Extension du métro nord à Bruxelles : " Il y a une sorte de conflit d'intérêts à la base du projet "

Extension du métro nord : " il y a une sorte de conflit d’intérêt à la base du projet "
Extension du métro nord : " il y a une sorte de conflit d’intérêt à la base du projet " - © Beliris

Le projet du métro nord à Bruxelles est-il parti sur de mauvaises bases ? Se fonde-t-il sur des études biaisées ? Plusieurs professeurs et expert en mobilité de l’ULB, de l’Université Saint-Louis et de la KUL l’affirment. Ils mettent en cause un appel d’offres conjoint pour l’étude d’opportunité et les études techniques suivantes.

Conflit d’intérêts

Faut-il construire une ligne de métro vers le nord ? C’est la première question à laquelle le bureau d’études désigné devait répondre en 2012. Mais comme ce bureau était assuré d’obtenir les études techniques suivantes, il y avait peu de chance qu’il réponde non, au risque de se priver d’un contrat juteux.

« Ce serait vraiment se couper l’herbe sous le pied que de renoncer à ce genre d’opportunité », explique Michel Hubert, professeur à Saint-Louis, responsable académique de l’Observatoire de la mobilité de la Région de Bruxelles-Capital. « Et donc là, il y a une sorte de conflit d’intérêts. Dans la mesure où le bureau d’études qui est à l’origine de la réflexion sur le projet est aussi chargé des études techniques pour la réalisation de celui-ci ».

« On n’assure jamais quelqu’un qui réalise une première étude d’avoir la commande suivante. Or c’est ce qui se passe ici », renchérit Pierre Laconte, secrétaire général honoraire de l’Union International des Transports Publics.

Pour ces experts, il aurait fallu scinder le marché pour obtenir une étude d’opportunité neutre et indépendante.

Aucune garantie

Alors la réflexion est-elle biaisée depuis le départ ? Cédric Bossut directeur de Beliris, l’organe fédéral chargé des grands chantiers à Bruxelles qui pilote le projet du métro nord, ne le pense pas. « Le bureau d’études n’avait aucune garantie de recevoir les phases ultérieures du contrat car c’était des tranches conditionnelles que le gouvernement régional pouvait débloquer ou pas. Deuxième élément : le suivi de l’étude a été fait par un comité d’experts de la Stib, de la Région, de Beliris. Cela été fait de manière très rapprochée. Tous les éléments ont été vérifiés de manière scientifique ».

Un choix politique assumé

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort abonde dans le même sens et assume le choix politique. « Ce n’est pas une étude comme ça pour dire oui, oui, vous avez raison, vous devez le faire. Non, il y a des études d’incidence, qui ont été réalisées, des études de coût. Après, sur l’opportunité, ça, c’est le choix politique que nous assumons. On n’a pas besoin d’avoir un bureau d’études pour déterminer si oui ou non on doit choisir d’étendre le réseau du métro. Dans toutes les villes du monde, c’est encore le politique qui décide. Je sais bien qu’ici on a toujours tendance à considérer qu’on n’a pas les capacités pour décider. J’ai la faiblesse de croire qu’on les a ».

Les experts universitaires regrettent justement que la décision ait été prise de la sorte, sans envisager sérieusement les hypothèses alternatives et sans tenir compte du rapport entre les coûts et les bénéfices pour ce projet de près de 2 milliards d’euros. Voilà pourquoi ils demandent aujourd’hui que l’on remette le dossier du métro à plat pour repartir sur des bases saines.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK