Fusionner les sociétés de logements sociaux pour plus d'efficacité ?

"Si les petites sociétés de logement fusionnaient, elles seraient plus efficaces", estime Christos Doulkeridis.
"Si les petites sociétés de logement fusionnaient, elles seraient plus efficaces", estime Christos Doulkeridis. - © Belga

Le nombre de sociétés de logements sociaux va diminuer, à Bruxelles. Elles sont 33. Le gouvernement régional en voudrait une quinzaine, convaincu qu'en fusionnant les plus petites, elles seront plus efficaces. Pourtant, ces rapprochements ne sont pas simples à réaliser, chacune ayant son histoire et son fonctionnement.

"Si les petites sociétés de logement fusionnaient, elles seraient plus efficaces", c’est le discours de Christos Doulkeridis (secrétaire d'Etat au Logement à Bruxelles). "Elles doivent être capables de gérer le patrimoine actuel et les relations avec les locataires, d’assumer des gros travaux de rénovation, de construction. Compte tenu des besoins en logement social, force est de constater que toutes les sociétés ne sont pas en situation de gérer ça de manière correcte. Pour pouvoir le faire, des compétences professionnelles sont nécessaires. Il est plus facile de les avoir quand on a un patrimoine entre 2000 et 4000 logements que quand on est une toute petite société par exemple."

Il n'y aura pas de réduction de personnel, souligne Christos Doulkeridis. Le but des fusions, c'est plus d'efficacité et (peut-être) des économies. C'est possible mais pas garanti, estime un directeur de société de logement d'Evere ("Ieder zijn huis"). "Ceux qui voient la fusion comme quelque chose permettant de faire des économies très rapidement, ils se mettent le doigt dans l’œil !, lance  Laurent Vanclaire. C’est justement l’inverse qui risque d’arriver dans un premier temps. Il y a déjà un ensemble de frais en termes de consultance, de travail en commun qui va probablement engendrer des surcoûts. A part certaines économies dues au fait qu’on est plus grand, et peut-être des économies d’échelles sur certains marchés, je ne pense pas qu’on arrive à court terme sur quelque chose de moins couteux."

Douze sociétés de logement à Bruxelles amorcent en ce moment cette fusion : aplanir leurs différences, fondre leurs comptabilités, mélanger le personnel… De véritables mariages arrangés aux promesses incertaines. La Région veut encore d'autres fiançailles.

Exemple de fusion à Evere

A Evere, deux sociétés de logements sociaux, Germinal et Ider zijn Huis, sont donc en train de fusionner. Le personnel des deux sociétés s'est rencontré jeudi autour d'un repas. Ceux de la société Germinal étaient munis de badges blancs ; ceux d'Ieder zijn huis, de badges verts. Ambiance "classes vertes" donc, mais on sentait malgré tout un peu de stress dans l'air. Les deux directions l'ont pourtant répété : il n'y aura pas de suppression d'emplois. 

Pierre Muylle (directeur de Germinal) estime qu’"une rencontre est évidemment fondamentale pour se dire que l’autre société, ce n’est pas Mars ni la Lune." Laurent Vanclaire, de son côté, pense qu’il y a "d’énormes similitudes. Et qu’a priori rien n’est insurmontable en termes de travail quotidien (au niveau relationnel) avec les locataires pour rénover nos logements."

Mais ces sociétés ont tout de même des racines très différentes. Il faudra marier une société majoritairement publique, et une coopérative (Germinal). "Germinal est une coopérative de locataires qui a été créée à l’initiative des travailleurs de la Sabena (lorsqu’elle s’est développée à la fin des années 40). Chaque locataire doit avoir des parts de coopérateur et le conseil d’administration n’est composé que des locataires", fait remarquer Pierre Muylle.

Ensemble, les deux entités d’Evere totaliseront un peu moins de 2000 logements sociaux. Une taille plus confortable, dit la Région, pour rénover, construire, et offrir un service constant aux locataires. Ces deux directeurs croient que leurs sociétés seront plus fortes à deux et que leur personnel sera plus spécialisé. Tout cela reste à tester. Les fiancés se donnent deux ans pour préparer cette union.

Face à ces fusions, quelques appréhensions naissent du côté du syndicat des locataires. Il n'est pas prouvé qu'ensemble les sociétés de logement tourneront mieux, dit le syndicat. Qui demande qu'il n'y ait que des fusions volontaires de sociétés, et sans effets négatifs sur les services aux locataires.

Myriam Baele

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