En ce 8 mai, portrait de Maurice Berdal, 90 ans, rescapé d'un camp de la mort

Maurice Berdal à son retour des camps en 1945
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Maurice Berdal à son retour des camps en 1945 - © Famille Maurice Berdal

En Mars dernier, Maurice Berdal était fait citoyen d’honneur de la ville de Mons. Seul montois rescapé des camps encore vivant, il a aujourd’hui 90 ans et le souvenir de ces années noires est toujours présent.

Son père était contremaître aux laminoirs de Jemappes et, très tôt attiré par la technique, le jeune Maurice enchaînait les journées de travail aux côtés de son père avant de suivre, en soirée, les cours de l’Ecole Technique d’Hornu.

Après le début de la guerre et un bref exode en France, il revient en Belgique mais à 18 ans il est envoyé à Leipzig comme travailleur obligatoire. Revenu au pays à la faveur d’une permission de quinze jours, il ne retourne pas en Allemagne et est dès lors considéré comme réfractaire. Mais quand les allemands se présentent chez lui, il a déjà déserté l’endroit et trouvé refuge rue de la Coupe à Mons chez sa cousine Léonce.

L'entrée dans l'armée secrète

Ce domicile est un centre de résistance, au contact de cette cousine il entre donc automatiquement dans l’armée secrète dans laquelle sa femme évolue déjà. Progressivement, il participe à des missions de plus en plus importantes comme cette exfiltration d’un de leur membre de l’hôpital civil ou le transfert vers des zones plus sûres d’aviateurs réfugiés dans les fermes des environs.

Mais un dimanche, alors que Maurice Berdal part pour une mission avec trois autres résistants, le quatuor est suivi par les allemands et, blessé dans une fusillade, Maurice Berdal est arrêté ainsi qu’un de ses compagnons. Un autre est tué, le quatrième réussit à prendre la fuite.

La déportation

Interrogé, il est d’abord condamné à mort mais au lieu d’être transféré à Saint-Gilles -où les condamnés étaient fusillés- il est embarqué par la Gestapo dans des camions avec 127 prisonniers vers Namur où il sera parqué dans des wagons à bestiaux avec ses compagnons d’infortune. A une soixantaine par wagon, ils entament un pénible voyage de plusieurs jours vers l’enfer, un transfèrement d’une horreur inimaginable qui conduira les survivants –plusieurs sont morts durant le trajet- aux portes du camp de Mauthausen en Autriche.

La vie du camp est indescriptible, l’horreur est planifiée, organisée. A ce moment, grâce à ses connaissances en mécanique, Maurice Berdal va travailler pour l’usine de fabrique d’avions Messerschmitt au camp proche de Gusen II (Saint Georgen). Mais, il va connaître aussi le travail des carrières. Quand il est libéré le 5 mai 1945, Maurice Berdal ne pèse plus que… 28 kilos. Il lui faudra plusieurs années pour se remettre physiquement. 69 ans après, il n’a rien oublié. Dès 1983, il a entamé plusieurs pèlerinages là-bas en Autriche pour tenter de comprendre l’incompréhensible.

Un long témoignage

Ces conditions de vie indescriptibles dans lesquelles il a évolué pendant de longs mois, Maurice Berdal les a évoquées dans le long témoignage qu’il a accordé il y a peu à l’Institut des vétérans – Institut National des Invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre. Vous pouvez écouter ci-dessus ce témoignage dans son intégralité. Sarah Heinderyckx l'a également rencontré ce jeudi à l'occasion des commémorations, vous pouvez regarder son reportage diffusé dans le Journal Télévisé ci-dessus.

Vincent Clérin

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