Fraude sociale: vaste opération policière chez Jost, quatre personnes interpellées

Tôt ce lundi matin, les enquêteurs ont investi les différentes implantations de l'entreprise de transport Jost, dans le cadre d'une enquête pour une vaste fraude sociale. Le point central de l'action était en Wallonie, où Jost a beaucoup de filiales, mais aussi en Flandre, notamment en province d'Anvers.

Une vingtaine de perquisitions ont été effectuées en Belgique et à l'étranger, notamment à Stavelot, Jalhay, Stoumont, Chaudfontaine, Waimes, Herstal, Herve, Grâce-Hollogne, Nivelles, Sint-Katelijne-Waver, Anvers, Kontich, Zaventem, Ypres, Weiswampach.

Des camionneurs roumains qui dormaient dans leurs camions

A Herstal, dans le zoning des Hauts-Sarts, une trentaine d'enquêteurs de la police étaient présents vers 6h pour des perquisitions et des contrôles. Ils ont réveillé plusieurs chauffeurs roumains qui dormaient dans leurs camions immatriculés en Roumanie devant l'un des bâtiments de l'entreprise.

Cette opération avait lieu dans le cadre d'une enquête du parquet fédéral, qui a chargé un juge d'instruction spécialisé en matière financière de l'arrondissement judiciaire de Liège de mener une instruction sur les pratiques d'une éventuelle organisation criminelle active sur les territoires belge, luxembourgeois et roumain. Cette organisation criminelle serait dirigée par des ressortissants belges. Cette organisation est suspectée de se livrer, au travers d'une myriade de sociétés, à des pratiques de dumping social à une très large échelle.

1100 travailleurs déclarés frauduleusement  à l'étranger

D'après le parquet, en 2016, ce sont plus de 1100 travailleurs qui auraient ainsi été déclarés frauduleusement à la sécurité sociale à l'étranger. Des travailleurs résidant en Belgique auraient également été déclarés frauduleusement à la sécurité sociale luxembourgeoise.

On soupçonne que l'organisation criminelle poursuive en réalité ses activités depuis la Belgique, en embauchant abusivement des chauffeurs routiers d'Europe de l'Est, et en les déclarant fictivement à la sécurité sociale étrangère. De cette manière, la présumée organisation criminelle éluderait la sécurité sociale belge.

Les infractions seraient aussi commises au mépris des droits des travailleurs roumains qui pourraient prétendre à une rémunération largement supérieure à celle qui leur est effectivement versée.

Les conditions d'emploi extrêmement difficiles (logement dans le camion pendant des périodes de quatre à six semaines, temps de travail particulièrement long...) des travailleurs roumains amènent à suspecter la commission d'infractions de traite des êtres humains. Le préjudice subi tant par les travailleurs que par la sécurité sociale belge s'élèverait à plus de 55,3 millions d'euros pour la période allant de 2014 à 2016.

Quatre personnes interpellées

En Belgique, 80 policiers de la police judiciaire fédérale et 40 membres des divers services d'inspection ont été mobilisés afin de réaliser les différentes perquisitions et interpellations ordonnées par le juge d'instruction.

Quatre personnes ont été interpellées et emmenées pour audition approfondie et le juge d'instruction décidera dans les heures à venir de leur maintien éventuel en détention. L'instruction se poursuit également en collaboration avec les autorités judiciaires grand-ducales (avec qui une Equipe Commune d'Enquête a été mise en place) et roumaines.

Le groupe JOST a souligné pour sa part être "parfaitement en ordre à tous les niveaux" et agir en "collaboration totale avec les autorités". 

Quant aux syndicats, ils s'estimaient satisfaits des contrôles mais inquiets pour l'avenir de l'entreprise, demandant une solution de mise sous tutelle judiciaire de l'entreprise dans le cas où le management du groupe serait empêché d'assumer ses fonctions.

Les fédérations professionnelles du transport, Febetra et UPTR, rappellent, elles, que la société Jost bénéficie à ce stade de la présomption d'innocence

 

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