Elargissement du ring: malaise au gouvernement bruxellois

Le gouvernement flamand a décidé d'élargir le ring de Bruxelles pour le décongestionner, décision que Greenpeace juge inefficace
Le gouvernement flamand a décidé d'élargir le ring de Bruxelles pour le décongestionner, décision que Greenpeace juge inefficace - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Le gouvernement bruxellois s'est exprimé vendredi de manière dispersée sur le projet d'élargissement du ring sur lequel le gouvernement flamand a annoncé être tombé d'accord. Le chef du groupe cdH au parlement bruxellois et ex-ministre régional Benoît Cerexhe a ajouté sa voix, vendredi, à celles des mécontents.

Il a demandé au ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, de mettre ce dossier sur la table du comité de concertation entre le gouvernements fédéral et ceux des entités fédérées.

Pour le cdH bruxellois, la décision du gouvernement flamand d'accroître les capacités du ring autour de Bruxelles permettra d'abord à la Flandre de mieux drainer ses zonings industriels périphériques en les dotant d'une attractivité nouvelle au regard à des localisations urbaines intra-bruxelloises. Elle ne tient nullement compte des points d'attention formulés par les autorités politiques bruxelloises et risque d'avoir de lourdes conséquences pour Bruxelles et ses habitants.

"Agrandir le ring d'un côté (en Flandre) et mener, de l'autre (à Bruxelles) des politiques qui visent à limiter drastiquement l'accès de Bruxelles aux automobilistes non-Bruxellois relève d'une vision totalement schizophrénique de la mobilité dans Bruxelles et sa grande périphérie", a dit le chef du groupe cdH à Bruxelles.

Pour Benoît Cerexhe, le dossier de l'élargissement du Ring et de ses annexes (transport en commun, métro, RER, parkings de dissuasion, ...) est le prototype même de ce qui doit être débattu et décidé dans la future Communauté métropolitaine.

"Cette décision est une erreur environnementale et sanitaire : alors que le gouvernement bruxellois mène d'un côté des politiques de réduction des pollutions par gaz et particules, le gouvernement flamand prend, lui, une décision qui aura pour conséquence de gonfler les masses de gaz et de particules que les vents auront tôt fait de renvoyer sur le territoire des 19 communes", a ajouté le chef du groupe cdH.

On relève par ailleurs au cdH le relatif soulagement du député-bourgmestre de Jette, Hervé Doyen, après la décision de ne pas porter atteinte au bois du Laerbeek, contrairement à ce qui était redouté.

La ministre bruxelloise du CD&V Brigitte Grouwels a quant à elle applaudi des deux mains, contrairement au secrétaire d'Etat à la Mobilité, Bruno De Lille (Groen), et à la ministre de l'Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo).

Vers une aggravation des problèmes de circulation et d'environnement ?

Pour Bruno De Lille, cet élargissement aggravera les problèmes de circulation et d'environnement à Bruxelles, en stimulant le trafic routier à un moment où de plus en plus de gens font le choix de se déplacer à vélo ou d'emprunter les transports en commun.

Selon lui, les études commandées par le gouvernement flamand lui-même ont révélé que le péage au kilomètre aura bien plus d'effet positif sur la congestion.

Abondant dans ce sens, Evelyne Huytebroeck a estimé "cette décision unilatérale de la Flandre dommageable tant pour les Bruxellois que pour les Flamands", une étude de 2011 sur la qualité de l'air ayant démontré que les populations résidant jusqu'à 500 mètres du ring étaient exposées à des concentrations très élevées de particules fines.

"C'est aussi une décision fragile car elle est prise en l'absence de rapport d'incidence environnemental. Qui plus est, les experts prédisent une saturation du ring réaménagé en quelques années seulement", a-t-elle ajouté, interrogée par Belga.

Une task force interrégionale pour réfléchir sur la question ?

