Écrasée sur la chaussée de Haecht à Bruxelles parce que voilée?

Sur ce passage-piétons, chaussée de Haecht.
Sur ce passage-piétons, chaussée de Haecht. - © Google Street View

Une Bruxelloise de 27 ans, Fatima (prénom d'emprunt) pense avoir été renversée ce lundi matin par un automobiliste en raison de son voile islamique. Se rendant à son travail, située dans le quartier de la chaussée de Haecht, à Haren, elle raconte à la RTBF: "Il était aux alentours de 9 h, lorsque je me trouvais à hauteur du magasin Decathlon. J'ai voulu traverser au niveau du passage-piétons quand l'accident s'est produit."

Délit de fuite

A cette heure-là, la circulation est dense. Mais un automobiliste venant de Haren et se rendant en direction de Schaerbeek, s'arrête. "Il s'arrête et me fait un signe de la main pour que je traverse. Je me suis alors avancée, j'ai regardé de l'autre côté pour voir si aucune voiture ne venait en sens inverse et c'est là que tout bascule." L'automobiliste décide de démarrer. "Il me percute et m'écrase le pied gauche avec sa roue. Il a bien vu qu'il m'avait heurtée mais il ne s'arrête pas. Il part et prend la fuite." Le feu au loin est vert, le chauffard ne peut plus être rattrapé.

Les caméras de vidéo surveillance vont parler

Fatima ne tombe pas mais a mal. Elle boîte pour se rendre à son travail, sous le regard des autres automobilistes. Là, ses collègues constatent son état, appellent une ambulance et la police. "J'étais vraiment en état de choc, je n'arrivais pas à comprendre le pourquoi de l'acte", poursuit Fatima. Heureusement, parmi les témoins de l'accident, il y a justement un collègue, qui sera entendu par la police selon Fatima. De même, lorsque les forces de l'ordre arrivent, elles saisiront les images des caméras de vidéosurveillance de son employeur. "Les caméras sont à l'extérieur. Elles sont éloignées du lieu de l'accident mais elles ont peut-être filmé la voiture qui m'a écrasée."

"Pourquoi m'a-t-il fait signe de traverser?"

En tout cas, dans la tête de Fatima, admise aux urgences de Brugmann-Brien, les hypothèses se bousculent. "Je ne suis pas du genre à tout croire: quand on me racontait des histoires telles que celle qui m'est arrivée, j'avais tendance à penser qu'il y avait peut-être de la paranoïa de la part de certains musulmans. Comme si tout pouvait être qualifié d'acte islamophobe. Maintenant que cela m'est arrivée, je ne sais pas quoi penser. L'automobiliste m'a vu, s'est arrêté, m'a laissée passer et puis a foncé. Je ne comprends pas pourquoi il a fait cela si ce n'est parce que je porte un voile." Fatima l'affirme: elle n'a jamais eu à subir la discrimination ou de la violence en raison de son signe religieux. "Mais avec ce qui s'est passé lundi, je m'interroge, notamment vu le contexte des récents attentats de Paris."

De son côté, la police de la zone Bruxelles-Ixelles confirme qu'un "P.-V. existe bel et bien pour un accident survenu chaussée de Haecht" et qu'une enquête sera lancée pour tenter de retrouver le chauffard, ajoute le porte-parole Christian De Coninck. Lequel ne se prononce pas sur la motivation de l'auteur.

Le Collectif contre l'Islamophobie en Belgique, saisi du témoignage de la victime, indique pour sa part que tant que l'auteur n'a pas été identifié, "on ne peut que faire remonter l'information auprès du Centre pour l'Egalité des chances. Ce qui est certain", assure son président Mustapha Chaïri, "c'est que les faits d'islamophobie visant les femmes parce que voilées, donc plus visibles, sont en augmentation en Belgique. Autre constante, celles-ci, plus vulnérables, éprouvent une plus grande crainte à introduire une plainte."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK