A Zaventem, Ryanair lance une guerre de concurrence tous azimuts

Michael O'Leary, le patron de Ryanair.
Michael O'Leary, le patron de Ryanair. - © JORGE DIRCKX - BELGA

Le patron de Ryanair n'a pas changé ses habitudes… C’est une annonce tonitruante qu'a livrée mercredi Michael O’Leary, venu en personne à Bruxelles. La compagnie irlandaise va ouvrir 10 nouvelles lignes vers l'Espagne, le Portugal, l'Italie et cela au départ de Bruxelles-National. Cela fait un concurrent sérieux pour les autres compagnies low cost présentes à Bruxelles, même si c'est un profil plus business qu'essaie de capter Michael O’Leary… Le tarmac bruxellois en frémit-il? Selon l'expert en aéronautique Jean Collard, Ryanair va tenter de conquérir le monde entier.

En annonçant une future arrivée en février à Bruxelles-National, Ryanair s'attaque à Easy Jet, à Vueling (une compagnie low cost basée à Barcelone). Elle opère des vols au départ de Bruxelles et capte des passagers.

Ryanair se positionne sur un nouveau créneau aussi, Michael O’Leary déclarait récemment qu'il y avait du bon à prendre dans l'expérience de ses concurrents. C'est manifestement cette leçon-là qu'il a digéré pour annoncer l'arrivée de 10 nouvelles lignes à Zaventem.

Qui dit nouveau créneau, dit clientèle d'affaires et les familles en mal d'escapades de week-end. La clientèle d'affaires, les eurocrates originaires d’Italie, d’Espagne. Une clientèle très présente à Bruxelles. Voilà une cible nouvelle pour O’Leary. Plusieurs destinations pourraient les intéresser.

Des vols qu'il va falloir adapter évidemment : un homme d'affaires n'aime pas les vols annulés, en retard ou encore sans service… Mais Michael O’Leary l'a annoncé ce mercredi matin : ces vols au départ de Zaventem profiteront en février d'amélioration de service. De ce point de vue-là, c'est quasi une révolution. Comme par exemple tous les sièges de l'avion attribués. Fini donc la course contre la montre pour accéder à l'avion. Fini aussi les querelles pour la taille des bagages : un second bagage à main gratuit sera prévu.

O’Leary déclarait qu'il y avait de la place pour sa compagnie à bas coût puisqu'il n'y a personne à l'aéroport. Les responsables de l'aéroport (avec lesquels O’Leary n'a jamais encore négocié quoique ce soit) apprécieront...

Cette annonce d'arrivée à Bruxelles est aussi une grande machine de communication. Le patron de Ryanair a étudié les créneaux d'atterrissage et de décollage libres à l'aéroport national. Ce que l'on appelle les slots. Il suffit de respecter les consignes et ces cases sont à lui. Certaines sources disent qu'il les a achetées 10 minutes après son show médiatique de ce mercredi matin…

Mettre à mal les compagnies traditionnelles

Pour Jean Collard, expert en stratégies aéronautiques pour la société de bourse Leleux, Michael O’Leary profite clairement de la concurrence que se font les aéroports belges : "Michael O’Leary a très bien compris ce qui se passait en Belgique. Ce qu’il met en place est certainement très profitable pour sa compagnie au détriment de Zaventem, des compagnies aériennes et de l’aéroport de Gosselies où il va mettre en place une concurrence outrancière. C’est inévitable."

Pour l’expert, la volonté d’O’Leary est d’abord de mettre à mal les compagnies traditionnelles comme Alitalia, Air France ou Brussels Airlines, et de développer un low cost de type intercontinental et surtout Europe-États-Unis.

Un pas vers les Etats-Unis

Pour Jean Collard, en prenant pied sur Zaventem, sur Rome et sur Barcelone, ce sont des ouvertures vers le monde occidental et plus particulièrement vers les États-Unis et, en partant de Barcelone ou de Rome, descendre vers l’Afrique. " Il ne faut pas oublier que nous avons affaire à une compagnie qui, au mois d’août de cette année, a transporté plus de 9 millions de passagers. C’est un véritable rouleau compresseur et dans ce sens-là, il a toute la possibilité du monde pour pouvoir continuer à ouvrir son réseau, inévitablement. "

Vers le low cost à plusieurs étages

En dehors des alliances, Ryanair est la plus grande compagnie aérienne. "Elle va toucher près de 100 millions de passagers et sa volonté est de mettre en place une structure européenne avant de créer un système low cost probablement à plusieurs étages. Avec du véritable low cost –déjà mis en place- capable de transporter un étudiant pour 25 euros entre Bruxelles et Montpellier par exemple. Ensuite il s’attaquera aux revenus un peu plus aisés. C’est en ça que sa politique change et c’est en ça qu’il y a déjà quelques mois il voulait améliorer son image de marque."

Brussels Airlines en danger?

Pour Jean Collard, Brussels Airlines est clairement en danger. " Je crois que le Vicomte Davignon a mis un point en exergue dans ce problème, c’est d’abord la structure sociale de Ryanair qui lui permet effectivement de travailler à bas prix en termes de salaire, puisque le personnel est payé sur base irlandaise ".

Pour rétablir la concurrence, il faudrait que la Commission européenne intervienne.

Mais sur le plan aéronautique pur, Ryanair emploie 300 Boeings 737, ce qui lui permet de réaliser des économies d’échelle considérables en termes de formation des pilotes, et du personnel de cabine. Tout comme pour les pièces de rechange. "C’est un peu Ryanair qui peut guider les prix auprès des divers vendeurs de pièces de rechange. C’est là que Ryanair a un très gros avantage."

RTBF

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK