Forêt d'Anlier: le démarrage en douceur du slow tourisme

Forêt d'Anlier: le démarrage en douceur du slow tourisme
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Forêt d'Anlier: le démarrage en douceur du slow tourisme - © JFH

Entre Habay, Neufchateau et Martelange, le Parc naturel Haute Sûre-Forêt d’Anlier est un des plus grands massifs forestiers de Belgique avec ses 7000 hectares de forêt publique, pour l’essentiel classés en zone Natura 2000. Il attire environ 200 000 visiteurs par an.

En 2008, la Région wallonne a lancé l’idée de mettre en valeur les massifs forestiers.

Une dizaine de communes de la province du Luxembourg ont conjugué leurs forces pour répondre à l’appel à projet.

Cela s’est traduit par le balisage des sentiers pédestres, cavaliers ou pour VTT, le développement d’une offre touristique “all in”, la mise en avant des producteurs locaux, mais aussi par le développement de grandes infrastructures, propres à faire accourir les touristes étrangers.

Le tout autour d’un concept cohérent : le “slow tourisme”.

“C’est très tendance aujourd’hui. On est de plus en plus pressé dans nos vies et on a besoin de lever le pied. La forêt d'Anlier s'est imposée comme une évidence pour développer ce concept”, explique avec Audrey Robert, coordinatrice du projet La Grande Forêt d’Anlier.

A noter, que le Parlement wallon devra encore approuver un décret pour autoriser des infrastructures touristiques comme ce bar perché dans les arbres en forêt et qui servira les bières locales, ce que ne prévoit pas l’actuelle législation.

Des arbres et de la bière

Olivier Barthélémy, employé de la brasserie artisanale de Rulles installée depuis 14 ans à la lisière de la Forêt d’Anlier, décrit l’intérêt pour l'entreprise qui l'emploie d’être intégrée à la promotion touristique du massif forestier : des groupes de touristes et d'amateurs de bière viennent visiter la brasserie dans le cadre de leur découverte “lente” et naturelle de la région.

Pour découvrir les blondes, la brune, la triple et les autres brassins vivement houblonnés de Rulles, 1000 à 1500 visiteurs défilent chaque année, plus les centaines qui viennent aux portes ouvertes début juin et les quelques 3000 au très convivial festival Brassigaume en octobre.

Du monde, en tout cas, il y en a plus qu’avant dans le coin, observent Patrick “Popeye” Clauw et Georges Clément, paisiblement installés au bord de la Sûre. C’est sans doute une bonne nouvelle pour l’horeca, jugent-ils.

La dernière saison de ski n’a pas été bonne, la neige était rare dans nos forêts, on le sait, mais ce n’est pas toujours ainsi, et pour Jacques Fasbender d’Anlier, c’est un plaisir de tracer des pistes chaque hiver enneigé avec son Asbl qui fait la location de skis et de chalet : “C’est pour le plaisir de faire du sport. Mais aussi pour attirer des gens, faire du développement touristique”. Le parc naturel marche bien selon lui, même si on pourrait faire plus en ouvrant la forêt, en l’aménageant.

La forêt est une immense plaine de jeu

En bordure de la forêt, des activités liées au tourisme se développent, souvent sous l'impulsion d'esprits entreprenants.

En décidant de changer leur vie d’agriculteurs, Claude Lamock et son épouse ont fait le choix de la nature et du logement insolite à Heinstert : tipi "atypique", "biosphair" montée à la demande et tente en bois design tout confort et chauffée baptisée “pod”, on trouve tout cela à la ferme pédagogique d’A Yaaz.

“On est au calme, on entend les petits oiseaux. Il y a les petits animaux, les moutons, les chèvres, les alpagas, les chevaux", explique Claude, les yeux perdus sur l'horizon boisé qui entoure sa ferme.

"Et puis aussi les abeilles, ajoute Claude, ça rentre dans notre politique environnementale d’avoir des abeilles en plus. On est dans la nature, et on tient à y rester, à préserver cette splendide nature”.

Avec son mari, Elvire Bonfils fait de l’agritourisme à vocation pédagogique dans leur ferme où petits et grands viennent à la rencontre des animaux et de la nature. Chasse au trésor, anniversaires, balade en calèche, découverte des animaux : “La forêt est une immense plaine de jeu”.

Promeneurs, VTTistes, cavaliers ou skieurs cohabitent avec d’autres activités en forêt : chasse, pêche et exploitation forestière. Sans trop de problème, tant que le Département Nature et Forêts (DNF) joue son rôle de gendarme, assure Audrey Robert.

Saccage et vermine

Cependant des riverains ne pensent pas que la forêt est si bien entretenue. Il y a du “saccage” et de la vermine, raconte un habitant du coin, Jean Lambé accompagné de son fils Benoît : “Il y en a des troncs d’arbres abandonnés”.

Jean, le père, garde un meilleur souvenir de la forêt d’antan, avec ses chemins de terres, où l’on ramassait le bois mort, et avec ses myrtilliers disparus.

Les nouveaux lotissements en lisière de forêt ont accentué les problèmes de gibier errant près des habitations, alors que la chasse prend de plus en plus de place en forêt, complète son fils Benoît qui regrette aussi le manque de préservation du patrimoine et critique le manque de respect de la nature et les poubelles abandonnées par les chasseurs.

Moyens financiers

Beaucoup de parcours sont déjà tracés en forêt d’Anlier, comme ces boucles cyclo-touristiques sur le thèmes des légendes. Mais il reste encore beaucoup à réaliser, explique Audrey Robert, des dossiers d’aménagement des circuits attendent encore un feu vert de Namur, avant ou après les élections.

L’avenir du financement des projets massifs forestiers est un enjeu touristique et économique, donc politique, estime Olivier Barthélémy de la brasserie de Rulles : “On ne sait pas trop ce que nous réserve l’avenir de la subsidiation au niveau de la Région wallonne. En province de Luxembourg, on a trois projets de massifs, je trouverais intéressant de continuer cette dynamique pour mettre en valeur nos massifs forestiers à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays pour les séjours en montagne ou en Flandre pour les séjours à la mer”.

Le tourisme prudent

Le tourisme “lent” correspond aux attentes des riverains de la forêt, mais il rapporte sans doute moins que le tourisme industriel, constate Jacques, le loueur de ski d’Anlier.

On est donc prudent en forêt d’Anlier, c’est pour cela qu’on apprécie le tourisme lent, selon Jacques Fasbender. Mais même pour faire du “slow tourisme”, il faut passer la vitesse supérieure et investir dans le développement : c’est ce que fait la Maison du tourisme du pays de la Forêt d’Anlier avec la mise en valeur du Parc naturel. C’est aussi ce que font les Asbl, les fermes pédagogiques, les brasseries artisanales, les offices du tourisme et les marchés fermiers et du terroir.

JFH

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