Fallait-il inviter le ministre hongrois de la justice à un colloque de l'UCL?

Les positions de László Trócsányi ne font pas l'unanimité
Les positions de László Trócsányi ne font pas l'unanimité - © Wikimedia Commons

László Trócsányi est une personnalité controversée. Ministre de la justice dans le gouvernement de Viktor Orban, il affiche régulièrement des positions très dures en matière de contrôle des frontières et de politique migratoire. C'est à ce titre, mais aussi en tant que professeur de l'université de Szeged, en Hongrie, que la Chaire Francqui l'a invité à participer ce vendredi, à l'Université Saint-Louis de Bruxelles, à un colloque international intitulé "Contrôles et hospitalités. Vers des politiques migratoires qui renforcent la démocratie contemporaine".

"C'est un choix concerté avec tous les organisateurs du colloque, l'UCL mais aussi Saint-Louis, Gand, Anvers, la KUL, l'ULB et l'ULG qui sont partenaires de cette chaire Francqui, tient à préciser Sylvie Sarolea, professeure à l'UCL, qui coordonne l'organisation de ce colloque (...) Il est apparu qu'il était important dans le cadre de ce colloque de donner la place à plusieurs points de vue, y compris des points de vue que les organisateurs et les participants ne partagent absolument pas. Mais si tous les points de vues étaient allés dans le même sens, une partie de la recherche universitaire et de la réflexion passe à la trappe. Un point de vue divergeant peut donc être exprimé, pour autant que ce soit dans un contexte où elle soit amenée à entendre tous les autres points de vue". 

Consternation du CCLJ et des étudiants de l'UCL

En conviant cet invité au débat, les organisateurs savaient qu'ils s'exposaient à des critiques. Celle du Centre communautaire laïc juif (CCLJ) ne s'est pas fait attendre. Par voie de communiqué, il exprime sa consternation face à l'invitation de cette personnalité qu'il qualifie de "xénophobe, raciste et antisémite". "Je comprends que le propre d'un débat soit de mettre en présentation radicalement différentes. Mais je ne pense pas qu'il soit de tradition pour une université ou une institution scientifique d'inviter à ce type de débat des dirigeants populistes, qui vont utiliser ce colloque comme tribune. Je crois qu'il y a soit de la naïveté de la part des autorités académiques, ou tout simplement du cynisme", s'indigne Nicolas Zomersztajn, le rédacteur en chef de Regards, la revue du CCLJ.

Les organisateurs s'en défendent, tout comme de cautionner le régime hongrois. "Ce n'est pas du tout une tribune, répond Sylvie Sarolea. C'est une parole en confrontation avec une autre à un moment de la journée. À un autre moment, il aura même la présidence d'une table ronde, où il est chargé de donner la parole à des juges qui ont critiqué ouvertement sa politique. Et ça, c'est déjà une manière de devoir les entendre". Pour le CCLJ, la présence de contradicteurs face à László Trócsányi ne suffira pas. Ses membres restent convaincus que d'autres orateurs, tout aussi fermes en matière de politique migratoire, auraient pu être invités en lieu et place du Hongrois.

L'Assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL) a pour sa part exprimé sa désapprobation et son incompréhension par rapport à cette invitation. "Cette invitation nous semble non seulement manquer de cohérence avec les politiques auparavant mises en place par nos universités, mais également envoyer un signal d’ouverture avec les idées d’extrême-droite, ouverture que nous savons pourtant inexistante", indique l'AGL dans un communiqué. L'assemblée des étudiants demande à l'université de s'expliquer, "afin non seulement de mieux comprendre ce choix, mais également de s’assurer que celui-ci n’est pas synonyme d’une adhésion à ces idées ou à une rupture du cordon sanitaire".

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