Escales estivales: dans le gouffre du Fondry des chiens

Il plonge abruptement aux pieds du marcheur qui serait avisé de bien anticiper sa route. Le Fondry des chiens se regarde la tête en bas vers ses flancs ou le regard porté vers le haut de cette roche calcaire sans laquelle ces formes étonnantes ne se seraient jamais révélées. Un gouffre gigantesque dont l'origine remonte à des millions d'années.

"C'est l'histoire de la Terre qui se retrouve dans le Fondry des chiens, explique Léon Woué du cercles des naturalistes de Belgique (CNB). L'histoire de ce gouffre si particulier et assez unique en Europe, si l'on excepte des formations du genre en Slovénie, remonte à l'ère primaire. Des successions de périodes tropicales et d'autres moments où les terres étaient émergées".

La Belgique était recouverte d'une mer tropicale, il y a plusieurs centaines de millions d'années. Des eaux chaudes qui plaisaient aux coraux et à leur squelette calcaire. Ils formaient de véritables récifs dignes de la Grand Barrière d'Australie, à une échelle plus modeste. Les fossiles, extrêmement nombreux, témoignent de ce passé fiévreux. Mais la mer s'est retirée, laissant ces rochers d'origine corallienne à l'abris des sédiments. "L'érosion sous l'action d'une eau chargée de CO2 donnera plus tard ces formes de vagues, de roche qui a un air un peu poncé. Mais tout cela se passe sous la terre et non à l'air libre".

Le minerais des Celtes et les pâturages immémoriaux

Les Celtes auraient, en primeur, exploité les sédiments chargés de limonite. Un minerais de fer, même pauvre, qui se trouvait sous les terres: "Ils l'ont vidé. Au départ, tout était rempli de terre, il y a d'ailleurs d'autres gouffres dans la région qui ne sont pas vidés, il y a encore beaucoup à explorer".

Du fond du Fondry des chiens, on pense à tous les hommes qui ont foulé cet espace presque lunaire. Des premiers Celtes, attirés par son fer, à des temps plus proches où le trou ne servait que de terrain d'équarrissage pour les cadavres d'animaux dont... les chiens.

Jusqu'à 50 espèces par mètre carré

Mais le spectacle se trouve aussi sur les bords de la dépression, sur ces pelouses calcicoles, toujours liées à la nature calcaire du sol dont la perméabilité rend la surface très sèche. La température peut monter jusqu'à 70°C: "Le sol est très pauvre en nutriments et à contrario, extrêmement riche en biodiversité, se passionne Louis Woué. On a fait des relevés ici et dans certaines zones on peut retrouver jusqu'à 50 espèces par mètre carré. On retrouve des plantes plus méridionales que l'on retrouve en Méditerranée ou dans les steppes asiatiques. De cette flore découlent toute une série d'insectes, c'est une richesse extraordinaire".

Des pelouses, témoins du passé pastoral de toute la région "les troupeaux de moutons ont foulé ce sol jusqu'aux années 50". Aujourd'hui, la gestion est mécanique pour empêcher les repousses d'arbres ligneux. Des moutons d'anciennes races wallonnes menacées viennent également maintenir une végétation rase.

Des vallons de l'Eau noire qui traverse Nismes en passant par les tiennes (les collines) de la région jusqu'au Fondry des chiens, les paysages, la Nature et les balades regorgent de lieux uniques.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK