Fin du diesel à Bruxelles en 2030: possible ou pas?

C'est une annonce qui a fait grand bruit : la Région bruxelloise veut bannir le diesel de ses routes au pire en 2030. Objectif : diminuer la pollution et améliorer la qualité de l'air pour les Bruxellois. La ministre cdH de l'environnement Céline Frémault a annoncé un accord en ce sens il y a une semaine

Mais quelques jours plus tard, son collègue DéFI Didier Gosuin affirme, lui, que tout reste à faire et que ce n'est pour l'instant "qu'un effet d'annonce". Qui a raison ? Un abandon du diesel est-il possible d'ici moins de douze ans ? Nous avons rencontré les principaux concernés.

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Des automobilistes pas (totalement) convaincus

Et les premiers impactés seront d'abord vous, moi, tous ceux qui ont aujourd'hui une voiture diesel qui doit emprunter les routes bruxelloises. Il suffit d'aborder le sujet auprès de plusieurs automobilistes en train de remplir leur réservoir pour qu'ils grimacent. "Ce n'est pas correct, politiquement, d'obliger les Bruxellois à changer leur véhicule, surtout pour ceux qui viennent d'en acheter un nouveau", indique ce chauffeur professionnel qui a acquis un SUV diesel il y a quelques mois à peine. "Voilà quatre ans que je roule avec cette voiture diesel", ajoute un autre. "D'habitude, je conserve mes voitures environ douze ans. Ici, je pense la revendre dans les mois qui viennent, sans savoir si elle n'aura pas trop perdu perdu de valeur. Dans tous les cas, je vais faire une perte sèche.

Ils pestent, mais soutiennent tout de même le principe, en tout cas sur la volonté d'améliorer la qualité de l'air. "C'est simplement dommage que cela se fasse avec une annonce comme ça, d'un coup. On a l'impression qu'il n'y a pas de préparation ou de concertation."

Les stations peuvent passer à l'essence, pas forcément au reste

Dans les deux cas, ces automobilistes pensent changer leur voiture diesel actuelle pour... une essence ! Une option également privilégiée par la fédération belge des carburants. Selon eux, la fin du diesel c'est possible, si et seulement si on le remplace par davantage d'essence. Par contre, supprimer les deux, comme c'est envisagé à moyen terme par la Région, "c'est impossible dans l'état actuel des choses", explique Olivier Neirynck le porte-parole de la fédération belge des carburants.

D'abord, créer des stations services équipée en gaz naturel ou en électrique c'est très cher. "Il faut compter un million d'euros par exemple pour le gaz naturel.

Ensuite, il faudrait taxer fortement ces véhicules alternatifs pour compenser les accises que le fédéral perçoit actuellement sur le diesel et l'essence. "Un peu plus plus de 8 milliards d'euros par an. Des accises qu'il faudra donc aller chercher ailleurs, sans doute sur les véhicules électriques ou au gaz donc, ce qui va faire augmenter leur prix alors que ces voitures sont déjà plus cher aujourd'hui que celles à l'essence ou au diesel. C'est donc le citoyen qui va payer.

Les fabricants aussi dubitatifs

Si on doit changer le parc automobile actuel constitué presque entièrement de véhicules diesel et essence, cela sera très, très compliqué, confirment les constructeurs. Eux plaident plutôt pour des exigences chiffrées de baisses des émissions de polluants, mais à un échelon européen pour éviter des règles différentes d'une ville ou d'une région à l'autre comme cela est en train de se mettre en place.

Les conducteurs changent d'ailleurs déjà leur habitudes, précise Jean-Marc Ponteville, le porte-parole du plus grand importateur belge de voiture d'Ieteren. "Jusque fin 2011, les aides fiscales à l’achat de véhicules diesel ont dopé ce carburant. On vendait par exemple environ 70% de petites citadines (type VW Polo) au diesel. Depuis, la tendance s'inverse. Aujourd'hui, on en est à 70% de petites citadines vendues à l'essence. D'un point de vue matériel, c'est d'ailleurs logique. L'essence est plus adaptée à la conduite en ville, au niveau performance et pollution. Par contre aujourd'hui, l'essence progresse aussi au niveau des modèles plus gros fait pour les longues distances. Or, là, en théorie, le diesel est toujours plus avantageux."    

Et en vrai, le diesel c'est plus polluant ou non que l'essence ?

Pour Hervé Jeanmart, professeur spécialiste en moteurs thermiques à l'UCL, "aujourd'hui, les moteurs diesel ont tendance à devenir de moins en moins polluants, notamment à cause des filtres à particules et autres éléments qu'on ajoute pour transformer les gaz qui sortent des échappements. A l'inverse, l'essence devient plus polluante avec les nouvelles technologies à injections directes. Les moteurs essence nouvelle génération rejettent désormais des particules encore plus fines que celle du diesel et qui sont néfastes pour la santé. Mais tout cela ne devrait être que temporaire en attendant, la généralisation des systèmes type filtres à particules également pour les motorisations essence dans les années à venir."

Bref, pour le professeur, "à l'horizon 2030 si les moteurs évoluent comme ils le font aujourd'hui, diesel et essence devraient arriver au même niveau de pollution".

Et remplacer le tout par des moteurs électriques, puisque cela semble être la nouvelle tendance des aides au niveau fiscal en Belgique ? "Là, il faut voir la vie du véhicule au niveau global, estime le professeur. En Belgique, on a l'impression qu'une nouvelle voiture électrique ne pollue pas quand on la met sur la route. Or, le dégagement de CO2 a été très important lors de sa production dans d'autres pays et sera peut-être important aussi lors de son recyclage en fin de vie. Sans oublier qu'il faut voir comment est produite l'électricité qui servira à la faire rouler. Si elle est d'origine renouvelable, ça va. Mais si elle est d'origine nucléaire ou élaborée par des centrales à charbon, comme c’est actuellement la majorité des cas pour l'électricité en Europe, l'impact est négatif."

Alors pourquoi cette chasse au diesel ?

De quoi se poser des questions sur les raisons de ce bannissement annoncé du diesel, alors que le gouvernement bruxellois n'a pas encore donné de date pour une sortie de l'essence, même si elle est aussi envisagée à moyen terme. Cela tient en fait au type de polluants produits. Le Région est dans le viseur de l'Europe pour des dépassements répétés au niveau de la présence de dioxydes d'azote (NO2) dans l'air. Des plaintes ont aussi été introduites pour ce motif par des associations contre la Région. Or, ce gaz est produit (entre autres) par les moteurs diesel, et pas par l'essence. Bannir le diesel à terme, tout en interdisant déjà les plus vieux moteurs diesel grâce à la zone de basse émission mise en place début 2018, cela vise donc à réduire cette pollution.

La Région va aussi démarrer une concertation pour mettre en place un plan global de mobilité, histoire de favoriser la transition vers d'autres types de transports que la voiture. Mais pour l'instant, rien n'est encore sur la table. De quoi susciter des craintes pour tout un secteur.

Notamment celui des poids lourds. "Les camions roulent aujourd'hui presque exclusivement au diesel", confirme Bruno Tessier le patron d'un garage spécialisé en poids lourds à Sombreffe. "C'est une question de couple et de capacité de traction des moteurs. Sans diesel, il faudra donc dire adieu aux grosses livraison en ville, ou encore aux caravanes derrière les voitures.

Bref, beaucoup de questions et d'interrogations restent en suspens. La disparition du diesel, ce n'est pas encore gagné et cela devrait coûter.

2030 : plus de véhicules diesel à Bruxelles ? au JT 19h30 du 31/05/2018

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