Des tours de logements pour densifier Bruxelles, une réponse à la hauteur des enjeux?

Bruxelles: les tours de logements suscitent toujours le débat
Bruxelles: les tours de logements suscitent toujours le débat - © ERIC LALMAND - BELGA

Demain, Bruxelles verra sa ligne d'horizon traversée par de nouvelles tours de logements. Pas partout et pas à n'importe quel prix, rassure Pascal Smet, le secrétaire d'état bruxellois à l'urbanisme. Mais tout de même: la tour est pour lui un outil urbanistique pour densifier la ville. Elle continue pourtant de susciter le débat. 

Des tours bien intégrées, bien pensées 

"Bruxelles, ce n'est pas New-York", recadre tout de suite Pascal Smet. On ne parle pas de "construire des tours partout, pas de tours énormes et pas à n'importe quel prix. Mais quand cela apporte une amélioration, quand c'est bien intégré, bien pensé, avec des espaces publics, on doit dire oui!" Oui à des projets qui ont une grande qualité architecturale. "On ne va pas faire n'importe quoi. Dans le passé à Bruxelles, on doit bien l'avouer, la qualité de nos constructions n'était pas toujours à la hauteur".

Le nouveau secrétaire d'état à l'urbanisme Pascal Smet imagine donc des tours mieux connectées à la ville, qui offrent de l'espace en hauteur: "Pourquoi pas des solariums? des fermes urbaines? Il faut être créatif, poursuit Pascal Smet. "Vous connaissez les tours Bosco à Milan?" Ces deux tours agrémentées de 20.000 plantes et arbres imaginées par l'architecte Stefano Boeri s'exportent à l'étranger. 

Pour lui, la tour fait en tous cas partie des solutions pour densifier Bruxelles. Selon les projections de l'Institut Bruxellois de Statistique et d'Analyse, notre capitale devra accueillir 200.000 nouveaux Bruxellois dans 50 ans. "200.000 vont s'ajouter à Bruxelles et tous les planificateurs urbains sont d'accord pour dire qu'il faut avoir des villes compactes, pas d'étalement urbain et par conséquent, il faut faire des choix!". 

Un bâtiment 4 façades sur 150 mètres de haut

Il en faut plus pour convaincre l'ARAU, l'atelier de recherche et d'action urbaine. Pour sa directrice Marion Alecian, "d'une part, la tour, c'est un objet autonome qui est pensé pour lui-même et très peu dans son rapport au tissu urbain environnant. Et d'autre part, cela a des nuisances directes en terme d'ombres portées, de vent. Cela a aussi un gros impact en terme environnemental. Le bilan carbone d'une tour est désastreux. Et souvent, c'est loin d'être une solution environnementale au boom démographique".

Marion Halecian parle d'important greenwashing des promoteurs et des politiques qui en font une solution durable: "Dans les faits, c'est plutôt un bâtiment quatre façades sur 150 mètres de hauteur donc on peut imaginer l'impact que ça peut avoir en terme de consommation énergétique". 

"Et les tours offrent des logements pour qui ?" interroge Pierre Vanderstraeten, sociologue, architecte et urbaniste, professeur à l'UCLouvain. "On sait que la demande d'abord à Bruxelles, ce sont des logements accessibles. Et ce n'est pas rencontré par les immeubles qui doivent être techniquement très au point pour rencontrer les défis énergétiques. Il y a aussi un autre élément: toute l'énergie grise qui est nécessaire pour la construction d'un immeuble particulièrement sophistiqué, lourd - et donc il y a le poids propre de l'immeuble - qui suppose une mise en œuvre de matériaux, de techniques, de systèmes de climatisation qui sont coûteux au niveau environnemental".

Les tours ne sont pas une injure à une ville durable

Les tours, des bâtiments énergivores ? Le promoteur Atenor qui a construit notamment la Tour Up-Site près de Tour et Taxis, ne le réfute pas. Mais Stephan Sonneville, CEO d'Atenor, veut faire un autre calcul: "Il est clair que de construire des immeubles élevés prend sans doute un peu plus d'énergie que de construire une série d'immeubles à côté des autres. Mais par ailleurs, cela consomme plus d'espace, des espaces qui pourraient être verdurisés. Donc non, je ne dirais pas que les tours ne sont pas une injure à une ville durable". 

Et Stephan Sonneville de donner un exemple: "Ce qui se fait rue de la loi, au lieu de faire ce couloir qui existe actuellement, la réflexion du PAD [Le Plan d'Aménagement Directeur ] est de permettre des immeubles élevés mais avec des espaces publics entre ces immeubles. Et donc la ville respire. Et la lumière passe entre ces immeubles et il y a une possibilité de reverduriser au pied de ces immeubles ".

On ne peut pas être pour ou contre les tours 

Kristiaan Borret, le  maître-architecte de Bruxelles, ne veut pas trancher le débat: "La question de la construction de tours ne peut pas être simplement traiter de manière binaire. On ne peut pas être pour ou contre les tours. Tout dépend du contexte. Dans certains cas, la construction d’une tour va être une solution tout à fait adéquate, dans d’autres ce ne sera pas la bonne réponse au contexte. Il faut donc considérer les choses au cas par cas. Je plaide pour une approche spécifique dans le cas de construction de nouvelles tours, avec des études sur les impacts au niveau des vents, sur les perspectives, sur la création d’un micro-climat, etc.

Par ailleurs, les tours sont un outil possible de densification mais il faut toujours les penser de pair avec la création de nouveaux espaces verts, de nouveaux espaces publics."

Des alternatives pour densifier 

En attendant, pour Pierre Vanderstraeten, professeur à l'UCLouvain, il existe d'autres manières de densifier une ville. Selon lui, il est tout d'abord vraiment urgent de réfléchir à l'échelle de la zone métropolitaine, les deux Brabants et Bruxelles. "Il est important qu'il y ait une concertation qui se mette en place et que chaque ville puisse accueillir sa part de nouveaux habitants, employés, étudiants. C'est la première réponse". La seconde, "ce sont toute une série de recherche sur la densification par la sur élévation, par les transformations la meilleure occupation, le partage dans le temps. Si on fait le tour de ces alternatives par rapport à la tour, on obtient déjà quelque chose de très intéressant". 

 

 

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