FIFF: "Au cul du loup", un film belge de Pierre Duculot, avec un D'Orazio qui fait couler beaucoup d'encre

Rencontre avec Pierre Duculot
Rencontre avec Pierre Duculot - © RTBF-Christine Pinchart

"On me soupçonne d’avoir voulu faire un coup médiatique avec Roberto D’Orazio. Si j’avais voulu faire un coup médiatique, j’aurais fait le film avec des stars".

L’histoire est simple et belle. Elle raconte la mort de mamy et l’ouverture du testament, qui laisse quelques surprises. Notamment une maison en Corse, méconnue de tous, léguée à la petite fille (Christelle Cornil). Rencontre avec Pierre Duculot

L’histoire évoque à la fois le besoin de se mettre à l’abri financièrement pour des parents, et l’angoisse de voir ses enfants s’éloigner ?

C’est le "Pays Petit" de Claude Semal, on n’est pas vraiment dévoré d’ambition. J’avais envie de parler de ce genre de famille où rien de se passe mal, mais où rien de passionnant n’arrive non plus. Les parents n’ont qu’une obsession, c’est le bien être de leurs enfants. Enfin ce qu’ils imaginent être leur bien être ; une vie sans vague, et sans prise de risques.

Christelle Cornil rayonne, et elle refuse de se laisser enfermer dans un mariage étriqué ?

Elle arrive à 30 ans, elle a une perception confuse de ce qui va lui arriver. Jusqu’ici elle était sur des rails, et elle va refuser de se laisser enfermer dans une vie sans passion. Elle a eu à l’adolescence plus d’envies et plus de rêves que cela, mais elle n’a jamais rien révolutionné. Et aujourd’hui avec l’héritage de cette maison, elle se dit "Si j’essayais autre chose". Mais elle n’avait habitué personne à cela.

Une vieille maison en Haute Corse, dans la montagne, ça va lui donner des ailes ?

La Corse c’est une montagne dans la mer, et on est très vite à mille mètres. J’avais envie de filmer cela. Des paysages désolés, des kilomètres de forêts, la mer, mais des images qu’elle n’avait pas imaginées. Quand elle arrive là-haut, elle découvre une vie incroyable. Alors elle est fascinée, mais elle veut comprendre comment on peut fonctionner ainsi, surtout du fait que ses racines familiales sont là-bas.

Elle y découvre aussi le plaisir de la transmission. Des gens qui ont à cœur de raconter et d'entretenir la mémoire ?

On ne se pose plus beaucoup la question aujourd’hui, de savoir d’où on vient. Il y a une vieille métaphore qui dit que les branches d’un arbre ne vont jamais très loin, s’ils n’ont pas de grosses racines. Je pense qu’on a besoin de savoir ce qui nous a formés et de comprendre d’où on vient. C’est ce qui lui arrive, cette envie de comprendre.

Elle découvre grâce à sa curiosité, que l’histoire de sa grand-mère est plus belle que ce qu’on en sait ?

C’est la partie la plus romanesque de l’histoire. Sans tout raconter, elle découvre que sa grand-mère a voyagé, qu’elle a connu l’exil, et tout cela lui ouvre l’horizon. Si sa grand-mère a osé, elle se doit un siècle plus tard, d’oser aussi.

Plus étonnant, le rôle du père, incarné par Roberto D’Orazio ?

C’est une histoire qui prend des proportions que je n’attendais pas. C’est vrai que les forges de Clabecq ont marqué la Belgique mais c’était il y a plus de quinze ans. Je cherchais quelqu’un qui soit vraisemblable en italien, avec l’accent du coin, et qui soit un peu manuel. On a assez peu de comédiens de 50 ans expérimentés, notre cinéma étant jeune. Avec le producteur on se disait, qu’il nous fallait quelqu’un qui ressemble à D’Orazio et on a fini par lui demander.

Je ne veux pas jouer à la victime mais on a ironisé, me soupçonnant de faire un coup médiatique pour attirer l’attention. Si j’avais voulu faire un coup médiatique, j’aurais fait un film avec des acteurs connus et des stars. Il se trouve que j’ai découvert un homme charmant, cinéphile, ouvert et j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui.

Le film sort en janvier 2012

Christine Pinchart


Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK