Discrimination au logement: de nouveaux outils pour la région bruxelloise

Discrimination au logement: de nouveaux outils pour la région bruxelloise
Discrimination au logement: de nouveaux outils pour la région bruxelloise - © Tous droits réservés

Le parlement bruxellois votera ce vendredi la mise en place d'un test du "client mystère" pour les agences immobilières et propriétaires bruxellois. Le principe est simple : les inspecteurs de Bruxelles logement se font passer pour des locataires refusant une personne sur base de son origine, par exemple. Si l'agence immobilière accepte ces critères discriminatoires, celle-ci sera sanctionnée. Des amendes administratives qui peuvent aller de 125 à 6200 euros. Une façon de lutter contre une discrimination qui reste une réalité pour de nombreux Bruxellois. 

Je dis tout de suite à l'agent immobilier que je suis d'origine étrangère 

Maria est mère de trois enfants. Elle cherche un nouveau logement depuis un an. Mais c'est la croix et la bannière. Elle explique: "Je travaille dans les soins de santé, je gagne environ 2500 euros par mois et cela fait un an que je cherche un appartement de trois chambres pour mes enfants et moi. Mais quand j'appelle des agences immobilières, je dépose ma candidature mais ça ne marche jamais. Et on ne me donne pas d'explications. Maintenant pour gagner du temps, je dis d'office aux agences que je suis d'origine étrangère. Certaines me disent que ce n'est pas de leur faute, mais celle des propriétaires".

Alors pour faire avancer les choses, Maria se fait aider, notamment par l'Union des Locataires des Marolles. Elle fait ce constat: "Moi, j'ai besoin que l'on m'accompagne. Parce qu'apparemment, si je suis accompagnée par des Belges, j'ai plus de chance. [...] C'est blessant".  

La discrimination la plus fréquente: celle sur base des revenus 

Mais Maria n'est pas la seule à se faire refuser. Jellissa Nawasadio est assistante sociale à l'Union des Locataires des Marolles. Elle essaie d'aider ces personnes à trouver un logement: "Ce que l'on retrouve le plus, c'est la discrimination sur base du revenu. On a énormément de personnes qui ont de tout petits revenus à qui on refuse un logement parce qu'on considère qu'ils ne seront pas capables de payer un loyer. Ces personnes-là recherchent parfois un logement pendant un ou deux ans. Alors que le droit au logement est un droit inaliénable". 

Jellissa Nawasadio complète: "On a beaucoup de discrimination par rapport à l'ethnicité, par rapport à la religion, surtout la religion musulmane, par rapport au handicap. Il existe aussi des discriminations par rapport aux grandes familles, par peur par exemple des dégradations".

Des formations pour répondre aux discriminations 

Pour l'instant, la réponse du côté des agences, c'est la formation. Steven Lee, directeur de la communication de l'Institut des Professionnels de l'Immobilier: "On a décidé d'axer principalement notre réponse par la formation et par l'information. Nous pensons que c'est grâce à cela que l'on pourra changer les mentalités auprès de nos membres. Et si jamais il y a de nouveaux tests, on espère que les chiffres seront plus positifs lors de la nouvelle tournée". 

Il existe plusieurs formations: "Nous avons des formations d'e-learning à disposition", explique Steven Lee, "elle est obligatoire pour les nouveaux arrivants. Ils sont 800 chaque année". [...] Je dois dire que nous avons très peu de plaintes par an, je dirais une dizaine". 

Sanctionner pour plus d'efficacité 

Cette réponse ne satisfait pas les autres acteurs du logement. Pour Anne Bauwelinckx, du Rassemblement pour le droit à l'habitat, il faut aller plus loin: "Pour nous, sensibiliser, informer, ça n'allait pas assez loin. Dans le sens où on s'est rendu compte - c'est le résultat des premières enquêtes - que les agents immobiliers qui discriminaient le faisaient sciemment. Une formation, ce n'était pas suffisant. On estime que le fait de pouvoir les sanctionner, c'est quelque chose de nécessaire aujourd'hui à Bruxelles".

L'ordonnance prévoit des amendes de 125 à 6200 euros qui peuvent aussi concerner les propriétaires privés qui donnent les injonctions de discrimination. Pour Anne Bauwelinckx, un autre signal est important: "La charge de la preuve ne revient plus à la victime de discrimination mais est déplacée vers l'administration. Maintenant, dans la mise en pratique, on craint que le texte perde en efficacité dans son application".

Le texte devrait entrer en vigueur en septembre prochain.

Archives : Soir Première 05/11/2018