L'artiste Denis Meyers: "Détruire mon oeuvre? Cela a une certaine logique"

Les premiers assauts des bulldozers sur l'ancien bâtiment Solvay qui abritait l'oeuvre de Denis Meyers
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Les premiers assauts des bulldozers sur l'ancien bâtiment Solvay qui abritait l'oeuvre de Denis Meyers - © Tous droits réservés

La démolition de l'ancien bâtiment Solvay à Ixelles a débuté ce jeudi matin. C'est l'artiste Denis Meyers qui a détruit les premiers pans de mur à l'aide d'un bulldozer. En attendant que le promoteur immobilier obtienne les permis pour construire 200 nouveaux logements, Denis Meyers a investi les 30 milles mètres carré du bâtiment avec ses pinceaux et bombes aérosols. Il y a réalisé une œuvre monumentale où s'entremêlent peinture et écriture. 20 milles personnes ont visité les lieux. Aujourd'hui, c'était en quelque sorte l'aboutissement de ce projet hors norme. 

A quelques minutes de monter dans la nacelle du bulldozer, Denis Meyers n’en mène pas large. "Je suis impatient mais en même temps perturbé et triste. En plus, là j’ai la pression de devoir tout gérer. Bref c’est vraiment mitigé".

Il prend soin de faire évacuer les journalistes, ses amis et partenaires venus le soutenir avant d’attaquer. Denis Meyers tâtonne avec cette pince géante qu’il n’a jamais maniée auparavant. Il est 8 heures quand il parvient à briser les premières fenêtres sur lesquelles il a peint des portraits d’hommes et de femmes. Quelques cris d’encouragement et de satisfaction émergent de la pénombre. Encore au manette de ce monstre d’acier, il nous parle de cette démolition : "ça a une certaine logique pour moi. Dans le sens où une grosse partie de mon travail est basée sur le recyclage, donner une seconde vie, faire parler les choses ou les objets. Du coup pour moi ça a du sens de détruire ma propre œuvre d’autant plus que c’était prévu".

Denis Meyers a passé 16 mois dans ce bâtiment, bombes et pinceaux à la main. Pas toujours dans de très bonnes conditions. "C’est une forme de sacerdoce, de projet cathartique, c’est un gros défi, un challenge. Ça a été pour moi une manière de me remettre artistiquement mais aussi humainement en question".

Après un bon quart d’heure, Denis Meyers cède la place au professionnel et tout s’accélère. "Ça y est, là le monstre se réveille, ça va aller drôlement plus vite". Et effectivement, en une deux trois, c’est tout un pan de la toiture qui s’effondre puis une partie d’une façade complètement recouverte de verbes. "Pour l’instant, ça va. Je ne suis pas trop affecté. Quand il sera totalement détruit, je crois que ce sera dur. On parle d’un bâtiment qui fait un îlot entier, donc là c’est juste une éraflure. Je dirais, qu’à cet instant, c’est un moment de plaisir. C’est un peu comme un aboutissement finalement".

Car la destruction fait partie de cette œuvre totale dont il restera des traces : un livre, un film documentaire. "Ce sont des supports dans lesquelles il y aura encore des choses à découvrir parce qu’après la fin des visites officielles en juillet dernier, j’ai repris possession des lieux et j’ai encore beaucoup peint".

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