De son côté, le ministre-président, Rudi Vervoort, s'est étonné que cette décision non-concertée "intervienne subitement alors que des discussions sont en cours depuis plusieurs mois dans le cadre du dossier de l'implantation d'un nouveau stade sur le site du parking C".

Il a demandé "avec insistance" la réunion urgente d'une task force interrégionale sur la question "afin de dégager des pistes qui permettront une meilleure fluidité du trafic sur le ring mais aussi dans Bruxelles".

"Il convient de ne pas négliger que la congestion automobile dans et aux abords de la Région bruxelloise a également un impact sur l'économie du pays tout entier", a-t-il commenté.

Greenpeace s'oppose fermement au projet

Le gouvernement flamand a pris la décision ce vendredi d'élargir le ring de Bruxelles avec pour but la séparation du trafic local du trafic de transit.

La congestion quotidienne sur le ring de Bruxelles est devenue un problème que la ministre Hilde Crevits évalue à 380 millions. Pour y remédier, ce plan de travaux sur la partie nord a été dévoilé aujourd'hui. Greenpeace déplore cette décision qui empêchera selon elle la Belgique d'atteindre ses objectifs d'émission de CO2.

"La politique menée par ce gouvernement flamand en matière de climat est totalement catastrophique, commente Joeri Thijs de Greenpeace. Le gouvernement flamand ne devrait pas prendre de décisions qui auront pour principal effet d'augmenter les émissions de C02 de manière considérable. Puis, en ces temps de crise, il est complètement irresponsable de dépenser des centaines de millions d'euros pour créer des routes supplémentaires qui ne solutionneront pas les problèmes de mobilité, de circulation de transit et qui ne renforceront pas la sécurité routière."

Elle oppose à l'augmentation du nombre de voies, l'incitation à ne pas prendre les transports en commun densifiant encore le trafic automobile.

"L'étude d'impact environnemental du Ring montre, pour sa part, qu'un élargissement n'aura quasiment pas d'influence sur les problèmes de mobilité en région bruxelloise. Pire, l'étude annonce même, à terme, une circulation encore plus dense." ajoute-t-elle dans son communiqué.

Le Voka, Touring et la CD&V bruxellois applaudissent la décision

Ce feu vert du gouvernement flamand à l'élargissement du ring a été accueilli très positivement par Touring, le Voka et le CD&V bruxellois qui voient dans ce projet des perspectives de désengorgement du trafic et de soutien à l'économie.

Pour Touring, "c'est un projet vital qui répond au problème très aigu de la congestion, de la pollution par des véhicules trop souvent à l'arrêt et de la sécurité routière".

Aux yeux de l'association de défense des automobilistes, la ministre flamande Hilde Crevits témoigne d'une vision pragmatique de la mobilité et défendant un projet qui prévoit le principe de la séparation du trafic local des autres types de déplacement défendu par Touring.

Pour l'association, "le canal d'aspiration peut être contrôlé et surveillé, ce qui aura un effet positif et profitable à la fois pour la mobilité et de l'environnement".

L'association patronale flamande du Voka a quant à elle abondé dans le sens de Touring. Mais pour elle, il faut presser le pas pour concrétiser ce projet car en l'état actuel des choses, le gigantesque chantier ne sera pas concrétisé avant sept ans. Il faut en outre faire avancer d'autres investissements pour améliorer l'intermodalité des déplacements.

La ministre bruxelloise du Transport Brigitte Grouwels (CD&V) s'est félicitée du modèle "d'optimalisation du Ring" mis en place par le gouvernement du nord du pays.

Sa réalisation doit cependant se faire en concertation avec la Région bruxelloise et dans le cadre d'une approche globale incluant la promotion des transports publics et du vélo dans et autour de Bruxelles comme le prévoit le gouvernement flamand à travers son engagement d'aménager de nouvelles lignes de tram interrégionales, et une réforme de la fiscalité automobile axée davantage sur l'utilisation que la possession d'un véhicule.

RTBF avec Belga

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