Fruits et légumes bio suremballés: le casse-tête des supermarchés

Dans le rayon fruits et légumes bio des supermarchés, le cellophane est roi. Des sacs de carottes aux barquettes de kiwis ou de tomates, en passant par les aubergines et les concombres vendus à l'unité (!), les fruits et légumes bio ne se commercialisent que sous plastique, tandis que leurs équivalents issus de l'agriculture conventionnelle sont pourtant proposés en vrac... Un comble pour des produits censés être plus respectueux de l'environnement. Karima Ghozzi, porte-parole francophone de la société Delhaize, justifie : "On a une obligation de distinguer bio et conventionnel. Dans la mesure où les fruits et légumes [bio ou non, NDLR] sont ensemble, on doit trouver une façon de faire la distinction entre les deux types de produits. Et ça passe par l'emballage".

Garantir la traçabilité

C'est vrai, c'est écrit noir sur blanc dans le cahier des charges européen pour l'agriculture bio : un produit doit être traçable depuis la semence, jusqu'à l'assiette. Hors de question qu'une courgette conventionnelle puisse se glisser dans une caisse bio. Donc pas de contact.

Pour les défenseurs du bio, l'emballage est évidemment regrettable, mais c'est le prix à payer pour protéger les produits. "Pour nous, il est très très important de garantir une qualité bio optimale", explique Marc Fichers, secrétaire général de Nature et Progrès, association qui réunit des consommateurs et des producteurs bio. "Donc si le produit bio est dans un environnement non bio, il doit être malheureusement suremballé. Ce n'est pas possible de sortir de cette situation. On aimerait tant. La meilleure façon d'en sortir, c'est d'avoir des magasins 100% bio ou de faire tout ce que tout le monde devrait faire : acheter ses produits chez les producteurs".

"Un peu stupide d'emballer 250 grammes de haricots"

Dans la commune de Grez-Doiceau en Brabant wallon, Gwenaël du Bus de Warnaffe, exploite la "Ferme du Peuplier", une culture de 25 hectares de légumes bio. 80 légumes différents, sans compter les variétés. Depuis ses débuts en 2011, l'agriculteur refuse d'emballer. "Un choix personnel, insiste-t-il, je ne juge pas ceux qui le font". Il s'explique : "Le point de départ, c'est de se dire qu'on n'en a pas besoin, donc pas envie d'investir. Et puis on trouve qu'en termes d'image et d'écologie, c'est un peu stupide d'emballer 250 grammes de haricots ou une dizaine de carottes dans un sachet en plastique avec code barre. On préfère s'orienter vers nos marchés, là où on fonctionne par exemple avec des sacs en coton. Ou alors quand les supermarchés jouent le jeu, qu'ils prennent des topinambours ou des panais en vrac car ils n'ont que la référence bio". L'agriculteur écoule d'ailleurs la majeure partie de ses récoltes sur ses marchés bruxellois. Ou éventuellement en magasins spécialisés. A peine 5 à 6% de la production part en grandes surfaces.

Des alternatives timides

Pourtant, certains légumes de la "Ferme du Peuplier" finissent malgré tout sous plastique. Car la plupart du temps, ce ne sont pas les agriculteurs qui emballent, mais un intermédiaire : "On a eu le cas les années précédentes, on livrait à un grossiste qui lui-même livrait à une centrale d'achats, qui elle souhaitait l'emballage. Et le produit arrivait emballé en supermarché".

Il existe bien quelques alternatives au cellophane, mais elles restent plutôt anecdotiques. Par exemple, les grandes surfaces marquent au laser certains produits, comme les courges "butternut". Mais ce n'est possible que sur les fruits ou légumes à la peau dure.  

Une piste?

Une chose est sûre, avec l'engouement croissant des consommateurs pour le bio, les supermarchés n'ont d'autres choix que de le chouchouter. Ils cherchent des solutions pour désemballer. Certains, comme Delhaize, n'excluent pas la création d'un "bio corner" en leur sein, une sorte d'épicerie de fruits et légumes bio à l'intérieur du grand magasin.

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