En Belgique, avec le réchauffement climatique, le froment poussera plus vite en 2095

A gauche, le froment aux conditions climatiques de la saison 2014-2015 et à droite celui de 2094-2095.
A gauche, le froment aux conditions climatiques de la saison 2014-2015 et à droite celui de 2094-2095. - © RTBF - Flou

C'est une des premières conclusions des recherches menées au nouveau centre agronomique Terra de l'université de Liège-Gembloux. Avec le réchauffement de la température, les céréales pousseront plus vite en 2095 qu'aujourd'hui. "Il y a au moins trois facteurs qui expliquent cette augmentation de rendement, explique Vincent Leemans, chercheur en agronomie : les hivers seront plus doux, l’humidité plus importante et le taux de CO2 dans l’atmosphère plus élevé."

Autre conséquence prévisible : à la fin du siècle, la période des moissons sera avancée d'un mois ou deux, mai-juin plutôt que juillet-août.

Des froments deux fois plus grands à la mi-avril

L'expérience a démarré en octobre dernier. Les chercheurs ont semé du froment dans des "écotrons", des machines qui ressemblent à de grands frigos dans lesquels ils peuvent faire varier tous les paramètres du climat : température, ensoleillement, humidité, vent, événements pluvieux, etc. Dans cette expérience, certains écotrons reproduisent les conditions climatiques belge de la saison 2014-2015, et les autres simulent celles qui devraient régner dans 80 ans, lors de la saison 2094-2095.

A la mi-avril, trois mois avant la moisson, la différence entre les deux cultures est spectaculaire (voir photos). "Les froments de 2095 sont presque deux fois plus hauts que ceux de 2015, constate Vincent Leemans. A terme, on prévoit un rendement supérieur de 20%."

Une bonne nouvelle, le réchauffement?

Le réchauffement climatique, une bonne nouvelle pour nos agriculteurs, alors ? "Pas si vite, répond Philippe Jacques, président du centre de recherche Terra.  D'abord parce que nous ne savons pas comment vont évoluer les prédateurs qui s'attaquent aux plantes de culture : les insectes, les microbes, les champignons... Ensuite parce que notre expérience porte sur une année moyenne. Or, il faudra aussi compter avec davantage d'épisodes climatiques extrêmes, comme des sécheresses, à l'image de ce que nous avons connu en 2018. Et ça, ce n'est pas bon pour les cultures."

En résumé, il y aura peut-être plus de bonnes saisons, mais aussi plus de très mauvaises. "Et donc c'est le bilan général qui comptera, à l'échelle de la planète." Avec des questions préoccupantes, comme par exemple : comment nourrir la planète correctement si on enchaîne plusieurs très mauvaises années d'affilée ?

Terra, le simulateur météo de la Faculté agrobiotech de Gembloux (JT 27/05/2018)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK