Fraude au casino de Namur: une machine infernale selon Armand Khaïda

Armand Kaida, l'ancien patron du casino de Namur doit s'expliquer, avec une cinquantaine de prévenus,  devant la justice namuroise..
Armand Kaida, l'ancien patron du casino de Namur doit s'expliquer, avec une cinquantaine de prévenus, devant la justice namuroise.. - © RTBF - Monika Wachter

Le calendrier avait été fixé avant l'été. C'est donc aujourd'hui, le vrai départ pour le procès des anciens dirigeants du casino de Namur. Armand Kaida, l'ancien patron du casino, doit s'expliquer devant la justice namuroise. Il n'est pas seul puisqu'une cinquantaine de prévenus doivent également comparaître. Au centre des débats qui vont se prolonger jusqu'en décembre : un gigantesque système de fraude fiscale.

Une affaire qui a éclaté en mars 2004. A cette époque, suite à une dénonciation, les policiers débarquent au casino. Ils sont visiblement bien informés et mettent au jour un vaste système de trucages qui permet de dissimuler au fisc une partie importante des bénéfices réalisés. Armand Kaida fera six mois de détention préventive. Des membres du staff de l'ancienne direction seront également détenus plusieurs semaines. L'enquête permettra d'inculper également des fonctionnaires du fisc aujourd'hui accusés d'avoir volontairement fermé les yeux sur la fraude en échange d'enveloppes de billets.

L'enjeu du procès est surtout financier car la plupart des prévenus, près de dix ans après les faits, ne risquent plus de retourner en prison. Ils n'ont pas d'antécédents judiciaires et tous plaideront l'ancienneté des faits.

Le montant des réclamations financières se chiffre en dizaines de millions d'euros. Le système de fraude a perduré durant près de 20 ans et le ministère public dispose de moyens pour récupérer une partie des sommes détournées. Près de 25 millions d'euros ont été saisis sous forme d'immeubles, de bijoux et d'argent sur des comptes bancaire.

Un procès hors norme

Ce mercredi matin, la présidente du tribunal correctionnel de Namur, Manuela Cadelli, a d'abord appelé les personnes désignées par la première prévention : plusieurs anciens fonctionnaires du ministère des finances sont poursuivis pour avoir commis des faux en écriture lors du comptage des recettes quotidiennes au casino. Le comptage ne reprenait pas l'intégralité des recettes.

Les quatre prévenus concernés par cette prévention (deux autres prévenus sont également concernés par cette prévention mais étaient défaillants)
reconnaissent avoir établi des faux moyennant des sommes d'argent. Ils se sont notamment expliqués sur la manière dont ils sont tombés dans cet engrenage. "C'est arrivé mais je ne m'en suis pas aperçu. J'ai été mis devant le fait accompli", a expliqué le premier prévenu à témoigner. Plusieurs d'entre
eux ont évoqué les "menaces du père Khaïda" à l'époque, à savoir, Joseph, le père d'Armand Khaïda.

Armand Khaïda, ancien patron du casino, est l'une des figures principales de cette affaire. Quand Joseph Khaïda est décédé, son fils a repris les rênes.
Ce dernier était présent à cette première audience.

Vu le monde, cette audience et les autres se déroulent dans la salle de la cour d'assises du palais de justice de Namur.

Une quinzaine d'audiences sont programmées à raison d'un mercredi par semaine. Ce qui devrait nous mener jusqu'à fin décembre. Le jugement n'étant pas attendu avant début 2014.

J'avais le sentiment d'être dans une machine infernale sans frein" (Armand Khaïda)

"Monsieur Khaïda, mon père, était un homme impressionnant, charismatique, à qui on ne posait pas de question. Mais il n'était pas violent. On ne lui
désobéissait pas. Les quelques personnes qui ont réussi à lui tenir tête gagnaient son respect. C'est comme ça que j'ai gagné le mien
", a expliqué celui
que les employés du casino appelaient "Monsieur Armand".

Armand Khaïda est entré au Casino en 1983 où il a peu à peu pris en main la gestion quotidienne sous la surveillance de son père qui "a été seul maître
à bord jusqu'au bout
". L'ancien patron reconnaît avoir maintenu le système de comptage de son père, après le décès de ce dernier. Il a expliqué avoir assisté
un jour avec son père à la "clôture d'une table" sous la surveillance des fonctionnaires publics.

"J'avais eu plusieurs discussions houleuses avec mon père à ce propos. À sa mort, j'ai pris la décision d'arrêter. Cela a duré six mois. Tout le monde
n'a pas apprécié de ne plus bénéficier du salaire B. Il était très difficile de gérer le casino au quotidien. J'avais le sentiment d'être dans une machine
infernale sans frein
", a ajouté le principal prévenu, qui réside en France.

Le système a donc repris "dans une mesure raisonnable" sous le contrôle d'Armand Khaïda sans qu'il ne sache que les caissiers avaient maintenu un
système parallèle "parce que c'était une tradition", a-t-il assuré :"Je l'ai appris lorsque j'ai été incarcéré"

Premiers à comparaître, plusieurs anciens fonctionnaires du ministère des Finances sont poursuivis pour avoir commis des faux en écriture lors du comptage des recettes quotidiennes au casino. Le comptage ne reprenait pas l'intégralité des recettes.      

 

Patrick Michalle et Belga

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