Fait rare: 306 habitants soutiennent un fermier de Perwez qui veut accroître son élevage porcin

Pour Hélène Godfriaux, épouse et collaboratrice de Jordan, un plus grand local de vente de produits du terroir ne serait pas un luxe. Les clients soutiennent la demande du couple d'agriculteurs. Parmi eux, Vincent Fitch Boribon, à l'origine d'un recours solidaire envoyé à la Région wallonne.
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Pour Hélène Godfriaux, épouse et collaboratrice de Jordan, un plus grand local de vente de produits du terroir ne serait pas un luxe. Les clients soutiennent la demande du couple d'agriculteurs. Parmi eux, Vincent Fitch Boribon, à l'origine d'un recours solidaire envoyé à la Région wallonne. - © Rtbf

C'est plutôt rare! A Malèves Sainte-Marie (Perwez), de nombreux riverains et sympathisants de la ferme Godfriaux soutiennent Jordan et Hélène, un couple d'agriculteurs, dans leur demande d'extension de la capacité de la porcherie. Habituellement, ce type de projet suscite l'inquiétude des voisins. Ceux-ci redoutent les nuisances potentielles, comme l'odeur, le bruit ou le passage de camions à bestiaux. Mais dans ce cas-ci, les quelques contestataires au projet semblent noyés par l'impressionnante vague d'adhérents au projet d'extension.

Porcs, abri et magasin 

La demande de permis introduite par Jordan et Hélène comporte 3 volets: l'augmentation de la capacité de la porcherie (de 871 à 1269 têtes maximum); la construction d'un abri pour les machines et le fourrage; et la construction d'un point de vente et de stockage pour faciliter la vente de produits locaux. De nombreux habitants de la région se rendent à la ferme Godfriaux pour acheter des produits du terroir en circuit court. Le local actuel est trop petit. Tout comme l'espace de stockage qui accueille les produits de la ferme Godfriaux, mais aussi ceux d'agriculteurs de la région.

Une demande refusée

C'est avec amertume que Jordan Godfriaux a récemment appris que sa demande de permis n'était pas acceptée. Refus partiel, puis total du Collège, après avis défavorable du fonctionnaire-délégué de la Région wallonne.

"Nous avions d'abord rejeté le volet porcherie pour une question de nuisances et de mobilité", explique le bourgmestre faisant fonction, Carl Cambron. "Mais nous avions accepté les deux autres volets (abri et point de vente). Car tout le monde doit vivre. Et de plus, leur commerce de produits du terroir fonctionne bien. Ensuite, comme le prévoit la procédure, le dossier a été envoyé au fonctionnaire-délégué de la Région wallonne... qui a rendu un avis négatif sur l'ensemble... le projet global n'étant apparemment plus cohérent". Nous avons sollicité un commentaire auprès du fonctionnaire; en vain! Après avoir pris connaissance de l'avis du délégué, le Collège de Perwez a fini par faire une croix sur les trois volets de la demande.

"Je ne comprends pas", dit l'agriculteur, les larmes aux yeux. "L'extension de la porcherie ne changera pratiquement rien à la situation existante. On me le dit souvent. La porcherie ne génère pratiquement pas d'odeurs, excepté les rares journées de canicule. L'abri pour les machines et le fourrage ne gênera personne. Et un espace de vente mieux adapté pour la charcuterie, les légumes et les produits de la région ne pourrait que satisfaire nos clients et faciliter notre travail".

Soutien surprenant

Désemparé, l'agriculteur a introduit un recours. Et très vite, la nouvelle du refus global d'extension a soulevé une vague d'indignation dans le quartier et chez les clients du couple.

"Ce refus m'a choqué", affirme Vincent Fitch Boribon, habitant de Perwez. "En qualité de voisin, je n'ai jamais eu à subir la moindre nuisance de l'exploitation de Hélène et Jordan. Et quand bien même... lorsqu'on fait le choix de vivre à la campagne, on fait aussi le choix d'accepter d'éventuels inconvénients. Ce ne sont pas quelques cochons de plus qui vont changer la donne. Je ne comprends pas pourquoi on refuse à ce couple d'agriculteurs de vivre de son métier. On porte atteinte au vivre-ensemble et à un bel exemple de vente en circuit court".

Recours devant la Région

L'indignation du voisin a alors fait place à la volonté de réagir au plus vite. Vincent Fitch Boribon a lancé un appel à signatures en vue d'un recours destiné à la Région wallonne. "306 personnes ont signé. C'est un acte légal fort. Une action plus importante qu'une simple pétition. Ici, ces personnes se mobilisent contre le refus de permis infligé au couple d'agriculteurs. Et outre ces 306 personnes, beaucoup d'autres citoyens se montrent solidaires. Nous espérons que les autorités wallonnes tiendront compte de notre avis". Un souhait que ne partagent pas les 11 contestataires qui ont exprimé leur opposition au projet d'extension. "Jordan Godfriaux a le droit d'introduire un recours", souligne le CDH Carl Cambron. "On verra ce que le ministre wallon (le CDH Carlo Di Antonio) décidera. Peut-être acceptera-t-il les volets point de vente et abri... En tout cas, le Collège n'ira certainement pas à l'encontre de l'avis du ministre".

Querelles politiques?

"Mon mari est agriculteur; mais il est également conseiller communal (MR) dans l'opposition", dit Hélène Godfriaux. "Je soupçonne une décision à caractère politique. Peut-être veut-on nous mettre des bâtons dans les roues". Riposte du bourgmestre faisant fonction (dans le fief d'André Antoine): "Je ne sais pas si Jordan Godfriaux veut utiliser un argument politique à l'approche des élections; mais en tout cas, cela ne changera pas mon avis."  

Bras de fer politique, querelles intestines entre deux hommes qui ne semblent pas s'apprécier outre mesure, ou simple blocage urbanistique? Toujours est-il qu'un tel élan de soutien à un projet d'extension agricole est rarissime. "Nous défendons les agriculteurs, les produits du terroir et la vente en circuit court", affirme une cliente qui a signé le recours. "Je ne m'étends pas sur la question relative à la porcherie. Même s'il est important que je sache d'où vienne la charcuterie que j'achète. Mais je pense qu'il faut au moins rouvrir le dossier et ne pas fermer la porte au dialogue. Surtout dans ce contexte de mondialisation et de malbouffe. Personnellement, je ne veux plus acheter en grande surface. Et je soutiens nos produits et nos agriculteurs".    

 

           

 

 

     

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