Expo 2017: Astana qui rit, Liège qui pleure mais veut positiver

Liège et Astana étaient candidates à l'organisation de cet événement qui devrait accueillir quelque 6 millions de visiteurs de juin à septembre 2017. Le choix de la majorité des 159 votants s'est donc finalement porté sur la capitale du Kazakhstan. L'exposition sera organisée sur le thème de l'énergie du futur.

A Paris, la délégation kazakhe a laissé éclater sa joie, par contre du côté liégeois, c'est la désolation, notamment parce qu'une cinquantaine de pays avaient promis leur vote à la Cité ardente. Certains auraient vu passer des enveloppes, à des membre du BIE, mais sans savoir ce qu'elles pouvaient contenir.

A Liège, c'est la déception, 500 personnes s'étaient rassemblées place Saint-Lambert pour attendre le résultat. Après le verdict, des huées sont montées. Des gens considérant la décision comme une "gifle" ou y voyant "une victoire du pétrole".

Mobilisation

C'est la fin d'une campagne qui a mobilisé les partisans du dossier liégeois au plan local, puisque 150 000 signatures avaient été récoltées en faveur de la candidature belge et au plan international, puisque jusqu'à ce mercredi encore, les émissaires liégeois ont tenté de convaincre les représentants des pays votants de la qualité de leur dossier.

A Paris, au siège de l'OCDE, chacune des deux villes candidates à l'organisation de l'expo 2017, Liège puis Astana, a présenté ce jeudi après-midi une dernière fois le dossier de sa candidature devant les délégués de l'assemblée générale du Bureau International des Expositions. La défense liégeoise a duré 29 minutes et s'est appuyée sur les interventions en direct ou par message télévisé des personnalités comme Herman Van Rompuy, le président du conseil européen, Elio Di Rupo, le Premier ministre belge, Louis Michel, le ministre d'Etat et ancien commissaire européen ou encore la ministre communautaire Marie-Dominique Simonet.

Quelles étaient les chances de Liège ?

Liège avait des atouts : son expérience, une localisation unique (Coronmeuse), un soutien populaire et un soutien de toutes les autorités du pays. La Cité ardente a choisi un thème actuel et universel : les technologies de la communication et leurs effets sur la vie quotidienne.

De plus, mardi, lors d’une conférence de presse commune avec Astana, Liège a réalisé une présentation sobre et sérieuse de son projet.

Mais Astana a également de sérieuses cartes dans son jeu. C'est une capitale, un pays émergent qui a choisi pour thème l'énergie du futur. C’est aussi le premier pays d'Asie centrale à poser sa candidature, en plus d’être une terre d'investissement. Même si le régime n'est pas exempt de critiques en matière de respect des libertés.

Rebondir

Liège se sera repositionnée sur la scène internationale et le site concerné, le site de Coronmeuse, sera réaménagé. Même sans exposition, cette mutation se fera directement. 6 millions d’euros d’argent public ont été investis dans cette candidature.

Pour le comité de candidature de Liège, "la dynamique enclenchée par ce projet est irréversible". Les propos se veulent résolument optimistes. "Je ne vais bien entendu pas vous dire que je suis follement heureux mais le monde ne s'écroule pas. Nous avons donné une place à Liège sur la scène internationale et les acquis demeurent", notamment en ce qui concerne la construction de l'éco-quartier de Coronmeuse, qui devait succéder aux pavillons de l'exposition et qui verra désormais le jour plus rapidement, assure ainsi Jean-Christophe Peterkenne, directeur général de Liège Expo 2017.

"Nous avons vécu une expérience formidable. Passée la première déception, il faut rebondir et réfléchir à la manière de préserver la dynamique créée", ajoute-t-il sans pour autant évoquer un nouveau projet international précis.

"Quand on entre dans une compétition, on sait qu'on ne gagne pas toujours", philosophe pour sa part Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège. "Je suis déçu pour la population liégeoise et belge dans son ensemble, ainsi que pour l'équipe qui a travaillé dur depuis 3 ans, mais nous devons à présent veiller à préserver l'union sacrée qui a accompagné notre candidature", poursuit le responsable socialiste.

Il n'en reste pas moins que l'ampleur de la défaite est lourde à digérer. "Nous ne nous attendions pas à un tel score. Ce fossé prouve que ce type de vote international est soumis à des aspects géopolitiques que nous ne pouvons pas ignorer", admet Willy Demeyer, en écho aux propos du secrétaire général du BIE, Vincente Loscertales. Selon ce dernier, même si elle était soutenue par l'ensemble du pays, la candidature liégeoise était avant tout une initiative locale alors que le Kazakhstan présentait un "projet présidentiel, dans un pays où le rôle du président est primordial".

