Eric, sans-abri à Liège : "On se dit que l'on a forcément fait quelque chose de mal pour en arriver là."

ERic, sans-abri à Liège : “On se dit que l’on a forcément fait quelque chose de mal pour en arriver là.”
ERic, sans-abri à Liège : “On se dit que l’on a forcément fait quelque chose de mal pour en arriver là.” - © Tous droits réservés

A Liège, environ 600 personnes sont sans domicile. Et, mardi, un SDF a été retrouvé sans vie, un homme de 37 ans, bien connu dans le centre de Liège.

Qu’est-ce qui fait que l’on "décroche", que l’on se retrouve du jour au lendemain dans la rue ? Souvent seul. Toutes les histoires sont différentes mais Eric a accepté de nous raconter la sienne.

Nous avons rencontré Eric, à la Gare des Guillemins

En 2005, AGC Automotive, entreprise spécialisée dans la verrerie et basée à Fleurus, est bloquée par une grève qui va durer 113 jours. En effet, les employés s’opposent à l’époque à un plan de restructuration qui prévoit la suppression de 284 emplois sur 844 postes à l’horizon 2006. Parmi ces grévistes, il y a Éric, 31 ans à l’époque. Au terme de conflit social, il perd son poste. Aujourd’hui, il vit dans la rue.

A la gare de Liège, nombreux sont les sans-abri qui font la manche. Éric est l’un d’entre eux. Il n’est pas rare d’apercevoir sa grande et maigre silhouette marcher sur le quai numéro trois. Ici, il aborde timidement les voyageurs et raconte son histoire : “Bonjour, excusez-moi de vous déranger. Je suis à la rue depuis un an et demi et je cherche de quoi me nourrir. Auriez-vous un peu de monnaie pour m’aider ou bien quelque chose à manger ?” Parfois les gens sont réceptifs et l’aident. Parfois ils se quittent sur un simple “bonne journée”.

La quarantaine passée, barbe abondante et vêtu d’un survêtement gris, Éric n’aurait jamais pensé en arriver là. Originaire de France, il a eu plusieurs expériences professionnelles avant d’atterrir en Belgique. “Avant mes sept années à AGC Automotive, j’ai travaillé en France. J’ai été facteur, installateur de paraboles puis employé dans mon ancienne commune au service des espaces verts. Ensuite j’ai bougé au Luxembourg où j’ai rejoint l’entreprise de pare-brise Guardian Automotive. A la fin des années nonantes, je suis arrivé à AGC” se souvient-il.

Un plan de restructuration fatal

Une fois à AGC Automotive, Éric travaille à différents postes. “J’ai commencé au four, comme tous les nouveaux arrivants. Ensuite j’étais au tempering pour solidifier les pare-brise, puis au finishing pour limer le verre et faire les finitions” raconte-t-il.

Au début des années 2000, la crise économique se fait sentir de plus en plus. L’industrie automobile connaît des difficultés. De ce fait, les producteurs de composants de voitures en pâtissent, dont AGC Automotive. En décembre 2004, une grève de plus de 100 jours débute pour tenter de contrer un plan de restructuration décidé par les actionnaires de l’entreprise, pour la plupart basés à Tokyo. Finalement, au terme de ce conflit intense, 249 emplois sont supprimés (au lieu des 284 initialement annoncés). “On ne pensait pas que ça allait arriver et on espérait garder nos postes à Fleurus. Une bonne partie des ouvriers a été mise au chômage. Pour eux, nous ne sommes que des numéros sur une liste” déplore Éric.

 “On se dit que l’on a forcément fait quelque chose de mal pour en arriver là.”

Après ça on se demande toujours si on a fait une faute quelque part. On se dit que l’on a forcément fait quelque chose de mal pour en arriver là. On culpabilise et ça devient de pire en pire mentalement” poursuit le quarantenaire. Suite à son licenciement, il touche le chômage pendant un an et cherche un autre emploi. “J’ai cherché un travail, n’importe lequel, mais je n’ai pas trouvé. A la fin de mes droits, je ne savais plus payer mon logement. C’est comme ça que je l’ai perdu il y a trois ans. J’ai tout de même réussi à me reloger chez un ami, mais ça s’est terminé”.

La rue

Sans domicile depuis plus d’un an, Éric a tout de même essayé de trouver un abri dans les différents refuges existants. “J’y suis allé deux fois. Les deux fois on m’a tout volé. Mon sac de couchage, mes couvertures, quelques affaires personnelles… Il n’y a pas de pitié ici, c’est un monde à part. Je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi de finir dans la rue” affirme-t-il, les yeux vidés de toute émotion.

Recalé au CPAS de Liège, il pourrait bien rentrer en France et espérer toucher le Revenu de solidarité active (RSA). “Retourner en France ? Je ne sais pas. Si c’est pour galérer comme ici je n’en vois pas l’intérêt. Je pourrais bénéficier du RSA. C’est une aide 500€, à peine de quoi se payer un logement. Et puis, je n’ai pas vraiment d’attache en France. Si j’avais des certitudes ce serait différent”.

Des certitudes qui permettraient à Éric de sortir du cercle infernal dans lequel il se trouve. Mais dans cet océan de questionnements, une chose est sûre pour Éric : “Il n’y a que l’argent qui compte et l’être humain passe au second plan. Le monde tourne comme ça et c’est malheureux. C’est la mondialisation et le capitalisme.”

 

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