Double homicide à Liège: la mère risque la perpétuité

Le code pénal est implacable. Les faits commis par cette infirmière, cette mère, sur ses deux enfants, majeurs, et handicapés, c'est un double meurtre, c'est un double assassinat: une lettre, trouvée dans la maison, décrit le mélange médicamenteux qui a été administré. Cet élément ne laisse guère planer le doute sur la préméditation. La sanction, c'est la perpétuité.

Techniquement, la dame n'est pas, à ce stade, inculpée. Elle est toujours inconsciente. C'est un cas de force majeure: le délai pour signifier une privation de liberté n'a pas encore commencé à courir.

Le parquet du Procureur du roi n'a guère d'autre option qu'attendre puis placer sous mandat d'arrêt, malgré les circonstances de la cause. C'est, éventuellement, aux assises, que la détresse peut se plaider.

Comparaison n'est pas raison, évidemment, mais un cas reste gravé dans les mémoires au Palais des Princes-Evêques: les jurés, voici quelques années, ont acquitté une femme au bout du rouleau qui avait étranglé son enfant, toxicomane profond. En droit, ça s'appelle la contrainte irrésistible. Si un jour, un procès se tient, c'est la contrainte irrésistible qui devrait se trouver au centre des débats.

Un geste qui pose question

Par ailleurs, le geste de cette maman pose une série de questions concernant le manque de places dans les institutions spécialisées et l’accompagnement de ces familles. Les enfants de cette infirmière étaient eux accueillis la semaine dans un centre de jour verviétois pour personnes déficientes mentales, mais elle en avait la charge le week-end, ce qui suppose une attention de tous les instants, de jour comme de nuit.

Sans lieu d'accueil pour leurs enfants, d'autres parents sont obligés de faire du porte à porte pour trouver un lieu d'hébergement. Tchintcéa Agoni -Tolfo est maman d'un enfant autiste et responsable du GAMP, une organisation qui dénonce le manque de places d'accueil. Elle reçoit régulièrement des appels à l'aide, et ce double infanticide ne l'étonne pas vraiment: "Je comprends parfaitement ce geste. Nous sommes régulièrement confrontés à des parents qui nous font part de leur détresse, de leur désespoir de ne pas être aidés par l'état et qui, parfois, menacent aussi de se suicider et d'emporter avec eux leur enfant".

Apparemment, l'infirmière liégeoise se serait elle-même plainte dans son entourage de la difficulté d'améliorer le bien-être de ses enfants handicapés. C'est ce que confirme Valerie Schaabs, la porte-parole du parquet: "Elle a laissé un écrit indiquant comment elle procédait et quels médicaments elle donnait à ses enfants. Mais c'est une dame qui avait une vie assez lourde puisqu'elle avait à sa charge ses deux enfants lourdement handicapés et qu'elle estimait avoir déjà fait appel à plusieurs reprises à des services sociaux et à des services médicaux sans avoir de réponse qui permettait d'alléger la souffrance de ses enfants".

Curieusement, on ne connaît pas en Belgique le nombre précis de personnes handicapées mentales. Aucun organisme ne dispose de ces chiffres. Dans ce contexte, il est évidemment encore plus difficile de connaître les besoins précis en matière de places d'accueil.


RTBF

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