Dans ce contexte, la Belgique n'a pas fait le poids, d'autant que le Kazakhstan n'a pas lésiné sur les moyens déployés, un budget d'1,2 milliard d'euros ayant été évoqué pour soutenir le projet d'Astana. "Pour avoir du sens, une candidature doit être le reflet de ce que l'on est et des valeurs que l'on défend", estime néanmoins Jean-Christophe Peterkenne. Et de conclure: "nous avons donné de la fierté à Liège. Le résultat obtenu n'est pas bon mais la dynamique créée, elle, est excellente. A nous de la défendre."

Liège Expo 2017 remercie tout ceux qui ont soutenu la candidature de la Cité ardente : politiques, famille royale, mais aussi la  population et les entreprises ainsi que les groupes de presse qui ont relayé l’actualité de la candidature. 

Pérenniser la dynamique

Il faut pérenniser la dynamique de promotion de la Région engendrée par la campagne Liège 2017, a commenté le ministre-président de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, saluant la victoire d'Astana, mais aussi l'énergie portée par l'équipe liégeoise pour défendre le projet. "Ce qu'il faut retenir c'est l'incroyable dynamique que ce projet a créée, bien sûr à Liège, mais également dans l'ensemble de la Wallonie et de la Belgique. L'engouement créé pour soutenir et promouvoir Liège 2017 était réel et portera ses fruits, même si le choix final a été favorable à Astana", a-t-il remarqué, rappelant les nombreux atouts de la candidature liégeoise.

"L'ensemble du dossier présenté correspondait profondément à la philosophie des expositions internationales qu'il s'agisse de la thématique, du caractère cosmopolite ou encore du projet de reconversion du site après l'exposition. Sa location et par là son accessibilité, Liège étant exceptionnellement centrale, faisaient également partie des paramètres plaidant en faveur de Liège 2017. D'autre part, le thème axé sur les Technologies de l'Information et de Communication au service du bien-être humain était un thème éminemment universel. Les cinq sous-thèmes qui s'en dégageaient couvraient de façon pertinente les grands enjeux actuels que sont les soins de santé, la culture, l'éducation, le transport et la mobilité mais également l'environnement et le développement durable", a-t-il souligné.

Le tram pour 2017

"Le projet d'une première ligne de tram à l'horizon 2017 ne doit pas être abandonné. Le calendrier ne doit pas souffrir de la disparition d'une date-butoir évidente", a remarqué le ministre wallon de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et de la Mobilité, Philippe Henry, tout en manifestant sa "tristesse que Liège n'ait pas été retenue pour accueillir l'exposition internationale de 2017".

"La candidature de Liège Expo était une bonne chose, l'équipe 2017 a bien mené sa barque, mais ce travail s'est hélas révélé insuffisant devant la puissance financière d'Astana", a-t-il remarqué.

Pour lui, il ne faut pas parler d'un échec mais bien d'un nouveau départ à donner à la Cité ardente. "La candidature avait ceci de positif qu'elle emmenait les différents acteurs politiques et économiques liégeois vers un objectif commun concerté et ambitieux, une dynamique qui doit à tout prix demeurer pour aider l'agglomération liégeoise à réussir son indispensable transition socio-économique", a commenté Philippe Henry, plaidant pour la mise en place d'une communauté urbaine.

"Il est temps de passer à l'acte. Donnons-nous dès maintenant, riches de l'expérience de cette candidature, les moyens pour donner à Liège l'avenir d'une métropole européenne digne de ce nom. Pour ce faire, il est plus que temps qu'une véritable communauté urbaine, où toutes les forces politiques sont représentées, prenne corps et se dote d'instances, de moyens et d'un calendrier de réunions afin de développer les projets qui permettront d'inscrire la région liégeoise dans un schéma véritablement métropolitain", a-t-il conclu.

L'aspect financier

Georges Gerstmans, président de l'association des commerçants liégeois, a regretté "la prédominance de l'argument financier sur l'aspect géographique" dans la désignation d'Astana.

"Les estimations prédisaient 6 millions de visiteurs pour cette exposition si elle se tenait à Liège, alors qu'Astana ne devrait pas recevoir la visite de plus de 2,5 millions de personnes. L'impact de l'Exposition internationale aurait pu être tout autre que celui qu'elle aura à Astana", déplore-t-il.

