en plus fréquentes

Le but est simple: créer un filtre naturel pour retenir les eaux et les boues qui dévalent les champs en cas d'orage. Il faut dire que Gembloux a été très touchée par les intempéries, notamment en mai et juin dernier. Des coulées de boues impressionnantes avaient alors dévalé dans les rues de la commune.

Jean De Wulf est conscient du problème. Agriculteur dans le métier depuis 1985, il y a confronté de plus en plus souvent. "En 1985, il n'y avait aucun problème. Mais le climat a changé, et les cultures aussi. Du coup c'était devenu très problématique", nous confie-t-il.

L'année passée, il avait installé une fascine: "c'est une petite haie constituée avec de la paille", explique Jean De Wulf, "elle doit retenir la boue et laisser passer l'eau. Le problème c'est qu'après deux orages, la boue continuer à monter et pour finir elle passe au-dessus. La fascine ayant montré ses limites, on a cherché un complément".

20 000 euros investis par la commune

Le miscanthus devrait agir comme une éponge. Cette graminée asiatique qui pourra atteindre quatre mètres de haut sera d'abord plantée sur six à sept parcelles à Gembloux. Coût de l'investissement: une vingtaine de milliers d'euros pris en charge par la commune. Elle y voit une source d'économie sur le travail des ouvriers après les inondations.

Jérôme Haubruge, échevin MR de l'agriculture, précise: "On considère souvent que pour un euro investi dans un moyen de lutte contre les inondations, c'est trois euros de gagnés pour les services communaux ou régionaux. Il y a donc bien une plus-value derrière".

Preuve de concept

Frédéric Vandeputte, lui, a déjà planté du miscanthus il y a deux ans. Agriculteur à Ernage et membre du CIPF (Centre indépendant de plantation fourragère), il vient tout juste de faucher son terrain. Il a clairement fait ses preuves.

"En mai et juin 2016", raconte-t-il, "on a eu de gros orages sur la commune avec des pluviométries qui atteignaient parfois 40 à 50 litres en une heure de temps. La bande de miscanthus a vraiment joué un beau rôle et on n'a pas eu de coulées de boue sur le chemin".

1 ha de miscanthus = 8 000 litres de mazout

Le miscanthus est aussi un formidable combustible 100% renouvelable. Un hectare de récolte correspond à 8000 litres de mazout grâce à des chaudières biomasses comme celle que Frédéric Vandeputte est en train d'installer chez lui.

Les trois hectares de miscanthus plantés aujourd'hui par la commune pourront donc être revendus par les agriculteurs pendant une période allant jusqu'à 30 ans.

Pour Laurent Somer, chargé de projet chez ValBiom, asbl de valorisation de la biomasse: "Il y a une valorisation économique de la parcelle qui est réalisée à un endroit où des mesures doivent être prises pour lutter contre les coulées boueuses. On est juste à côté d'une nationale, une zone avec des contraintes. Avec cette solution, les agriculteurs font d'une pierre deux coups".

Un projet à long terme

D'ici trois ans, le Foyer Bothey, un home pour personnes handicapées de la région, s'équipera d'une chaudière à biomasse et s'engage à racheter le miscanthus planté aujourd'hui. Grâce à ce combustible renouvelable, le home pourra éviter l'émission annuelle de 184 tonnes de CO2.

Notons enfin que la culture de miscanthus constitue un excellent refuge pour la biodiversité et ne nécessite aucun pesticide ni herbicide.

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