Exploitations, cultures, superficies, potentiel : l'agriculture à Bruxelles, c'est quoi ?

Des exploitations agricoles en région bruxelloise, on en retrouve notamment à Neerpede, à Anderlecht.
Des exploitations agricoles en région bruxelloise, on en retrouve notamment à Neerpede, à Anderlecht. - © GOOGLE

Acheter éventuellement des terres agricoles en Flandre et en Wallonie afin de favoriser les circuits courts, au profit des consommateurs de la capitale : c’est le projet de la Région bruxelloise et de son ministre de l’Environnement Alain Maron (Ecolo). L’idée, émise ce lundi, a provoqué une vive polémique. Absence de concertation, autres dossiers plus urgents à traiter, coûts des terrains… Les critiques ont été nombreuses, venant du monde politique comme agricole.

Mais Bruxelles est-elle vraiment un territoire sans champ ni culture ? Que représente réellement l’agriculture dans les 19 communes ? Y a-t-il un potentiel agricole dans une ville faite essentiellement d’habitations, bureaux et commerces ?

  • La superficie

Il y a un peu plus d’un an, la RTBF se plongeait au cœur des rares exploitations agricoles bruxelloises. La Région bruxelloise, c’est, pour rappel, 161 kilomètres carrés. Les terres agricoles bruxelloises représentent, pour leur part, 250 hectares au total soit environ l’équivalent de 200 terrains de football mis côte à côte. Ou encore, deux fois et demie la superficie de la plus petite commune bruxelloise, Saint-Josse (un kilomètre carré).

  • La production

Dans la réalité, dix hectares sont exploités par des nimaculteurs, c’est-à-dire des agriculteurs Non Issus du Monde Agricole. Leurs cultures vont de la production maraîchère (courgettes, tomates, aubergines…), aux plantes (pour tisanes…).

Les 240 hectares restants sont consacrés à l’agriculture dite traditionnelle comme les prairies pour les bêtes, la culture de céréales…

  • La localisation

Où sont situées ces exploitations agricoles, même modestes ? Les plus importantes sont localisées à Anderlecht, à Neerpede, de l’autre côté du Ring de Bruxelles. Là, on retrouve plusieurs fermes urbaines cultivant courgettes, poivrons, champignons… Récemment, des terres ont été proposées à une association, Terre en vue. Mais ce n’est pas la seule association impliquée puisqu’on retrouve aussi Le début des haricots.

Des exploitations, on en retrouve aussi dans le nord de Bruxelles, comme à Neder-over-Heembeek (la ferme Nos Pilifs, entreprise de travail adapté qui existe depuis plus de 35 ans), Haren, à Jette près du bois du Laerbeek…

Bref : en périphérie de la Région. Mais il n’est pas rare de rencontrer des potagers beaucoup plus modestes, dans le centre-ville comme à Tour et Taxis mais aussi le long de certaines voies de chemins de fer… On parlera ici plutôt de potagers urbains. Rien à voir avec de grosses exploitations.

  • Le potentiel

En 2035, 30% des fruits et légumes consommés dans les 19 communes devraient être produits sur le territoire de la région voire, dans sa périphérie immédiate : c’est l'objectif du gouvernement régional.

Une étude commandée il y a quelques années par la Région auprès de l’ASBL Terre en vue relève qu’il existe un potentiel "théorique" total de 480 hectares de terres potentiellement utilisables sur le territoire de la région (terrains non construits constitués de parcelles contiguës de minimum un hectare et demi).

En pratique, il faut revoir les chiffres à la baisse : "161 hectares mobilisables dans le cadre d’un scénario plus réaliste, 277 hectares dans un scénario optimiste". 161 et 277 hectares, hors 250 hectares déjà déclarés comme agricoles.

Assez ? Pas vraiment ! Pour pouvoir rencontrer l’objectif de 30% de production locale, il faudrait au moins 1600 hectares de terres. Raison pour laquelle Bruxelles lorgne vers sa périphérie, comme l’a rappelé lundi Alain Maron.

Car l’idée n’est pas neuve. La RTBF l’expliquait déjà l’an dernier : le Service Public Régional Bruxellois (SPRB Economie) aurait déjà lancé des discussions avec la VLM (Vlaamse Land Maatschappij, l’agence terrienne flamande). Des terres ont déjà été achetées pour y permettre l’installation de jeunes agriculteurs qui développeraient une production maraîchère en circuit court.

En tout cas, les terrains potentiellement exploitables à Bruxelles sont assez bien "localisés dans les zones vertes (64 hectares) et dans les zones vertes de haute valeur biologique (49 hectares)", ajoute l’étude. "Le potentiel est ensuite bien représenté dans les zones d’habitation ou zones d’habitation à prédominance résidentielle" avec 112 hectares au total.

"Cela plaide pour une implication forte des citoyens dans l’implantation de projets agricoles qui doivent miser sur la proximité des résidents. Cela montre aussi l’importance du travail d’accompagnement de ces dynamiques participatives, sur le terrain, qui doit être mené pour favoriser un taux élevé de réussite." Car, ajoute l’association, "les porteurs de projets qui ont l’intention de s’installer sont souvent des néophytes : ils doivent gérer le bon fonctionnement technique et économique de leur projet, ce qui prend beaucoup d’énergie. Il n’est pas évident de gérer la dynamique participative et citoyenne qui vient se greffer au projet, quand bien même elle est constructive."

 

 

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