Fausse descente de l'inspection sociale chez Ryanair: "Une manipulation de la CNE"

La société irlandaise de transport aérien low-cost Ryanair est actuellement en procès, attaquée par 6 anciennes employées qui lui reprochent de ne pas respecter règles belges en matières de contrat de travail (licenciement abusifs, horaires coupés,...) alors qu'elles estiment que leur lieu de travail principal (prise de service et fin de service) se trouve bel et bien à Charleroi.

En 2013, le tribunal du travail, en première instance, s'était déclaré incompétent, jugeant les preuves matérielles de l'installation de Ryanair à Charleroi insuffisantes. N'en démordant pas, les ex-employées ont donc été en appel de cette décision. Cet appel doit être jugé ce prochain vendredi 5 juin.

Voilà donc qu'une semaine exactement avant ce jugement en appel, l'inspection sociale visite les vestiaires des employées, pouvant donc dénicher ces fameuses preuves manquantes d'une installation effective de la compagnie irlandaise au BSCA. C'est en tout cas ce que laissait entendre le communiqué de la CNE.

Une corrélation de date surprenante qui nous mène à contacter l'auditeur du travail du Hainaut, Charles-Eric Clesse. "Vous m'apprenez cette nouvelle, nous dira-t-il, je n'ai pas connaissance de cette descente de l'inspection du travail, ce qui me semble étonnant. Je me renseigne et reviens vers vous dès que je peux vous en dire plus".

"C'est une manipullation de la CNE!"

Charles-Eric Clesse, l'auditeur du travail, nous recontacte hier soir. Manifestement il peine à recouper l'information de la CNE. "Ce n'est pas quelqu'un de l'inspection sociale du Hainaut, nous explique-t-il, ni quelqu'un de l'auditorat du travail au niveau fédéral. Je poursuit mes recherches mais sachez que je trouve d'ores et déjà cette histoire étonnante..."

Ce samedi matin, le son de cloche est tout autre et c'est un auditeur du travail courroucé qui nous recontacte. Quelqu'un s'est bien présenté au BSCA : un contrôleur du bien-être au travail. Il s'y rendait dans le cadre d'un accident du travail au sein de la société G4S, la société privée de gardiennage en charge de la sécurité de l'aéroport. Rien à voir donc avec l'inspection sociale évoquée par le syndicat.

"Selon-moi, il y a clairement manipulation de la part de la CNE, déclare-t-il, visiblement en colère, le syndicat tente clairement de faire pression sur la justice, à une semaine du procès en appel, en détournant une information. J'attends encore d'être en contact avec ce contrôleur du bien-être pour comprendre ce qu'il cherchait s'il a effectivement bien visité la crew room de Ryanair".

L'oppacité du BSCA et de Ryanair

Le syndicat en prend donc pour son grade. Yves Lambot, permanent syndical CNE pour le Hainaut, en charge du dossier Ryanair s'explique : "Effectivement nous avons reçu cette information de l'intérieur de l'aéroport et avons jugé nécessaire d'envoyer un communiqué. Maintenant peut-être que la personne qui nous a alerté n'a pas fait la différence entre un contrôleur du bien-être et un inspecteur social, voyant que la crew room de Ryanair était visitée. Il est très compliqué pour nous de vérifier ce genre d'information à l'aéroport de Charleroi tant il règne une opacité au niveau du BSCA".

Quand aux attaques dont fait l'objet le syndicat de la part de l'auditeur du travail, "nous verrons éventuellement s'il y a lieu de faire notre mea culpa par rapport à notre communiqué. Mais s'il y a, dans le rapport de ce contrôleur du bien-être, quelle que soit sa mission de ce vendredi, l'un ou l'autre élément qui puisse servir dans le procès qui se présente et dont nous pourrions avoir connaissance, nous en ferons évidemment usage".

Amalgame

Et voilà que si le syndicat a diffusé une mauvaise information, c'est à cause de l'aéroport et de Ryanair qui empêchent toute vérification de ce qui se passe en leur sein. C'est pas moi, c'est l'autre!

Attaqué à son tour par le syndicat, BSCA réagit par la voix de son porte-parole, Vincent Grassa. "C'est toujours comme ça. Un amalgame est fait entre l'aéroport et Ryanair qui est un client de BSCA. Nous n'avons pas autorité pour donner accès aux locaux occupés par notre client au sein de nos bâtiments. Si le syndicat a un problème avec la compagnie irlandaise, c'est à elle et pas à nous qu'elle doit s'adresser".

Quand à cette fameuse inspection qui a eu lieu hier à l'aéroport, personne n'est au courant. "Ni la direction générale - Jean-Jacques Cloquet -, ni la direction des ressources humaines, ni moi-même n'avons été contacté. Que ce soit par un quelconque inspecteur ou contrôleur où par un représentant de la CNE qui aurait souhaité vérifier une information".

Pourquoi alors le syndicat dénonce-t-il de l'opacité dans le chef de l'aéroport carolo? "Encore une fois, le répète Vincent Grassa, c'est cet amalgame qui est toujours de mise entre l'aéroport et son client. S'ils souhaitent - le syndicat - accéder à nos bâtiments pour vérifier ce qu'ils veulent, nous pouvons les y autoriser. Mais uniquement dans nos bâtiments, pas dans les locaux loués par nos clients. Dans le cas présent, personne ne nous a demandé quoi que ce soit!".

On pourra parler d'un nouvel épisode dans la saga Ryanair, tant l'évocation seule du nom de la compagnie aérienne low-cost irlandaise suscite rapidement la curiosité et l'interrogation. A entendre l'auditeur du travail et le permanent syndical CNE, le "dossier Ryanair" est un dossier sensible.

N.Rondelez

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