Georges Gerstmans rappelle l'opportunité économique extraordinaire que représentait cet événement s'il s'était tenu à Liège. "Plus de 2100 emplois auraient été créés. Nous aurions pu bénéficier de retombées économiques, non pas durant trois mois mais bien pendant trente ans!"

Nouvelles idées

"Ces derniers 24 mois, nous avons développé de nombreuses initiatives et développé de nouvelles idées. A nous maintenant de les mettre en pratique, mais avec d'autres moyens que ceux que nous aurait apportés l'exposition", a indiqué jeudi Pierre Coenegrachts, directeur général adjoint de l'Office de Promotion du Tourisme en Wallonie et à Bruxelles. "Cette Exposition internationale représentait une aubaine incroyable pour remettre Liège, et par extension la Belgique, en évidence aux yeux du monde", regrette le directeur général adjoint de l'OPT, qui se se félicite néanmoins de l'engouement "très positif" qui a entouré la candidature de la ville de Liège, estimant que "la Wallonie avait besoin de ce dynamisme" qui a entouré la candidature de Liège ces derniers mois.

"La gare de Liège, le musée 'Grand Curtius', l'Opéra de Wallonie tout juste rénové représentaient des fers de lance pour la promotion touristique de la ville de Liège. Cette Exposition internationale aurait également été profitable à toutes les structures touristiques déjà existantes et aux autres qui auraient été mises en place dans les années à venir", ajoute-t-il. "Après la désignation de Mons comme capitale culturelle 2015, accueillir l'Exposition internationale en 2017 représentait une aubaine pour apporter une image positive, dynamique et positive à la ville de Liège."

Pierre Coenegrachts regrette enfin que Liège ne puisse bénéficier de la portée mondiale de cette exposition. "Si ce ne sont les GP de Belgique de F1 et les grands départs du Tour de France en 2004 et en 2012, nous n'avions plus accueilli en Wallonie de projet nous donnant une visibilité internationale depuis l'Euro 2000 de football."

"Nous n'avons pas de reproche à nous faire. Nous avons fait notre maximum pour décrocher l'organisation et nous avons été loin d'être ridicules", a réagi jeudi Bernard Rentier, le recteur de l'ULg, à la suite de la désignation d'Astana (capitale du Kazakhstan), aux dépens de Liège, pour l'organisation de l'Exposition internationale 2017.

Pour le recteur de l'ULg, la désignation de Liège représentait une opportunité "unique" de faire connaître la ville dans le monde entier. "Cela aurait donné un éclairage énorme à notre ville et indirectement à l'ULg", a-t-il remarqué.

"Certes, Astana l'a emporté aujourd'hui", ajoute-t-il, "mais ces dernières années, à Liège, nous avons réalisé un travail considérable que nous n'aurions pas fait sans la candidature de la ville. Cela a permis de faire évoluer positivement le cadre dans lequel on vit et on fonctionne." Bernard Rentier se félicite enfin de "la capacité qu'a eu la candidature de Liège à mobiliser les énergies, les moyens et l'animation derrière un projet mobilisateur. Nous avons appris à nous solidariser tous ensemble derrière un but commun."

Développer les atouts

"Il ne faut pas que nous nous arrêtions à cette décision. Nous devons au contraire sans cesse et sans relâche continuer à développer nos atouts", indique jeudi l'Union des Classes Moyennes de la province de Liège (UCM). "Nous ne pouvons, en tant qu'organisation interprofessionnelle et patronale, que regretter cette décision. (...) Cela dit, plutôt que de nous apitoyer sur notre propre sort, nous préférons assurer l'avenir au nom des milliers d'indépendants et de chefs d'entreprise que nous représentons!", ajoute l'UCM.

L'organisation appelle à "croire en l'avenir et dans les infrastructures que la Ville va concrétiser dans les prochaines années" citant notamment en exemple le renouveau du quartier nord, la revitalisation du quartier Cathédrale Nord et du Quai de la Batte, la mise en place du tram, ou encore le futur Centre Mnema - Cité Miroir.

"Les millions de visiteurs qui devaient arpenter les rues de notre ville et de notre pays vont battre le pavé à l'autre bout du monde. Nous le regrettons au nom de l'emploi, de l'activité économique, des retombées financières et de l'engouement que cette candidature a suscités. Aucune autre initiative n'avait jusqu'à présent rassemblé autant de monde autour de ce projet commun. Nous ne pouvons espérer qu'une seule chose: que cet enthousiasme ne soit pas perdu et serve à forger ensemble notre destin", conclut l'UCM.

RTBF

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