Des surfaces agricoles pour les abeilles et la biodiversité

L'ingénieur agronome de Natagriwal Christophe Manssens (à gauche) et l'agriculteur Stéphane Henry, devant la bande florale située en bordure d'une culture de carottes.
L'ingénieur agronome de Natagriwal Christophe Manssens (à gauche) et l'agriculteur Stéphane Henry, devant la bande florale située en bordure d'une culture de carottes. - © Rtbf

Réserver jusqu’à 9% de ses terres à la biodiversité plutôt qu’à la culture de céréales, légumes ou autres produits agricoles : c’est le principe des MAEC, les Méthodes agro-environnementales et climatiques. Cet outil de la PAC (politique agricole commune de l’Union européenne) vise à inciter les agriculteurs à agir pour la protection de la planète. Selon certains observateurs belges, ces programmes d’actions auraient moins la cote depuis quelques années. 55% des cultivateurs wallons participaient à ces programmes en 2013, contre 45% l’an dernier. Pas de quoi cependant décourager bon nombre de fermiers qui entendent poursuivre leurs efforts en faveur de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.

Efforts wallons

Dans le sud du pays, plusieurs acteurs se mobilisent pour inciter les agriculteurs à apporter leur pierre à l’édifice pour protéger la biodiversité. Parmi eux : l’asbl Natagriwal. Cette association informe, conseille et encadre les agriculteurs, les forestiers et les propriétaires publics ou privés dans la mise en œuvre des programmes agro-environnementaux et du réseau écologique européen Natura 2000. "En ce qui concerne les MAEC, nous aidons les agriculteurs qui le souhaitent à développer, par exemple, des surfaces non cultivées dédiées à la biodiversité", explique Pierre-Yves Bontemps, coordinateur des conseillers MAEC pour Natagriwal. "Cela favorise la flore et la faune. En compensation de ces terres inexploitées, l’agriculteur reçoit une prime. Les primes peuvent couvrir jusqu’à 9% des surfaces dédiées à la biodiversité. Certaines primes pourraient être augmentées, comme pour les surfaces réservées à la plantation de haies. Mais d’autres sont suffisantes. Ce que certains agriculteurs regrettent, c’est la lourdeur administrative liée à ces programmes. Les contrôles de l’administration aussi ; des contrôles nécessaires mais qui peuvent susciter du stress. D’autres cultivateurs peuvent aussi redouter que les surfaces de biodiversité apportent des chardons et d’autres nuisibles dans les parcelles cultivées. Enfin, certains fermiers pensent que leur métier, c’est d’abord produire et nourrir l’humanité. Produire de la nourriture, certes. Mais on peut aussi leur expliquer qu’on peut travailler différemment, en conciliant culture et respect de l’environnement".

Stéphane, fermier engagé

Non loin de la limite entre les provinces de Namur et du Brabant wallon, la ferme de Stéphane Henry fait figure d’exemple aux yeux des défenseurs de l’environnement. "Depuis 2 ans, cet agriculteur de Meux réserve 5 à 6% de ses terres à la biodiversité", explique Christophe Manssens, ingénieur agronome et conseiller à Natagriwal. "En bordure des parcelles de culture, il a semé des plantes prisées par les abeilles, pour favoriser la pollinisation". Un petit paradis pour les insectes et la flore, à quelques centimètres du champ de carottes.

"C’est aussi par conscience écologique que j’ai décidé de participer à ce type de programme", insiste Stéphane. "Nous n’avons qu’une planète. Et il est temps d'en prendre soin. Ce ne sont pas les agriculteurs qui posent problème. Mais le système de production, le modèle économique et la mondialisation qui poussent à produire toujours davantage, toujours plus vite. Un modèle qui n’est pas tenable. C’est la raison pour laquelle je réserve des surfaces à la biodiversité. Les pertes de production sont compensées par les primes. Je sais qu’une partie des agriculteurs n’adhère pas au système. Mais je pense que les choses vont évoluer. C’est sans doute une question de génération. On ne peut pas tout changer en quelques années. Mais il faut être optimiste et aller de l’avant".

 

 

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