Du circuit court au court-circuit : la galère des jeunes maraîchers bio wallons

Quentin Lefebvre, avant la fin de son travail de maraîcher bio à Wavre
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Quentin Lefebvre, avant la fin de son travail de maraîcher bio à Wavre - © Q.L.

Manger local et bio, c’est bien !
Mais pour les maraîchers indépendants, c’est souvent le parcours du combattant. Surtout quand on débute !

Certains craquent et plaquent tout. D’autres s’en sortent grâce à une activité annexe. Une situation d’autant plus interpellante que la demande du public pour les produits bio et locaux augmente.

Du circuit court au court-circuit

Difficultés d’accès à la propriété des terres agricoles, changement climatique, réglementations complexes, lourdeur administrative, soutien financier souvent insuffisant, primes difficiles à obtenir, concurrence des grandes productions conventionnelles, surcharge de travail,… voilà les principales raisons qui poussent beaucoup de jeunes producteurs à mettre la clé sous le paillasson ou à suer 70 heures par semaine (en saison) pour gagner des croûtes de pain. Certains s’en sortent, mais ce sont généralement des producteurs issus de familles d’agriculteurs ou de milieux plus aisés.

Tomate Chérie déshydratée

"Tomate Chérie". Une enseigne réputée à Wavre pendant 5 ans pour la qualité de ses paniers bio. La recette n’a malheureusement pas payé. Récemment, malgré le travail intense du jeune duo fondateur, le panier du producteur local s’est troué. Quentin Lefebvre et sa sœur ont été contraints de mettre fin à leur culture de légumes et de petits fruits bio.

"Nous avions loué une parcelle, faute d’avoir pu acheter un terrain à prix raisonnable dans la région de Wavre", explique Quentin. Les terrains disponibles ne sont pas légion. Et les prix ont fort augmenté, notamment en Brabant wallon. "Il faut savoir que les terres agricoles peuvent se négocier entre 80.000 et 100.000 euros par hectare. C’est donc tout à fait déconnecté de la réalité économique liée au rendement de l’agriculture. La deuxième raison de l’abandon du projet, c’est la sécheresse. Les canicules deviennent de plus en plus fréquentes et intenses en été. Cela handicape beaucoup notre travail". Et ce d’autant plus que Quentin et sa sœur étaient tributaires d’un bassin de récupération d’eau de pluie pour arroser leurs cultures. "En pleine canicule, l’eau n’était plus disponible. Et récemment, l’accès à ce bassin d’eau nous avait été interdit suite à un changement de propriétaire". Ajoutés aux autres difficultés mentionnées ci-dessus, ces deux obstacles avaient fini par rendre la situation intenable pour Quentin et sa sœur. Aujourd’hui, l’homme se dit tout de même heureux d’avoir mené l’expérience. Il songe à changer de métier. Ou à reprendre le travail de la terre, à la condition d’être sous statut d’employé.

Maraîchère à mi-temps

Prisca Sallets est une jeune maraîchère active à Court-Saint-Etienne. Elle travaille à mi-temps sur sa parcelle d’une trentaine d’ares. L’autre mi-temps, elle le consacre à BioWallonie, une asbl qui encadre les producteurs bio de la Région wallonne. "La situation est particulièrement compliquée pour les producteurs qui se lancent dans la profession. Les démarches pour obtenir des aides financières sont compliquées. Les jeunes qui ne sont pas issus d’une famille d’agriculteurs ou qui n’ont pas un capital de départ suffisant rencontrent davantage de difficultés. Pour décrocher les aides à l’installation en tant que jeune producteur, il y a des conditions à respecter. Et sur le terrain, on constate que très peu de débutants peuvent accéder à ces aides. C’est vraiment difficile ! La moyenne des maraîchers qui débutent gagne tout juste l’équivalent du revenu minimum". Voire moins, car certains finissent par s’endetter. Notamment lorsqu’il y a des crédits à rembourser.

Rentabilité au prix fort

Jérémy Vermeiren, lui, s’en sort plutôt bien, mais au prix d’un travail acharné. Ce producteur bio de Bousval a hérité de sa ferme et de tout le matériel nécessaire à la culture maraîchère. "Pour moi et ma femme, la situation est différente. Je ne partais pas de rien. Mais évidemment, nous avons beaucoup de travail. C’est super épuisant. C’est un métier qu’il faut exercer à deux, au moins ! Il faut demander de l’aide aussi. Rien qu’au niveau désherbage, le travail est énorme. C’est plus de 70% du temps. Quand on a un hectare de maraîchage, si on travaille seul, on vit comme un chien !"

Les petits maraîchers se tournent vers le monde politique wallon, fédéral et européen, dans l’espoir d’avoir davantage de soutien. Pour que les productions bio en circuit court et le travail de la terre retrouvent leurs lettres de noblesse.

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